Main La nouvelle spiritualité du mieux-être

La nouvelle spiritualité du mieux-être

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ENQC263252
Year:
2019
Language:
french
ISBN 13:
9782762142693
File:
EPUB, 350 KB
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La Malchance d'Austin

Language:
french
File:
EPUB, 1.25 MB
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La nuit des blouses grises

Year:
2018
Language:
french
File:
EPUB, 625 KB
			Conception de la couverture: Gianni Caccia

			Mise en pages: Jade Cimon (Claude Bergeron)

			En couverture: Joshua Ness / Unsplash

			Ce document numérique a été réalisé par claudebergeron.com

			 			Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

			 			Simard, Jean-Paul, 1939-, auteur

			 			La nouvelle spiritualité du mieux-être: bien dans sa tête, bien dans son corps, bien dans son âme / Jean-Paul Simard.

			 			Comprend des références bibliographiques.

			 			Publié en formats imprimé(s) et électronique(s).

			 			ISBN 978-2-7621-4267-9 (PAPIER)

			ISBN 978-2-7621-4268-6 (PDF)

			ISBN 978-2-7621-4269-3 (EPUB)

			 			1. Spiritualité. 2. Vie spirituelle. I. Titre.

			 			BL624.S488 2019 204 C2018-942758-2

			C2018-942759-0

			 			Dépôt légal: 1er trimestre 2019

			Bibliothèque nationale du Québec

			© Groupe Fides inc., 2019

			 			La maison d’édition reconnaît l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour ses activités d’édition. La maison d’édition remercie de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC). La maison d’édition bénéficie du Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres du gouvernement du Québec, géré par la SODEC.

			IMPRIMÉ AU CANADA EN JANVIER 2019





			En hommage posthume

			à Jacques Grand’Maison,

			éminent sociologue et théologien,

			dont La spiritualité laïque au quotidien

			a profondément inspiré l’écriture de ce livre.





Du même auteur


			 			Trousse spirituelle de premiers soins, Montréal, Médiaspaul, 2016.

			Renaître des pertes de la vie, Montréal, Médiaspaul, 2014.

			L’autre voie de guérison. Voir au-delà de la souffrance et de la maladie, Montréal, Le Jour, 2012.

			Renouer avec Dieu, Montréal, Médiaspaul, 2012.

			Que faire quand la souffrance et la maladie frappent à notre porte?, Montréal, Éditions Anne Sigier-Médiaspaul, 2008.

		; 	Pèlerinage aux sources de la vie. Spiritualité, santé, guérison, Montréal, Éditions Anne Sigier-Médiaspaul, 2006.

			Guide du savoir écrire, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 2005.

			La Concentration créatrice. Une voie vers la sagesse et l’harmonie, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1998.

			Cette force qui soulève la vie!, Montréal, Éditions Anne Sigier-Médiaspaul, 1997.

			Bienvenue sur mon site de croissance humaine et spirituelle: jeanpaulsimard.com





			La recherche spirituelle est la seule aventure qui vaille d’être vécue.

			Arnaud DESJARDINS





Introduction


			La nouvelle spiritualité


			Je m’intéresse à la spiritualité depuis plusieurs années. Après ma formation universitaire en théologie et en anthropologie spirituelle, j’ai suivi avec un intérêt croissant la montée et l’évolution du phénomène spirituel dans le monde. Je me suis appliqué à déceler les tendances, à repérer les nouvelles valeurs et les pratiques vers lesquelles se tournent spontanément ceux que l’on appelle les nouveaux «aventuriers de la spiritualité».

			C’est dans cette foulée que j’ai pensé à écrire ce livre. Il m’est apparu nécessaire de débroussailler ce nouveau champ d’expérimentation du spirituel afin de clarifier certains concepts et de baliser un domaine où l’expertise et la créativité sont devenues pratiquement sans limites.

			Il existe en effet un nombre incroyable de pratiques et d’orientations spirituelles. À partir des rituels de la pleine lune, en passant par le chamanisme, les spiritualités de la matière (la physique quantique et le culte des pierres), la spiritualité dans les nouvelles technologies, le rôle spirituel des animaux (leur amour inconditionnel pour les humains), les spiritualités sans transcendance ou sans Dieu (basées sur la science et l’intelligence artificielle comme le transhumanisme), on trouve un éventail très large de pratiques dotées d’une intention spirituelle, où formules et recettes de tous ordres sont proposées, de l’orgasme au nirvana. Pour certains, le spirituel, c’est un phénomène ésotérique, du spiritisme, de la magie, une expérience onirique, un voyage (trip) hallucinatoire à l’aide de drogues, une activité initiatique quelconque, l’expression d’un symbole ou encore une panacée inventée par l’imagination pour expliquer le mystérieux et ce qui échappe à l’intelligence immédiate.

			Par ailleurs, dans beaucoup de cas, on confond la vie spirituelle avec la vie de l’esprit, celle du mental, du psychisme et de la conscience qui s’étend jusqu’à l’inconscient supérieur ou le supraconscient. C’est une chose d’utiliser certaines activités mentales comme objet d’expérience spirituelle et c’en est une autre d’utiliser le psychisme pour vivre l’expérience spirituelle. C’est ce que démontrait jadis la grande mystique Thérèse d’Avila avec l’expérience du divin. Néanmoins, beaucoup d’expériences spirituelles se situent à la frontière de la psychologie, privilégiant des approches axées sur le développement psychospirituel de la personne. Ces expériences ont le grand mérite de tenir compte de la dimension spirituelle (ou religieuse selon le cas) de l’être humain. À ce titre, elles occupent une place importante dans la recherche du mieux-être total de la personne. Précisons, cependant, que même si la psychologie et le spirituel se compénètrent intimement, l’expérience spirituelle se situe davantage du côté de l’éthique que de la psychologie. Elle porte beaucoup plus sur l’acquisition des valeurs et la transformation des habitudes de vie que sur le cognitif ou le perfectionnement du mental. Ce qui m’amène à préciser qu’il ne suffit pas de déclarer spirituelle une pratique ou une activité pour qu’elle le soit. Elle doit répondre à certains critères. Elle doit être orientée sur des valeurs supérieures et sur une certaine forme de transcendance, en d’autres mots sur quelque chose qui dépasse la dimension purement matérielle. Elle doit favoriser les valeurs d’intériorité comme la paix, la sérénité, l’harmonie, la gratitude, l’amour, le sens de la vie, toutes des valeurs non monnayables. Elle doit, en outre, éveiller le sens du sacré, voire du mystère.

			Dans cette perspective, ce livre veut servir d’orientation à ceux et celles qui proposent des pratiques ou des activités spirituelles. Ces personnes se font nombreuses, et les divers titres qu’elles portent témoignent de l’immense floraison en ce domaine. Je parle en particulier de ceux et celles qui pratiquent le counseling ou la direction spirituelle, diversement appelés coachs, thérapeutes, accompagnateurs, passeurs d’âme… Sans oublier cette nouvelle cohorte de guides qui s’affichent de plus en plus nombreux aujourd’hui comme entrepreneurs ou consultants en mieux-être. Ce livre pourra certainement leur servir de référence et leur conférer plus de crédibilité dans leur mission.

			Quant à ceux et celles qui veulent simplement vivre une expérience spirituelle, ils y trouveront une voie d’accès à une vie plus riche et plus en harmonie avec soi, avec le monde, avec la nature et l’environnement. Ils y puiseront également une signification à leur vie et y trouveront un moyen d’enrichir leur conscience du monde. Combien parmi ceux-là trouveront en même temps l’occasion de se réconcilier avec l’existence. C’est dans cet esprit que je propose la spiritualité du mieux-être.

			Pour définir cette spiritualité, j’ai retenu quatre axes ou composantes: le nouvel humanisme spirituel; la recherche de l’accomplissement personnel; l’ouverture à l’altérité ou le choix de l’amour comme absolu; le culte de «l’instant» ou la spiritualité du moment présent. Ces quatre axes sont à mon avis les plus aptes à définir l’orientation de cette nouvelle spiritualité, dont la formule la plus représentative serait «Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien dans son âme».

			À la limite, nous pourrions situer la spiritualité du mieux-être dans la foulée du mouvement de pensée orienté sur la recherche du bien-être intégral (radical wellbeing), expression qui comprend toutes les formes actuelles de croissance humaine et spirituelle. Le bien-être intégral inclut la santé physique et mentale, mais aussi la santé émotionnelle, intellectuelle, relationnelle, économique, sociale et spirituelle.

			Cette approche n’épuise cependant pas le domaine de la spiritualité, car il est possible d’aller encore plus loin dans la quête spirituelle. À cette fin, je propose au dernier chapitre la «spiritualité du plus-être», celle qui ouvre au mystère, à l’absolu, au divin. Ce type de spiritualité relève de la transcendance verticale, par opposition à la transcendance horizontale, ou immanente, qui caractérise la spiritualité du mieux-être.

			La spiritualité du mieux-être se présente comme une spiritualité laïque. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elle est athée, mais qu’elle ne postule pas nécessairement Dieu comme objet de la quête. À ce titre, elle convient à tous ceux et celles, croyants et non-croyants, pratiquants ou non-pratiquants, qui veulent mener une expérience spirituelle de façon personnelle, sans passer par le détour d’une médiation. Elle témoigne en même temps du fait que l’on peut être «spirituel» sans être «religieux».

			Jadis, la quête spirituelle était surtout réservée à l’élite religieuse. Depuis, la spiritualité et la religion sont devenues des entités distinctes[1]. Mais cela n’a pas fait disparaître pour autant le besoin de spiritualité. C’est pourquoi un grand nombre de personnes peu ouvertes à la religion veulent maintenant s’engager dans cette voie. Il serait malheureux pour l’homme ou la femme d’aujourd’hui d’occulter ce besoin, faute d’une voie adaptée à leurs aspirations. Sans renier la spiritualité religieuse, qui demeure une voie de grande valeur par la richesse de ses enseignements, de ses dogmes, de ses rites et de sa tradition, voici une spiritualité qui va parallèlement avec la croissance de la laïcité et qui permet de rebondir dans une autre direction sans sacrifier pour autant le besoin de sacré et d’absolu toujours présent dans la conscience humaine.

			Cette spiritualité repose sur la conviction que le salut est une affaire individuelle et qu’il passe par l’épanouissement personnel et la réalisation de soi. Voilà pourquoi l’accent est mis sur l’autonomie de la personne et la découverte de l’être profond en soi, sans oublier, pour ceux et celles qui le désirent, l’expérience intime des forces divines qu’ils recèlent. La spiritualité contemporaine témoigne de la foi en l’être humain et de l’espérance dans la vie ici et maintenant. Elle manifeste également la soif de vivre de façon non superficielle et le désir de donner un sens à sa vie. Ultimement, elle incarne la volonté de porter un regard nouveau sur l’aventure humaine. Elle offre une façon de communier à la vie dans ses aspects les plus riches. C’est dans le respect de ces convictions que je présente la spiritualité du mieux-être.





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			 			Le nouvel humanisme spirituel





CHAPITRE 1


			Une spiritualité du mieux-être


			Le Dr Bill Hettler, cofondateur et président du conseil d’administration du National Wellness Institute, définit le mieux-être comme un processus continu tout le long de notre vie qui tend vers un équilibre physique, émotionnel, spirituel, social, professionnel et éducatif. On parle volontiers à ce propos du quotient mieux-être. La nouvelle spiritualité, il va sans dire, s’inscrit de plain-pied dans cette réalité. Elle répond aux tendances actuelles qui placent le mieux-être au sommet des préoccupations des gens. Le mieux-être est perçu comme l’une des clés les plus importantes de la condition humaine.





Spiritualité, santé, mieux-être


			Voici une trilogie qui brille dans le panorama socioculturel de notre époque: spiritualité, santé, mieux-être. Trois mots phares qui traduisent les tendances les plus marquées, tant en Europe qu’en Amérique et ailleurs, en matière de qualité de vie, de santé et d’aspiration au dépassement de soi. De ces trois mots, l’un, en particulier, apparaît en surbrillance et arrive en tête de liste des priorités des gens: le mieux-être. Et pour cause!

			Récemment, la Chaire de tourisme Transat – UQAM, en collaboration avec Tourisme Montréal, dévoilait les dix grandes tendances qui marqueront l’industrie du tourisme dans les prochaines décennies, et parmi ces tendances figurait en premier lieu la quête permanente du mieux-être. L’étude expliquait ainsi ce choix: le temps de loisir se fait rare, les voyageurs veulent des expériences riches, uniques, inédites, mais aussi qui donnent un sens au voyage. Le bien-être, les bonnes habitudes alimentaires, l’activité physique, la méditation et le repos sont plus que jamais recherchés en voyage. En fait, il s’agit de rentabiliser son expérience par l’amélioration de soi! Précisons qu’il existe présentement sur le marché une panoplie d’offres de voyages organisés qui visent ces résultats.

			Certes, ces considérations touchent les voyages touristiques, mais rien n’interdit de les appliquer au grand voyage de la vie, qui se déroule dans le prosaïsme du quotidien, dans la réalité existentielle de tous les jours. C’est là que jaillit au plus fort l’appel du mieux-être recherché comme une ressource pouvant transcender tous les aspects de la vie. Pas surprenant qu’on en parle partout, sur toutes les tribunes, dans tous les milieux, dans tous les médias. En kiosque, par exemple, de nombreuses revues proposent mensuellement à leurs lecteurs des pistes, des moyens pour atteindre un mieux-être. Des centaines de sites internet et des milliers de pages Facebook y sont consacrés.

			Le besoin de mieux-être est devenu si important qu’il envahit maintenant la conscience spirituelle des gens. J’en veux pour preuve le phénomène émergeant des nombreux salons consacrés au mieux-être et à la spiritualité. Plusieurs salons portent également sur le phénomène de la conscience (la nouvelle conscience ou la conscience évolutive) avec une connotation spirituelle. L’information offerte dans ces salons demeure éminemment représentative de la nouvelle tendance en ce domaine. Aussi en ai-je fait mes choux gras pour étudier ce que j’appelle la nouvelle spiritualité du mieux-être.

			Ce qui figure ici provient en grande partie de l’observation recueillie dans plusieurs des salons que j’ai visités. J’ai analysé les diverses thématiques présentées dans les stands et les conférences. J’ai également recensé le vocabulaire utilisé pour la présentation des thèmes. Il s’agit de mots ou d’expressions qui reflètent passablement bien la nouvelle réalité spirituelle. Cela donne, il va sans dire, une bonne idée des goûts, des tendances et des choix en matière de spiritualité.

			On peut supposer que les promoteurs de ces salons ont dû travailler pendant des mois pour élaborer les thèmes susceptibles d’intéresser, voire d’interpeller le plus possible les visiteurs. Ces thèmes reflètent certainement les besoins, les intérêts et les préoccupations de beaucoup de gens. Nous bénéficions donc ici d’une expertise exceptionnelle pour comprendre la nouvelle réalité socioculturelle et spirituelle. Comment celle-ci se présente-t-elle à l’observateur curieux de saisir la dynamique qui anime ceux et celles qui s’intéressent à la spiritualité?

			Quand on visite ces salons, on a tout de suite l’impression d’entrer dans un lieu sacré voué au culte inconditionnel de la santé. Un temple avec ses autels, ses officines, ses rites, ses objets symboliques et ses célébrants (prêtres et prêtresses), sans compter les nombreux fidèles qui affluent avec la ferveur que l’on trouve chez les chrétiens à la messe du dimanche. Là-dessus, je ferai quatre observations qui m’ont été inspirées par ces salons.

			La première porte sur le choix de la thématique générale, que l’on pourrait résumer par l’expression: «un pont vers l’âme». On explique que les activités ou les pratiques offertes poursuivent un but ultime: atteindre l’âme, perçue comme le symbole du spirituel.

			La seconde observation concerne l’association santé-spiritualité. On fait le raisonnement suivant: un corps sain et en santé libère la personne et lui permet de s’élever plus facilement vers la sphère supérieure. C’est ainsi que la santé, dans sa dimension globale, devient l’objectif numéro un de la quête spirituelle. Elle est perçue comme faisant essentiellement partie de l’hygiène de vie.

			Si l’on regarde maintenant les diverses appellations choisies pour désigner les salons, apparaissent en premier lieu deux termes couramment utilisés: mieux-être et spiritualité, auxquels on associe fréquemment le mot santé (Salon Santé et spiritualité). On utilise parfois le mot éveil. Un feuillet explicatif donne ainsi le coup d’envoi de l’un de ces salons: «L’objectif du salon est de rassembler, d’unir les forces pour faire découvrir des outils qui conduisent sur la route du mieux-être sur tous les plans (physique, émotionnel, mental, spirituel et énergétique). L’importance de s’occuper de tous ces plans procure calme, sérénité, découverte, harmonie et confiance.» Déjà, on voit poindre dans cette présentation les absolus de la nouvelle spiritualité: le bien-être, l’équilibre, l’harmonie intérieure, la sérénité, les valeurs du corps et de la vie que l’on peut résumer par l’expression «être bien dans sa peau».

			Un salon récent souhaitait la bienvenue aux visiteurs en ces termes: «Le salon a pour objectif de découvrir et d’échanger avec des intervenants, des artistes, des consultants de diverses disciplines touchant le mieux-être: finances, médecine douce, massothérapie, esthétique, auteurs, éditeurs, lithothérapie, naturopathie et bien d’autres. Il a également pour but d’apprendre à mieux se connaître et comprendre tous les bienfaits que vous pouvez en retirer.» Comme on le voit, le champ de la nouvelle spiritualité s’annonce vaste et touche à presque tous les secteurs de l’activité humaine.

			La troisième observation porte sur les thématiques traitées lors de ces salons. Le domaine ici se fait éminemment vaste et complexe. On parle tour à tour de vies antérieures, de vie après la mort, de réincarnation, de voyage astral, d’astrologie, de thérapie par les couleurs, de pouvoir par les cristaux, de transfert d’énergie, de réalisation de soi, de rencontre du troisième type, de sophrologie, de parapsychologie, d’ésotérisme, d’art divinatoire, d’occultisme, de spiritisme, de médiums, de channeling, de pensée positive, d’énergie vitale, et j’ai pleinement conscience d’en oublier.

			De toutes ces pratiques, la voie médiumnique apparaît la plus populaire et la plus recherchée. À preuve, la plupart des voyantes ou des médiums – ce sont en majorité presque absolue des femmes – ont des programmes qui s’échelonnent sur six mois à deux ans. C’est tout dire. Cette pratique est significative à plusieurs égards. D’abord par l’orientation choisie par un grand nombre de personnes quant au sens à donner à leur vie. On semble accorder une confiance inconditionnelle aux médiums et aux formes déguisées du hasard. Le marché de l’irrationnel serait ici comparable à une véritable nébuleuse. On s’applique à déceler les «lignes de vie», celle du destin, celle de la chance et celle du cœur. On cherche à connaître ses vies antérieures. La voyance représente une sorte de croyance parallèle. Pour certains, il s’agit d’une véritable religion, dans laquelle ils croient retrouver l’expression d’une présence de «l’invisible» que chacun porte en soi.

			Certes, le désir de déchiffrer l’avenir est tout à fait légitime en soi. Il y a lieu, cependant, de souligner un danger. De consultation en consultation, d’horoscope en horoscope, certains adeptes en arrivent à penser qu’il n’y a pas d’alternative parce que rien d’autre ne semble possible: «C’est écrit dans mon thème astral, je n’y peux rien.» Ou encore: «Je porte en moi un karma qui m’empêche de réussir et d’être heureux.» Quand on ne peut expliquer quelque chose, on lui donne la couleur de la fatalité. Ces attitudes nient la responsabilité humaine et les possibilités d’échapper aux lois implacables qui régissent le destin. Nous avons le pouvoir de choisir notre destinée, même si nous subissons une tragédie. Si je peux me permettre un conseil, ce serait le suivant: la meilleure façon de prédire l’avenir tient bien davantage dans le fait de le créer. Cela ne signifie pas pour autant que les médiums n’ont pas leur place. Au contraire, pratiquée avec discernement et humanisme, la voyance peut apporter une grande aide aux personnes qui consultent. Il faut dire que beaucoup de médiums ne révèlent à la personne que les aspects positifs et évitent le plus possible les projections négatives. C’est dans cet esprit que plusieurs voyantes, éminemment conscientes de leur rôle de guide – appelé guidance −, se présentent comme médiums spirituels.

			Si l’on examine maintenant le vocabulaire utilisé, on a l’impression d’entrer dans une étrange forêt lexicale. On entend couramment des termes aux consonances exotiques glanés çà et là dans le champ de la pensée orientale comme chakras, karma, tantra, nirvana[1]… Le sens de tous ces mots clés de la pensée orientale n’est cependant pas toujours maîtrisé et utilisé à bon escient. Le terme nirvana, par exemple, vient étymologiquement du sanscrit et signifie extinction. Il désigne le fait qu’il faut, pour être heureux, éteindre complètement la soif d’existence qui est la cause de toutes les souffrances et de tous les malheurs de la vie. Nous sommes loin de l’état d’inconscience béate que le terme nirvana évoque en Occident.

			On utilise aussi fréquemment des expressions oniriques du genre «les ressentis de l’âme», «tout est divinement simple et lumineux», «état océanique», «cercle vibratoire», «se relier à son essence sacrée». Chaque personne est un «flot de lumière», un «enfant divin de lumière». La respiration est le «souffle divin». L’être est «principe divin», en vertu de quoi on déduit que tout est Dieu et que l’être humain est un dieu qui s’ignore. Aussi fait-il partie de la «race élue». Tout cela doit apporter le confort spirituel total. Quand ces expériences sont vécues à la surface des êtres et de la réalité, il est tentant de promettre l’accès à des pouvoirs spéciaux permettant de vivre des expériences de lévitation ou de «voyage».

			Nonobstant les dérives possibles, je demeure d’avis que ce vocabulaire révèle une soif profonde de spiritualité et de vie intérieure. Il faut donc porter une attention vigilante et respectueuse à ce mouvement qui pousse des hommes et des femmes, qu’ils soient croyants ou non, à revendiquer ce type de spiritualité comme moyen de dynamiser leur existence. Pour beaucoup, la spiritualité est perçue comme une lumière, une énergie, un souffle, une inspiration qui aide à marcher dans les sentiers de la vie. C’est ainsi que les êtres de lumière, ceux qui sont porteurs du germe de l’illumination, sont appelés à porter le flambeau, à aider les autres à parvenir à un état de conscience supérieure. Ils ont comme mission de guider, d’éclairer, d’enseigner, de guérir. On dit alors qu’ils sont habilités à pratiquer l’onction de la lumière.

			Comme on le voit, la vie spirituelle telle que vécue et présentée dans ces centres de santé et spiritualité est essentiellement une voie de croissance humaine qui oriente progressivement la personne vers le mieux-être. Un très grand nombre d’expériences vont en ce sens par la recherche de la santé globale de l’âme et du corps. C’est ce qu’on appelle l’approche holistique.





L’approche holistique


			La spiritualité du mieux-être ne se limite pas à l’âme comme le faisait la spiritualité chrétienne traditionnelle, mais considère le composé humain tout entier. Elle rejoint en cela l’anthropologie spirituelle qui parle de l’être tridimensionnel (ou tripartite): corps-esprit-âme[2], auxquels on ajoute très souvent le cœur.

			Cette conception tripartite de l’être humain repose sur une définition beaucoup plus riche et moins réductrice de la personne que celle que nous donnent les sciences humaines. Celle de la psychologie, par exemple, qui se limite en général aux composantes physiques et psychologiques de la personne. Celle de la philosophie traditionnelle, pour qui l’homme n’est qu’«un animal raisonnable». De ce point de vue, la spiritualité du mieux-être – bien dans sa tête, bien dans son corps, bien dans son âme – apparaît supérieure à ces conceptions. Et c’est ici que le concept «santé spiritualité» prend tout son sens. Pour être bien dans sa tête, dans son corps et dans son âme, il faut être en santé. Nous sommes ici devant l’un des plus grands absolus humains. Les gens sont en général très conscients de la valeur et de l’importance de la santé, qui figure au premier rang de leurs préoccupations dans les sondages. Cette valeur, on le devine, prend toute sa force dans l’aspiration au mieux-être et dans la conscience du caractère sacré de la vie.

			La santé, mais aussi la guérison. Pour plusieurs thérapeutes, le pouvoir de guérison et le pouvoir spirituel sont synonymes. On fait spontanément le lien entre la douleur du corps et la douleur spirituelle et émotionnelle. On en voit l’illustration dans la présence des nombreuses formes de thérapies qui ont pignon sur rue. Diverses pratiques innovantes sont présentées dans les salons et ailleurs pour favoriser la guérison. On y propose des modèles multidimensionnels pour soigner chacun des organes, pour traiter des symptômes précis, pour purifier par la détoxication, pour activer et équilibrer les chakras qui ont un rôle important à jouer dans l’équilibre humain.

			Le mental n’est pas oublié. Il existe des pratiques pour assurer son contrôle, favoriser la pensée positive et la pensée créatrice. Mentionnons encore les séances de channeling et de visualisation de l’aura, de médiumnité et de voyance, encore une fois très courues dans les salons. On espère y détecter ce qui ne va pas dans le destin qui pourrait avoir une influence négative sur le composé humain.

			S’ajoutent à cela les nombreux échanges et conférences sur des sujets touchant la santé et le mieux-être envisagés sous tous les aspects. Le domaine de la guérison apparaît à ce point important que plusieurs animateurs, cliniciens et conférenciers en parlent avec la conviction d’être investis d’une véritable mission spirituelle, celle de thérapeutes de la société et de l’humanité. Dans cette optique, il serait intéressant de faire le tour des différentes pratiques rencontrées dans ces salons[3].





Les soins énergétiques


			La recherche de l’énergie est présentée comme une voie importante pour atteindre le mieux-être, mais aussi comme voie d’expérience spirituelle. Voilà pourquoi elle occupe une grande place dans les salons santé et spiritualité. On lui voue un culte quasi religieux. Par la pratique des soins énergétiques, on vise à équilibrer le flux d’énergie de la personne et améliorer la fonction de ses organes. On espère ainsi atteindre tous les aspects: physique, émotionnel, mental et spirituel. Cela va jusqu’à l’âme. Le caractère spirituel de l’énergie tient de la perception que l’on a de l’énergie universelle, perçue comme une figure cosmique de l’énergie divine. L’invitation est faite d’entrer dans ce champ énergétique pour bénéficier de l’énergie planétaire[4].

			C’est par la voie de la conscience corporelle que l’on entre dans ce champ énergétique. Pour en bénéficier, on prend d’abord conscience de la nécessité de lutter contre les énergies négatives présentes dans l’être humain. Toute souffrance, toute épreuve, tout événement perturbateur génèrent un champ d’énergie négative qui habite le corps et le mental. Même chose pour les sentiments négatifs comme la colère, la jalousie, le ressentiment, la rancune, l’amertume, la tristesse, l’anxiété, l’angoisse, la culpabilité et tous ces accélérants de la corrosion de la vie. Beaucoup demeurent prisonniers de ce champ négatif et ne réussissent pas à s’en évader. Mais à côté existe un autre champ d’énergie positive, celui-là qui permet d’équilibrer ou de se soustraire aux forces négatives ou mortifères qui nous habitent. Comment s’en prévaloir?

			En prenant d’abord conscience de l’importance de l’énergie positive et de son rôle dans la condition physique et mentale de la personne. L’énergie positive correspond au flux vital qui circule dans l’organisme. La biologie parle en ce sens du potentiel d’énergie profonde que chacun porte en soi. C’est dans cette réserve d’énergie que l’on puise naturellement quand on est à la toute dernière extrémité. Un peu à la façon du second souffle pour le coureur. Cette énergie représente une valeur sûre dans l’économie de la vie. Elle est comparable à un feu sacré qui brûlerait sans se consumer. Mais en fait, cela ne se passe pas ainsi. Il faut bien admettre que l’énergie se consume en brûlant.

			Cela signifie que l’énergie humaine, physique et mentale, n’est pas inépuisable. Pour l’avoir ignoré, beaucoup se retrouvent terrassés par le surmenage, la dépression et la maladie. Mais où puiser son énergie? Comment la renouveler? Comment maintenir le délicat équilibre entre ses réserves et ses dépenses d’énergie? Comment garder le calme et la bonne forme dans les périodes d’activité intense? Comment stimuler l’énergie créatrice? Ce sont toutes des questions qui font l’objet de nombreuses activités et pratiques dans les salons.

			On devine que derrière toutes ces questions se profile l’interrogation qui hante beaucoup les consciences de nos jours, à savoir vaut-il mieux ajouter des années à la vie ou de la vie aux années? Cette question, on la sent très présente. On opte évidemment pour vivre le plus longtemps possible en pleine possession de ses moyens physiques et mentaux. On souhaite ardemment allonger sa vie de quelques années, sans risquer d’arriver à son terme complètement miné physiquement et mentalement. On souhaite également envisager sa retraite comme un second début et non pas comme la fin de toute activité. Ce sont là, on le devine, des préoccupations qui animent et motivent l’homme et la femme d’aujourd’hui à entretenir sa santé, dans le but d’en bénéficier le plus longtemps possible.

			À cette fin, on propose des activités et des pratiques présentées comme de véritables fontaines de Jouvence. Cela va de l’utilisation d’essences de fleurs, de fruits, d’huiles thérapeutiques, d’encens, de bougies, voire de pierres, auxquels on attribue des propriétés curatives. Le pouvoir de conviction avec lequel on présente ces pratiques relève évidemment de la foi en la valeur de la vie. C’est ce qui légitime d’ailleurs l’orientation spirituelle qu’on leur attribue, consciemment ou inconsciemment.

			Il existe également une source originelle d’énergie qui émane d’un lieu de prédilection qui s’appelle l’Univers, en particulier la Terre-Mère, de qui nous espérons bénéficier de ses énergies fécondes. Dans la mythologie, la Terre-Mère est représentée par la déesse grecque Gaïa. Celle-ci nous dit: «Tu es fils ou fille de l’Univers.» Nous faisons partie de la grande «broderie cosmique». C’est ainsi que nous sommes invités à entrer dans le courant de l’énergie universelle, dans la grande rythmique de l’Univers.

			Chez les humains, comme dans le règne végétal et le règne animal, puis dans le cosmos en général, un immense courant vital transcende la réalité. Il existe partout une puissance germinative à l’œuvre dans l’Univers, et cette puissance, c’est celle de la vie. Il s’agit d’entrer dans le grand courant de vie qui circule dans le cosmos. Certaines personnes emmagasinent plus que d’autres cette énergie et leur mission est alors de la transmettre. Cela se fait en grande partie par l’imposition des mains, par des rites auxquels s’ajoutent parfois des paroles sibyllines. On fait ainsi passer le courant énergétique d’une personne à l’autre. Diverses pratiques sont conçues à cette fin. Mais la pratique de l’heure est sans contredit le reiki, qui connaît présentement une vogue considérable et qui donne le ton à toutes les pratiques de ce genre.

			Le reiki fait appel au corps énergétique. Il part du champ magnétique que chaque être vivant produit. Dans le reiki, par la transmission personnelle de l’énergie, on tente de revitaliser le corps et l’âme de la personne. On cherche à réduire le stress, à engendrer le calme et à favoriser la détente. On vise également la guérison de toutes sortes de maux, le soulagement de la douleur, le renforcement du système immunitaire, la régénération cellulaire, la purification du corps et de ses toxines, offrant ainsi un précieux complément à l’approche médicale. Sans oublier les problèmes émotionnels, qui sont aussi traités par ces pratiques, où l’on attache une grande importance aux blocages psychologiques. Les soins énergétiques sont perçus comme des moyens efficaces pour se libérer des émotions, des cuirasses et des schémas mentaux qui paralysent la personne. Ultimement, ces courants énergétiques deviennent des liens spirituels qui unissent la personne à l’Univers. C’est ainsi que je lisais récemment sur la carte d’affaires d’une personne spécialisée en reiki: «Approche énergétique spirituelle».





Les soins de l’âme


			La vie intérieure n’est pas négligée, dans ces salons. Elle prend le plus souvent la couleur de l’âme. L’âme traduit la réalité la plus profonde en soi. Elle est considérée comme la dimension la plus élevée chez l’être humain. Elle apparaît en même temps comme le réservoir de l’être, la source du vrai moi. L’âme désigne la sensibilité, la conscience, la morale. Elle questionne sur la condition humaine, le sens de la vie, l’intériorité. Pour plusieurs elle est d’essence divine. On la conçoit volontiers comme hors du temps, infinie et éternelle. Aussi ne se trouve-t-elle qu’à une certaine profondeur. On peut alors comprendre pourquoi l’âme apparaît la plupart du temps comme une entité oubliée, pour ne pas dire méconnue. Aussi faut-il commencer par prendre conscience de son existence. On constate alors qu’elle n’est pas une réalité automatiquement acquise. Il faut la chercher. Voilà pourquoi on fait un appel constant à se reconnecter à son âme.

			Mais comment trouver son âme? On peut la trouver par des sessions de ressourcement, où l’on amène la personne à entrer en contact avec son monde intérieur. À cette fin, diverses pratiques ou ateliers existent pour se connecter à l’me source, c’est-à-dire l’âme originelle, celle du monde, celle du cosmos, celle de la Terre. Les personnes qui possèdent à un degré élevé la conscience de leur âme peuvent amener les autres à découvrir la leur. Il s’agit alors d’un grand moment dans l’expérience spirituelle.

			On découvre peu à peu que l’âme a ce rôle vital d’assurer le lien entre le corps et la pensée, la matière et l’esprit. Elle a aussi cette tâche éminente de combler le fossé entre les deux ordres d’existence: le temporel et le spirituel. Elle possède cette mission unique d’accompagner la personne au cœur de la vie, là où quotidiennement se tissent nos relations avec le monde. Une fois rendue là, l’âme a pour rôle d’éterniser le temporel en exprimant la dimension d’infini et de sacré qu’il contient.

			Assez étonnamment, j’ai appris qu’on pouvait aussi découvrir la présence de l’âme dans la matière. En particulier dans des objets représentant le sacré. Parmi ces objets, j’en relève un qui m’a beaucoup interpellé, moi qui étais au départ fort incrédule. J’ai appris que les pierres précieuses et semi-précieuses – les cailloux n’ont pas la noblesse des pierres – sont des lieux d’incarnation de l’âme. Et cela n’est pas banal. Même si les pierres n’ont pas l’âme et le cœur de l’homme, elles peuvent témoigner symboliquement de la présence de l’âme. Albert Camus, dans Noces, évoque ces «évangiles» que sont les pierres porteuses de messages pour l’homme[5]. S’agirait-il des pierres qui servent à bâtir les temples et les cités?

			Nous savons qu’au fil des siècles, de nombreuses cultures ont contribué aux légendes et aux traditions entourant le culte des pierres précieuses. Ces pierres, perçues comme des produits rares de la nature, ont inspiré philosophes et mystiques, qui ont attribué des pouvoirs surnaturels à ces minéraux spéciaux. On les présentait comme des réceptacles d’influx divins et de l’énergie cosmique. De ce fait, on leur attribuait une force dotée du pouvoir de guérison. Elles avaient quelque chose de la pierre philosophale. On était conscient que les pierres parlent dans leur silence. Elles interpellent dans leur matérialité même. On pourrait comparer l’expérience spirituelle qui en découle comme une sorte de quête alchimique de l’absolu. Là-dessus, on fait l’invitation en posant la question: «Quelle pierre précieuse correspond à ton âme?»

			Par toutes les pratiques que je viens de présenter, on peut dire que l’âme est très présente dans la nouvelle spiritualité. Non pas seulement l’âme comme noyau spirituel de l’être, mais comme lieu important de la transcendance humaine. L’âme représente notre essence intérieure profonde et sacrée. Elle a la capacité de faire surgir des facettes neuves et inattendues de la réalité. Elle a le pouvoir de favoriser l’émergence de phénomènes qui échappent à l’intelligence. Aussi faut-il être attentif aux appels de l’âme. Il existe à cette fin diverses techniques pour initier à la «lecture de l’âme». Mais ici, il faut être prudent, car la grande confiance que l’on voue à l’âme n’en fait pas pourtant une entité à toute épreuve. «Que sert à l’homme de gagner l’Univers s’il perd son âme?» prévient la sagesse biblique. Quand nous ne donnons aucun soin à notre âme, nous courons le danger de la retrouver dans un état de dépérissement au moment où nous en avons le plus besoin. L’âme habite le corps et elle en dépend pour sa santé. Cela signifie que l’âme, comme le corps, peut être malade. Elle peut refléter et actualiser un mal de l’existence, un mal de vivre qui peut grandement affecter le corps. Dans ce cas, on parle du «mal à l’âme intérieur» ou des «maladies de l’âme». Mais comment se refaire une âme?

			Pour être en forme, l’âme doit être nourrie et entretenue. Il faut prendre soin de son âme. Celle-ci a besoin, autant que le corps, de respirer et de manger. L’âme se nourrit en particulier de la prière, de la méditation et de la contemplation. Elle croît dans le silence et la solitude de la vie intérieure. Son habitat naturel est celui de la spiritualité et du sacré. Elle prend ses racines dans la profondeur et la verticalité. La substance de l’âme va de pair avec l’essence de la vie.

			L’âme a aussi soif de beauté, elle en vit et en nourrit son espérance. Elle se parfume à l’odeur de l’amour, du don et du partage. Elle détient sa délicatesse de la reconnaissance, de la politesse, du respect, de la prévenance, de la sollicitude, de la bonté. Ses fruits sont l’harmonie, la paix et la sérénité. C’est alors qu’elle peut offrir ses ressources, lesquelles, dans bien des cas, représentent le seul vrai remède aux maux de l’existence[6].





La canalisation angélique


			De l’âme on passe aux anges. Pour bien des personnes, les anges sont des personnes réelles que l’on croise sur la route au bon moment, au bon endroit. Ce sont aussi des personnes amies sur lesquelles on peut compter. Certains les appellent «anges gardiens». Victor Hugo a déjà formulé une belle parole là-dessus: «Les amis sont des anges silencieux, qui nous remettent sur nos pieds quand nos ailes ne savent plus voler.» Sur quoi une courte prière dit ceci: «Ô saints anges gardiens, abritez-nous de vos ailes.»

			C’est ainsi que pour beaucoup, les anges sont des êtres ailés, de mystérieux messagers du monde et de la vie intime. Pour ces personnes, la présence de ces êtres invisibles est une réalité concrète. Ils sentent leur présence et perçoivent les signes de leur action dans leur vie. Les anges apparaissent comme des messagers éminemment actifs pour peu qu’on s’en occupe. Ils font partie de la vie intérieure de chaque être humain, ils suivent nos traces quotidiennement et nous accompagnent sur le chemin de la vie. On bénéficie alors des «énergies angéliques» qui opèrent dans nos pensées, dans nos sentiments, dans nos actions, et qui jouent aussi le rôle de guides et de protecteurs sur notre route. Ne lit-on pas dans la Bible «Il a ordonné à ses anges de te protéger où que tu ailles» (Ps 91,11)? Les anges nous aiment et nous font bénéficier de leur amour.

			Chaque personne peut identifier l’ange qui lui est propre et bénéficier de son aide, de son appui et de son inspiration. Il existerait même différentes spécialités d’anges auxquels on peut faire appel dans les passages difficiles de la vie ou dans les épisodes charnières de l’existence. Ces anges ont aussi le pouvoir de guérir à travers la fréquence vibratoire qu’ils émettent. Ces fréquences sont appelées «énergies angéliques» et permettent de triompher des maux et des écueils de la vie[7].

			Mentionnons qu’il existe une science portant sur les prédictions angéliques et qui touche tous les aspects de la vie: les finances, la chance, les relations, le travail et la santé. Cette «astrologie angélique» donne une vision globale de l’année tout en fournissant beaucoup de détails et de conseils pour bien cheminer sur la route du destin. Il existerait une aide angélique pour chaque nouvelle année.

			Parallèlement à l’astrologie angélique, il existe sous une forme très populaire des cartes angéliques, sorte d’horoscope quotidien destiné à éclairer sur les diverses facettes de la vie en promulguant des oracles, en apportant des réponses aux questions, aux préoccupations, aux rêves qui jalonnent l’existence. Elles éclairent la personne sur ce qui se passe à l’intérieur d’elle-même. Elles jouent essentiellement un rôle de guide qu’elles exercent sous le signe de l’intuition et de la sagesse. Certains jeux de cartes vont même jusqu’à l’actualisation des pouvoirs divins, amenant la personne à l’autonomie spirituelle.

			Comme on le voit, l’angéiologie demeure une pratique des plus populaires et très bien structurée. Les livres sur le sujet abondent et chacun dit à sa manière comment connaître, comprendre et rencontrer les anges, comment accueillir leur présence dans la vie quotidienne, comment communiquer avec eux, comment s’unir à eux pour atteindre le bonheur et la plénitude. On dit même que les anges nous parlent. Nous aspirons tous à la visite de notre ange. Là-dessus, on peut compter sur les nombreuses sessions de formation qui se donnent pour former à la lecture angélique et accéder aux diverses voies de communication avec les anges. Cela s’appelle la canalisation angélique.





Les pratiques méditatives


			Au cœur de toutes les pratiques spirituelles trône une forme d’expérience considérée par les enquêtes sociologiques comme la plus populaire et la plus pratiquée à travers le monde: la méditation. Cela ne date pas d’aujourd’hui. À toutes les époques, dans toutes les religions, dans toutes les philosophies, dans toutes les cultures, des hommes et des femmes ont médité.

			La méditation est présentée comme une oasis de paix et de sérénité, voire une panacée. Elle est un refuge dans les problèmes et les difficultés de la vie. Effectivement, elle est un peu tout ça. Elle fait partie de la culture mentale. Par elle, on apprend à harmoniser les relations entre le corps et l’esprit, à se réconcilier avec soi-même, à savourer l’instant présent. Pour plusieurs, la méditation se présente comme un véritable art de vivre.

			Il existe de multiples formes de méditation, mais celle qui domine présentement est sans contredit la méditation de pleine conscience (mindfulness). Cette forme de méditation s’inspire de la tradition bouddhiste, mais il faut comprendre que, par sa portée universelle, la pleine conscience s’adresse aux Occidentaux autant qu’aux Orientaux. Voilà pourquoi la méditation de pleine conscience est une pratique qui s’applique parfaitement à la vie moderne. Il n’est pas nécessaire d’être un bouddhiste ou un yogi pour la pratiquer. Le concept est simple. Elle amène à vivre en harmonie avec soi-même et le monde qui nous entoure. Il s’agit de prendre conscience de qui nous sommes, d’apprécier la plénitude de chaque moment que nous vivons et surtout d’atteindre la plénitude de notre être. Dans ces conditions, on comprend pourquoi la méditation de pleine conscience nous situe au cœur de la vie.

			Christophe André, dans son livre Méditer jour après jour, la définit simplement en disant que méditer, c’est «s’arrêter de faire, de remuer, de s’agiter. Se mettre un peu en retrait, se tenir à l’écart du monde.» Puis il ajoute: «Méditer pour apaiser son esprit, méditer pour savourer sa vie: la méditation de pleine conscience est un moyen de cultiver sérénité et lucidité accessible à tous[8].» La méditation représente donc un moyen, une voie pour parvenir au mieux-être.

			On insiste en général sur la capacité de la méditation à guérir tant le corps que le mental. Les témoignages ici se font nombreux. J’ai retenu celui d’une psychothérapeute qui résume bien la valeur curative de la méditation. Elle écrit: «J’ai commencé à méditer durant une période d’épuisement professionnel qui me contraignait à vivre dans le repos le plus strict. Je l’ai fait pour m’aider à me relaxer, à retrouver mon énergie perdue. D’ailleurs, il n’y avait pas grand-chose d’autre que je pouvais faire, puisque j’étais complètement perdue[9].» La méditation s’avère efficace – de nombreuses études le prouvent – en particulier pour les maladies cardiaques, pour régulariser la tension artérielle, renforcer le système immunitaire, sans oublier les multiples effets à long terme sur le cerveau, le stress… Certains auteurs, pour souligner l’aspect thérapeutique de la méditation, s’amusent à jouer sur la consonance des mots: méditation ou médication? Dans le chapitre 6, sur la spiritualité du moment présent, je développerai davantage le concept de pleine conscience sur lequel s’appuie la méditation.

			Il y a cependant un bémol. Des études sur la méditation relèvent quelques effets secondaires non négligeables, surtout chez les personnes qui poussent l’expérience à l’extrême, au point d’en faire la raison d’être de leur vie. Certaines de ces personnes en arrivent parfois à des états d’euphorie, de visions qui peuvent conduire à la paranoïa, à la colère, à l’anxiété et même entraîner des douleurs physiques. Cela concerne également des personnes dont la conscience est déjà altérée par une psychose ou un traumatisme psychologique quelconque.

			On pourrait dire la même chose de la pratique du yoga, à laquelle on peut se vouer corps et âme au point d’en perdre la raison. En fait, il faut comprendre que les déviations existent dans tous les domaines de la vie, même dans les meilleurs. Mais attention! Qu’il s’agisse de la méditation, du reiki ou du yoga, ces pratiques, si elles sont réalisées dans des conditions normales, soit en poursuivant des objectifs comme la détente, la recherche de l’équilibre et de la paix intérieure, sont excellentes et se révèlent très efficaces dans la recherche du mieux-être. De nombreux psychiatres, psychologues et médecins les pratiquent eux-mêmes et en témoignent. Il faut préciser que, parmi les multiples techniques de yoga, la grande majorité des personnes se limitent aux postures – le yoga hatha ou le hatha-yoga –, puis à la détente et à la relaxation physique et mentale qui l’accompagnent. Elles ne se rendent pas jusqu’à la pensée illuminative pouvant dériver parfois jusqu’à la sortie de soi. Elles retiennent l’idée de la compassion et de la bienveillance où l’on est amené à trouver sa propre posture pour soi-même, à s’accueillir tel que l’on est, ici et maintenant. À maîtriser ses désirs, ses colères, ses illusions, l’envie. À accueillir la réalité telle qu’elle est. Le yoga apprend à utiliser les situations douloureuses en les regardant comme des occasions de grandir et de s’épanouir. Il aide à accéder au mieux-être en agissant sur le corps et l’esprit. En cela consiste l’intention spirituelle du yoga. Il faut comprendre que le yoga est une pratique millénaire et qu’il a aidé un nombre incalculable de personnes à travers l’histoire, et encore maintenant, à traverser la vie et à réaliser son propre destin.

			Que conclure de toutes les pratiques dont j’ai parlé dans le présent chapitre? Ce qui frappe le plus, c’est l’intention ou l’orientation spirituelle qu’on leur donne. Pour ce faire, on mise beaucoup sur le pouvoir évocateur du mot spirituel et sur le halo affectif qui l’entoure. Cela permet de conférer au discours une certaine élévation, ainsi qu’une certaine profondeur ou crédibilité. C’est comme si le mot venait rehausser la description que l’on fait de ces pratiques. C’est en quelque sorte une valeur ajoutée.





Le pouvoir curatif du spirituel


			Le prestige du mot spirituel s’étend évidemment au domaine de la guérison. Ici, on croit beaucoup à la valeur curative et thérapeutique du spirituel. Cela n’est pas nouveau, car le pouvoir de guérison du spirituel est universellement reconnu. De tout temps, la spiritualité est apparue comme une voie libératrice devant la souffrance. Dans un reportage télévisé, on présentait des expériences menées à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec sur le rôle de la foi dans le processus de guérison. Dans le même reportage, on faisait état de la création à l’Université Laval de la nouvelle Chaire Religion, spiritualité et santé. De nombreuses recherches y sont menées sur le rôle de la foi, de la prière et de la méditation. À l’Université de Montréal, par exemple, il existe une équipe multidisciplinaire qui travaille dans le même sens. Et l’horizon de la recherche s’ouvre encore plus grand si l’on se tourne du côté américain, où des expériences semblables existent depuis plus de cinquante ans.

			Partout, on reconnaît que la spiritualité permet de prévenir, de guérir ou d’assumer la maladie. Mais plutôt que guérir, il serait peut-être plus juste de parler d’accompagnement sur le chemin de la guérison, car la spiritualité n’a pas la prétention de guérir au même titre que la médecine. Il est certain cependant que la guérison apparaît comme un acte spirituel tout autant que scientifique. Et cela est encore plus vrai quand on considère les cas où la médecine ne peut rien contre la souffrance ou la maladie.

			On compare volontiers le spirituel à un guérisseur intérieur que l’on porte en soi. De nombreuses recherches ont démontré que ceux et celles qui ont intégré la dimension spirituelle à leur vie ne restent pas enfermés dans leur pathologie. Pour illustrer le phénomène, je me reporterai à l’un des domaines probablement les plus perméables à l’intervention du spirituel, la dépendance à l’alcool ou à la drogue. Ce sont les travaux de Christina Grof, psychiatre spécialiste des crises d’émergence spirituelle[10], qui ont révélé l’importance de la spiritualité pour se libérer de l’alcoolisme ou de la toxicomanie. Il va de soi que cela vaut tout autant pour les autres formes de dépendance comme le jeu, la sexualité (sexolisme), le pouvoir, l’argent, la boulimie, la dépendance affective…

			Un spécialiste de la question, Magella Potvin, psychologue éthicien, émet un point de vue intéressant là-dessus. Il explique que la maladie est en quelque sorte «un enlisement dans l’existence, une négation de soi-même, souvent à notre insu, d’entrer en relation avec ce qui nous entoure. Le corps malade reflète et actualise un mal de l’existence, un mal à vivre ou mal à l’âme intérieur[11].» C’est ce qu’enseignait jadis le philosophe Platon par cette maxime traduite librement et qui fait aujourd’hui le tour du Web: «Les maux du corps sont les mots de l’âme. Ainsi on ne doit pas guérir le corps sans chercher à guérir l’âme.» En fait, les véritables paroles de Platon (traduites) sont les suivantes: «On ne peut guérir la partie sans soigner le tout. On ne doit pas soigner le corps séparé de l’âme, et pour que l’esprit et le corps recouvrent la santé, il faut commencer par soigner l’âme. Car c’est une erreur fondamentale des médecins d’aujourd’hui: séparer dès l’abord l’âme et le corps[12].» Il est clair que tout traitement véritable d’une maladie doit dépasser le curatif (médication et interventions médicales) et s’étendre jusqu’à la dimension spirituelle de la personne.

			Aussi ne faut-il pas s’étonner que la médecine se pose de plus en plus de questions sur la spiritualité. On se demande, par exemple, si la spiritualité peut aider à guérir ou si elle a une influence sur la santé. Dans cette foulée, on peut dire que la spiritualité présente un immense intérêt pour le monde médical et elle est de plus en plus reconnue comme ayant le potentiel d’aider à prévenir, à guérir ou à assumer la maladie.

			J’y vois encore un intérêt marqué par le rôle que jouent les intervenants en soins spirituels dans les hôpitaux. On sait que de nos jours, ce rôle n’est plus dévolu uniquement au clergé, mais qu’il est confié majoritairement à des laïcs formés à cette fin. Ces personnes sont habilitées à offrir des soins spirituels de qualité, bien adaptés à chaque individu, et ce, dans le respect absolu de la manière dont chacun choisit d’exprimer sa spiritualité[13]. Cela répond à un besoin réel, si l’on en juge par des sondages qui révèlent que les personnes malades considèrent leur santé spirituelle aussi importante que leur santé physique.

			L’importance accordée par la nouvelle spiritualité à la santé et à la guérison témoigne de son caractère éminemment humaniste. Autrefois, on s’en remettait à Dieu dans la souffrance et la maladie. On y voyait un act of God, un effet de la volonté divine sur notre destin. Parallèlement, on comptait sur la bonté et la puissance divines pour permettre la guérison. Cela s’appelait la confiance en la divine Providence. Contrairement à cette attitude, la nouvelle spiritualité renvoie à l’individu l’entière responsabilité de sa santé et de sa guérison. Ce qui l’oblige à prendre ses propres moyens pour se garder en santé et éventuellement guérir. C’est ainsi que beaucoup choisissent, pour ce faire, l’expérience spirituelle.





L’expérience spirituelle de la santé


			L’expérience spirituelle de la santé et de la guérison repose sur l’importance et le caractère sacré que l’on accorde à la vie. Ce caractère est fortement tributaire de la présence de l’âme dans le composé humain. Les deux éléments, corps et âme, agissent en synergie, dans une sorte de complicité mystérieuse que l’on peut expliquer de la façon suivante.

			Dans bien des cas, le corps exprime les besoins inconscients de l’âme, besoins souvent refoulés qu’elle ne s’avoue pas. Or, l’expression de ces besoins passe en grande partie par la maladie. Celle-ci devient le symbole par lequel l’âme s’exprime. Par la maladie, l’âme cherche à livrer un message important sur l’état réel de la personne. Sans compter que pour beaucoup, la maladie demeure la seule issue pour exprimer le mal-être de l’âme.

			Dans ces conditions, on comprend pourquoi il faut accorder toute son attention à l’âme. Trop souvent, le regard porte exclusivement sur le corps auquel on accorde une attention égocentrique. Ici, je crois qu’il y aurait tout lieu de réfléchir sur l’attitude narcissique qui consiste à retourner sans cesse le miroir dans lequel le corps se regarde et auquel il demande chaque fois: «Suis-je le plus beau ou suis-je la plus belle?» Il n’y a pas de meilleure façon de voiler l’âme ou de la faire oublier que de mettre constamment l’accent sur le paraître.

			Une autre façon d’oublier l’âme réside dans la vision purement mécanique que l’on se fait du corps, qui consiste à le considérer uniquement comme un assemblage organisé de muscles, d’os et d’organes. Ou encore à le percevoir comme une machine dont on tire des profits, certaines jouissances et autres choses. Nous sommes loin ici de la perception du corps comme temple de l’âme et du rôle qu’elle exerce.

			L’âme a un rôle vital à jouer comme semence de l’être et de la vie. Lorsque l’âme est absente, les effets ne tardent pas à se faire sentir. Tout ce qui affecte l’âme, comme le sentiment de vide, le manque de sens, la dépression vague, le désenchantement conjugal, familial et relationnel, la soif de spiritualité non comblée, tout cela envoie un message clair au corps. Nous comprenons alors que l’âme peut souffrir à travers le corps. Tout cela milite en faveur de ce que l’on appelle le soin de l’âme.

			Malheureusement, notre époque ne reconnaît pas beaucoup la présence et l’importance de l’âme. Pour Thomas Moore, «la terrible maladie de notre siècle, celle qui participe à tous nos problèmes et nous affecte individuellement et socialement, c’est la perte de l’âme. Quand nous négligeons notre âme, elle ne disparaît pas pour autant: nous la retrouvons sous forme de symptômes dans les obsessions, les dépendances, la violence et la déchéance du sens[14].» Malgré ce diagnostic sévère, la perte de l’âme n’est pas pour autant reconnue. La plupart des ouvrages ignorent l’apport de l’âme dans la construction du moi et dans l’équilibre humain, se privant ainsi de ses ressources étonnantes de rebondissements.

			C’est ici que la spiritualité peut grandement aider. Le psychanalyste Anselm Grün souligne bien l’importance de l’âme quand il écrit: «La santé est plus que la simple restauration d’un corps malade, obtenue à coup de médicaments et d’appareils sophistiqués. Elle requiert un style de vie sain et comporte une dimension spirituelle: un juste rapport à soi, aux autres, à la création, à Dieu, dans l’unité du corps et de l’âme. Prêter à son corps, en tant qu’il est l’expression de l’âme, toute l’attention qui lui est due, est une exigence spirituelle[15].» On ne peut mieux parler du défi spirituel que représente la santé. Dès lors, le but pourrait consister à vivre sainement dans son corps et dans son âme. Cela va de soi, car la vie spirituelle sollicite la personne dans son intégralité. C’est ainsi que l’âme et le corps deviennent des partenaires importants dans l’itinéraire spirituel. À ce titre, l’expérience spirituelle de la santé pourrait fort bien trouver sa place dans les médecines douces ou alternatives.

			Si l’on voulait résumer le présent chapitre, on pourrait parler de l’importance spirituelle qu’acquiert la quête du mieux-être à notre époque. La spiritualité apparaît comme l’un des moyens privilégiés pour se sentir mieux dans sa peau, pour vivre en harmonie avec soi et avec le monde. Et l’on sait maintenant que cet idéal spirituel peut faire l’objet d’une quête personnelle, car aujourd’hui la vie spirituelle ne répond plus exclusivement à des impératifs de foi ou de religion, mais s’affirme comme la réponse à une quête humaine. Elle se présente essentiellement comme une aventure d’humanité. Comme l’affirme Teilhard de Chardin: «Nous sommes des êtres spirituels vivant une aventure humaine.»





CHAPITRE 2


			La vraie nature du spirituel


			Notre époque connaît un nouvel humanisme. Un humanisme qui se veut laïque et profane, sans lien avec une religion, et qui amène à devenir une personne au sens plénier du terme par des idéaux qui s’incarnent dans l’agir humain. Cet humanisme est fondé sur l’autotranscendance de la personne. C’est ce qui ouvre la voie à la dimension spirituelle de l’être. Par ce biais, on prend conscience d’entrer dans le grand fleuve de l’humanité. Le but du cheminement spirituel est alors de devenir pleinement humain, de grandir en humanité. Pour beaucoup, cette dimension est devenue si importante qu’elle semble avoir occupé en tout ou en partie la place du religieux. La spiritualité laïque n’a donc pas de lien nécessaire avec la religion. Voilà pourquoi plusieurs questions se posent. Pour ceux et celles qui ont quitté la religion ou qui n’y ont jamais appartenu, que représente la spiritualité? Quelles sont les attentes? Quelles sont les motivations qui peuvent amener à s’engager dans la voie spirituelle? Ces questions nous placent au cœur de la nouvelle spiritualité et nous permettent d’en révéler la vraie nature.





L’éveil spirituel


			On reconnaît de plus en plus la nécessité d’avoir une orientation spirituelle pour vivre équilibré et heureux. C’est cette prise de conscience – souvent appelée «l’éveil» − qui suscite chez plusieurs le désir d’expérimenter le spirituel. Cela se fait de diverses façons. Le plus souvent, la prise de conscience répond au désir d’un meilleur équilibre humain ou encore à la nécessité d’un «surplus d’âme», surtout dans les moments où la vie exige des forces plus grandes qu’à l’accoutumée. C’est ainsi que plusieurs expérimentent le spirituel comme force intérieure, comme énergie qui permet de dominer les événements, de maîtriser les situations, d’affronter les hauts et les bas de l’existence. Les exemples sont nombreux où l’on voit des personnes qui traversent, grâce au spirituel, des épreuves humainement impossibles ou insurmontables. Elles expérimentent combien le spirituel s’avère efficace pour affronter les bouleversements et les épreuves de la vie.

			Pour illustrer cette force, j’utiliserai volontiers le récit de ce maître zen, dans lequel il évoque l’histoire d’une vieille femme qui, au plus fort de la saison des pluies, avait résolu de se rendre en pèlerinage à une montagne sacrée fort lointaine. Faisant halte à une auberge, elle décida de prendre une chambre pour la nuit avant d’entreprendre son ascension.

			«Ma pauvre dame, lui dit l’aubergiste, jamais vous ne parviendrez à escalader le sol glissant de cette montagne. Surtout pas avec ce mauvais temps. C’est impossible.

			— Oh, rien de plus facile, répondit la vieille femme. Voyez-vous, monsieur, mon cœur repose là-bas depuis si longtemps. Il ne me reste plus désormais qu’à y traîner mon corps.»

			Dans cette légende, le cœur illustre parfaitement bien le spirituel, lieu de forces incomparables. Grâce au spirituel, plusieurs sont sortis de l’enfer de l’alcool, de la drogue ou du jeu. Des personnes atteintes de maladies incurables, décomptées par la médecine, ont vaincu la mort. Certaines ont assumé leur maladie au point d’y voir une source de transformation et de bonheur. Beaucoup ont vu leur peur, leur anxiété, leur angoisse se commuer en un profond sentiment de paix et de quiétude.

			Par ailleurs, le spirituel apparaît comme un moyen important de bonifier l’existence. Cela se traduit par la recherche d’une meilleure qualité de vie ou le désir d’une existence moins artificielle. Dans ce cas, on décide de ne plus vivre à la surface des êtres et des choses. On cherche à s’évader de la dimension étale de la vie, à rompre les amarres d’une existence stagnante et monotone. On ne peut mieux exprimer ce phénomène qu’en évoquant l’appel de la vie qui sourd en soi, parallèlement au désir de voir son être se dilater aux dimensions de l’infini. Pour ces personnes, la volonté d’un changement de vie sonne le départ d’un réveil. Réveil à la fois physique, mental et spirituel.

			Pour expliquer ce réveil, j’aurais le goût d’utiliser la comparaison suivante. Dans le désert du nord du Chili, la météo est telle qu’il peut s’écouler des années avant que ne tombe la pluie. Mais quand elle arrive, le sol desséché et caillouteux se transforme en un véritable tapis de fleurs multicolores qui attire les touristes de tout le pays. Le spirituel a ainsi cette possibilité d’irriguer toutes les plages de la vie. Les personnes qui s’engagent dans cette voie connaissent une véritable expérience dans laquelle elles voient leurs liens avec le réel se raffermir. Elles découvrent l’importance et la beauté des réalités humaines. Elles perçoivent l’aptitude incomparable du spirituel à rendre la vie intéressante et fluide. Il s’ensuit un goût et un intérêt marqués pour la vie.

			Bien sûr, le spirituel ne protège pas automatiquement de la souffrance et des épreuves de l’existence. Il ne vaccine pas contre les erreurs et les égarements. Une spiritualité, fût-elle intense, ne constitue pas une assurance contre la souffrance. Elle n’empêche pas nécessairement la faiblesse humaine. Elle n’est pas là pour écarter l’épreuve, mais pour la franchir et en sortir plus fort. Elle n’a de sens que si elle aide à mieux vivre, à approcher de plus en plus le bonheur. En faisant en sorte que les fatigues, les peines, les épreuves, de même que tout ce qui est investi dans le travail, comme les réalisations, les créations, les idéaux et les luttes, servent à la construction de la personne, le spirituel contribue par un effet d’osmose au mieux-être et à la qualité de la vie.

			Dans ces conditions, les valeurs sacrificielles ne disparaissent pas. Toute spiritualité authentique, qu’elle soit chrétienne ou non, comporte une ascèse, une discipline, un combat. Elle requiert l’entraînement et la pratique. Il y a des choses à sacrifier pour évoluer spirituellement et parvenir au mieux-être. Mais encore faut-il comprendre le sens du sacrifice, qui n’est pas d’amputer, mais d’enrichir. Si la croissance de la personne, son humanisation, exige des efforts, il va de soi que l’évolution intérieure et la vie spirituelle en requièrent tout autant. Mais le jeu en vaut la chandelle. Combien de personnes, par l’expérience spirituelle, ont connu une renaissance, une nouvelle vie!

			Je pense ici à tous ces hommes et à toutes ces femmes, étudiants, travailleurs, médecins, artistes, journalistes, qui avouent avoir fait un jour une expérience radicale. Après avoir couru après le succès, l’argent et la reconnaissance à en perdre haleine, ils ont expérimenté, par un événement parfois tragique de leur vie, une force qui les a soulevés, transfigurés, orientés vers quelque chose de supérieur.

			Le spirituel vise l’accomplissement de tout l’être. Il concerne le corps et l’âme d’une personne, sa vie, son épanouissement, la compréhension de ce qui se passe en elle. Il détermine les questions qui l’habitent, sa manière de vivre, son but dans la vie, ses croyances, son bien-être ou son mal-être[1]. C’est ainsi qu’il joue un rôle primordial dans l’accomplissement de la personne. De ce point de vue, l’expérience spirituelle peut être envisagée comme un processus majeur de maturation et d’humanisation. Mais pour cela, il faut une quête.

			C’est par la quête que l’expérience spirituelle prend tout son sens. Cette quête place la personne au cœur d’un projet qui amène à dépasser le plan matériel, ouvrant des voies nouvelles d’expérimentation. Naît alors le désir de la recherche de l’accomplissement intérieur, du développement personnel lié à l’enrichissement de la conscience. Surgit parallèlement la volonté de restructurer et de réinventer sa vie. Il en résulte une évolution personnelle et une manière d’être qui vont dans le sens de ce qu’on a appelé à une certaine époque «l’humanisme intégral», c’est-à-dire un humanisme qui embrasse l’être humain dans sa totalité. De nos jours, on parle volontiers de la qualité totale. Je préfère cependant l’expression plénitude de l’existence, parce que cette expression n’a pas encore subi la corrosion du temps, et surtout parce qu’elle possède une connotation de profondeur et d’infini. Je rejoins ici la pensée de Carl Jung, pour qui «l’homme, pour son accomplissement, n’a pas besoin de perfection, mais de plénitude».

			Cette plénitude serait cependant impossible sans pôle unificateur de la vie. À première vue, l’être humain présente une image unifiée de lui-même. Mais en réalité, il n’en est pas ainsi. Il est constamment l’objet de forces contraires qui l’habitent. Il est constamment en recherche d’équilibre. Or, le spirituel a cette capacité unique de régénérer dans la personne ce qui rompt l’harmonie, l’éloignant de son essence véritable. L’un des buts de l’expérience spirituelle est précisément d’unifier les expériences, les valeurs, les activités qui alimentent la vie. C’est l’intégration de tous ces éléments qui devient véritablement source d’enrichissement et de réel progrès pour la personne.

			Le spirituel n’a rien d’une idéologie ou d’une philosophie. Il est l’histoire d’une transformation, d’une catharsis. Il est essentiellement une genèse. Celle-ci consiste à faire disparaître ce que l’on appelle depuis les origines de la Bible le «vieil homme» pour revêtir «l’homme nouveau», ce qui correspond à une véritable renaissance. William James, l’un des fondateurs de la psychologie moderne, appelle ceux qui ont connu une telle expérience les «doublement nés», c’est-à-dire ceux qui ont vécu une conversion authentique, laquelle les a éveillés à une nouvelle façon d’être et de vivre[2]. La renaissance est devenue pour eux la voie qui leur a permis de se connaître, de se réaliser et, comme le disent les maîtres de spiritualité, de devenir plus qu’eux-mêmes. Nous pourrions parler ici de la nécessité d’acquérir un «supplément d’être».

			Pour traduire cette transformation, divers termes ont été utilisés. On a parlé de purification, de catharsis, de conversion. Ils expriment tous la nécessité de se transformer pour réaliser son destin. Ils laissent supposer l’existence chez la personne d’un «pouvoir d’être» par lequel elle peut se réaliser en plénitude. Ils traduisent également l’importance de la gestation, à l’issue de laquelle apparaît l’être nouveau. Nous pourrions évoquer la mystérieuse métamorphose par laquelle la chenille passe de l’état de chrysalide à celui de papillon. De la même façon, l’être humain doit, pour éclore, se débarrasser de certaines conditions de vie antérieure.

			Dans les mouvements orientés sur la recherche de la perfection ou de la sagesse, ce changement correspond à l’étape initiatique. Plusieurs parlent à ce propos de «voie secrète». En réalité, il n’y a pas de voie secrète. Il n’y a aucun mystère. Seule cette loi inexorable: QUI N’AVANCE PAS RECULE. À ce titre, le changement n’est pas seulement nécessaire à la vie, il est la vie même. Voilà pourquoi l’aptitude à renaître est probablement l’un des plus grands dons après l’existence.

			C’est ainsi que l’éveil spirituel nous place au cœur d’un mystérieux processus de transformation au cours duquel se forme le tissu de l’être nouveau. Quand nous avons compris l’importance de ce processus, nous avons franchi l’étape de l’éveil. Nous sommes disposés à entrer dans l’aventure spirituelle. Celle-ci nous place alors dans un parcours caractérisé par la quête de l’identité qui amène à se demander ce que nous sommes vraiment, pourquoi nous vivons et comment il faut vivre pour accomplir notre destin.

			C’est cette démarche ou ce processus que je désigne par l’expression mieux-être. Comme je l’ai déjà dit, le mieux-être correspond à un concept très présent dans la société actuelle. Il est celui qui représente le mieux les désirs et les aspirations de l’homme et de la femme d’aujourd’hui en recherche de la plénitude et de la qualité totale de la vie. Et cette recherche passe par la santé globale du corps, de l’esprit et de l’âme. C’est la raison d’être des nombreuses pratiques corporelles et mentales qui visent l’épanouissement et le bien-être comme le yoga, le reiki, le culte de l’environnement… Il semble bien que la quête spirituelle doive s’inscrire dans un véritable engagement du corps, à travers des postures, des gestes, des expressions corporelles et des rites. Mais la spiritualité du mieux-être – et j’insiste sur ce point – ne peut se confiner aux seules dimensions corporelles et mentales. Pour entrer dans le champ des spiritualités authentiques, ces pratiques doivent comporter l’expérience de valeurs qui dépassent la personne et la transcendent. Autrement, l’expérience spirituelle s’avère incomplète et superficielle.





Le primat de l’humain


			Aujourd’hui, nous vivons dans un nouveau paradigme, celui du primat de l’humain sur le divin, du profane sur le religieux. Un déplacement des finalités s’est effectué vers des domaines comme le bien-être de la personne, les droits individuels et collectifs, l’égalité, l’accomplissement personnel, toutes des valeurs très importantes dans la société actuelle. Ce qui est devenu premier, c’est la condition humaine, l’être-au-monde, les réalités terrestres. Cela crée un espace typiquement humain où n’interfère pas le divin. Il en résulte que ce n’est plus d’abord la religion et ses valeurs qui différencient les personnes, mais leur façon d’assumer leur humanité ou leur comportement en tant qu’humain.

			Cette humanité s’affirme en premier lieu dans l’appartenance à la grande famille humaine. Une appartenance vécue essentiellement comme une ouverture aux autres. Cela se traduit par l’engagement social, l’entraide, le partage, la justice, l’égalité, la compassion, toutes des valeurs particulièrement recherchées par la génération montante, en particulier, celle que l’on appelle les millénariaux. Cette génération est très consciente de la dépendance mutuelle les uns des autres pour sa vie et sa survie. Par ces valeurs s’affirme le lien fondamental qui unit le monde. Un lien qui prend la forme d’un véritable pacte relationnel avec autrui et qui devient ainsi le fondement de l’ordre social. Ce pacte se concrétise dans l’engagement sous toutes ses formes: social, caritatif, communautaire, culturel, politique, sportif et autres. Nous expérimentons jusqu’à quel point nous sommes les maillons d’une grande chaîne humaine. C’est de cela que se constitue la grande famille humaine, lieu d’expériences les plus diversifiées.

			Au centre de cette grande famille se trouve la personne, pôle majeur de la nouvelle spiritualité. Non pas la personne virtuelle, idéologique, objet d’analyse psychologique ou sociologique, mais la personne incarnée, pétrie de la pâte humaine. La spiritualité qui s’en dégage est de même nature. Pour en parler, Jacques Grand’Maison évoque le «premier spirituel», celui qui «se loge d’abord dans la chair de notre plus intime humanité[3]». C’est le substratum qui supporte toutes les autres valeurs qui ont trait aussi bien à l’âme qu’au corps et à l’esprit. C’est par ces valeurs que se dessinent les contours de la spiritualité du mieux-être.





Une spiritualité laïque


			C’est aussi dans le terreau de la laïcité que germe, se nourrit et se développe cette nouvelle spiritualité. Elle est bien servie en cela, car la laïcité n’est pas démunie en matière de spiritualité. Elle a même acquis ses lettres de noblesse. Consciente qu’elle a droit elle aussi à une vie spirituelle, elle a revendiqué et obtenu sa part du marché en ouvrant son propre chemin, en choisissant ses propres valeurs, avec la ferme conviction que tout se joue maintenant sur le plan humain.

			Aussi voit-on de plus en plus de personnes – il s’en trouve même parmi les croyants – qui veulent aller au bout de leur humanité, et ce, en dehors de la religion et de Dieu. Mais ces personnes ne veulent pas pour autant sacrifier les valeurs profondes de la spiritualité. Le phénomène, il faut bien l’avouer, suscite un certain choc, en particulier chez les personnes qui demeurent fortement attachées à leur option religieuse. Cela s’entend.

			Autrefois, la dimension spirituelle semblait inexplicable sans Dieu et la religion; aujourd’hui, beaucoup de non-croyants revendiquent le droit à l’expérience spirituelle et à l’absolu. Ils choisissent de la vivre sur le plan strictement horizontal (ou immanent) qui ne postule pas nécessairement Dieu comme objet de la quête spirituelle. Cette spiritualité – appelée souvent spiritualité sans Dieu – n’est pas pour autant dépourvue d’absolus, avec des valeurs aussi importantes que l’être, l’accomplissement personnel, l’amour, l’engagement, l’activité créatrice, la nature…

			Il faut bien préciser, cependant, que même si elle est fortement orientée sur le plan humain, la spiritualité du mieux-être n’est pas nécessairement incompatible avec la religion ou la foi en Dieu, puisqu’à peu près toutes les valeurs dont elle se nourrit recoupent celles de la spiritualité chrétienne. C’est la raison pour laquelle, comme théologien spécialisé en anthropologie spirituelle, j’avoue me sentir parfaitement à l’aise avec ce type de spiritualité, faisant miennes les paroles d’un autre théologien, Jacques Grand’Maison, qui avoue: «Comme chrétien, je suis à l’aise avec une laïcité intelligente, pertinente, cohérente avec les assises anthropologiques[4].»

			Certes, la spiritualité sans Dieu – et sans Églises – n’est pas un fait nouveau. Nous sommes tellement habitués, dans les pays occidentaux, à la spiritualité vécue au sein de la religion, qu’on oublie qu’elle a existé dans le domaine des sagesses grecques, et qu’elle existe encore aujourd’hui particulièrement dans l’Orient bouddhiste et taoïste, où l’on trouve de très grandes spiritualités qui ne répondent pas au concept de religion, du moins au sens occidental du terme.

			L’un des chefs de file de la spiritualité sans Dieu est sans contredit le philosophe André Comte-Sponville, pour qui il apparaît inévitable qu’une telle spiritualité voie le jour. Pour lui, il était même urgent de retrouver une spiritualité sans Dieu, sans dogmes, sans Église qui nous prémunisse autant contre le fanatisme que contre le nihilisme. Une spiritualité qui offre aussi la possibilité de vivre l’expérience spirituelle en s’appuyant sur des valeurs autres que celles de la foi et de la religion.

			Selon Sponville, tout individu a la liberté de vivre selon ses propres croyances et selon ses convictions personnelles. Il peut déterminer lui-même le sens qu’il veut donner à sa vie et à tout ce qui la constitue, comme naître, mourir, aimer, travailler, lutter, souffrir, chercher. Il en est de même pour le vrai, le beau, le bien, la justice, l’honnêteté, la bonté, la charité, le partage… La recherche de sens est du ressort de l’homme et, à ce titre, ce dernier peut trouver des raisons de vivre qui soient typiquement humaines et temporelles, sans référence au divin[5]. Ailleurs, Sponville fonde la spiritualité laïque sur la recherche de la sagesse. «Qu’est-ce que la sagesse, se demande-t-il, sinon une spiritualité laïque[6]?» La recherche de la sagesse, non pas la sagesse philosophique, mais la sagesse originelle, celle du «bien vivre», que j’appelle le mieux-être et qui rejoint l’une des grandes valeurs actuelles de la vie.

			Dans ces conditions, on comprend facilement pourquoi l’expérience spirituelle se vit désormais en grande partie en dehors des institutions religieuses. Ce choix ne provient pas seulement d’une démarche motivée par le désir de cheminer seul, mais il est aussi fortement influencé par la mentalité et les tendances de l’époque où nous vivons.

			Devant l’effacement progressif de la religion, il s’est développé dans la société laïque un certain respect devant ce que l’être humain a de sacré, d’indéfinissable et de transcendant en lui. Comme l’écrit Jacques Grand’Maison, une telle attitude rejoint les enjeux humains les plus cruciaux, tels les droits fondamentaux, les assises de la vie gravement menacées, et même l’avenir de l’espèce humaine[7]. À ces valeurs, j’ajouterais la dignité humaine, l’égalité des genres, la liberté de croyance…

			Parallèlement, on a développé un nouvel art de vivre axé sur la présence qualitative à soi, au monde et à l’Univers. À cette fin, on a valorisé le présent, c’est-à-dire le vivre «ici et maintenant». Cette valorisation s’est effectuée en grande partie par la pratique de la pleine conscience, courant de pensée très populaire à travers le monde. Ce courant, comme on le sait, est surtout véhiculé par la méditation de pleine conscience qui représente actuellement le nec plus ultra de l’expérience spirituelle.





La recherche de l’authenticité


			Dans un ouvrage magistral intitulé L’âge séculier[8], Charles Taylor explique que durant le dernier demi-siècle, il s’est passé ici et ailleurs une véritable révolution culturelle qui a profondément altéré les conditions de la croyance dans nos sociétés. Cette révolution s’est faite selon un axe nouveau, celui de l’individualisation débouchant sur «l’âge de l’authenticité». Quels sont les traits de cette authenticité?

			D’abord, précisons le sens du mot «authenticité». Ce sens emprunte en premier lieu à la signification même du préfixe grec autos, qui signifie soi-même. De fait, l’éthique de l’authenticité suppose fondamentalement une expérience de soi. Elle fait en sorte que chaque individu possède une façon particulière d’être humain, dans la fidélité à soi et dans la liberté de son être. L’authenticité exprime également l’autonomie de la personne, ce qui est un concept clé de la pensée actuelle.

			Cela se concrétise à travers la recherche d’une quête personnelle qui se traduit par des expressions du genre «j’essaie de trouver ma voie», «j’essaie de me trouver»[9]. Cette attitude correspond à l’un des traits importants de la modernité, à savoir la découverte fondamentale de la liberté individuelle. Cette quête, comme le souligne Taylor, est souvent baptisée «spiritualité», par opposition à religion. Et pour cause. L’opposition traduit le rejet de la religion institutionnelle, c’est-à-dire de l’autorité revendiquée par les Églises, qui considèrent comme leur devoir d’orienter la quête ou de la maintenir dans certaines limites précises, et avant tout de dicter un certain type de conduite[10]. Dans ce nouveau contexte, la religion ne joue plus le rôle de repères éthiques, ce qui explique le rejet de tout dogmatisme et de toute autorité normative. On fait davantage confiance à ses propres instincts spirituels, plutôt que de passer par le détour d’une médiation. La soif spirituelle veut pouvoir s’étancher directement à la source. Cela se manifeste par le rejet de tout ce qui pourrait s’interposer entre la personne et son expérience profonde.

			C’est dans cette foulée qu’il faut comprendre la spiritualité laïque, comme une façon de vivre qui favorise la liberté de conscience qui reconnaît à chacun le droit de croire ou non et qui permet toutes les options spirituelles ou convictions personnelles. Dans cette perspective, on peut comprendre l’importance centrale qu’a prise aujourd’hui l’expérience personnelle comme canal de connaissance et comme validation de ses propres certitudes. C’est la raison pour laquelle on perçoit aujourd’hui le spirituel non pas comme une vérité, un dogme, une morale, mais comme un épanouissement.

			Le refus de la médiation ne signifie pas pour autant le rejet des valeurs traditionnelles ou religieuses. Beaucoup de valeurs reconnues depuis longtemps comme le propre de la religion et du christianisme deviennent du ressort exclusif de l’individu. C’est ce qu’on appelle la sécularisation des valeurs religieuses. On reconnaît par exemple que sans être chrétien, on peut se comporter de façon honnête (pratiquer la justice), charitable (exercer la solidarité humaine, respecter les droits de l’homme) et accomplir son destin (faire son devoir). On ne peut établir le fondement de la morale que sur l’amour, et non sur des règles extérieures à l’homme. Ce qui fait dire à Jean d’Ormesson: «J’admire la bonté de parole et de geste envers l’humanité de la part des athées, car ils n’attendent aucune récompense de l’au-delà.»

			Dans ces conditions, on veut chercher seul les réponses au mystère de l’existence. L’au-delà est repensé à l’intérieur des limites de sa propre conscience. Par exemple, le fait de vouer sa vie à un être, à des idéaux nobles, à la recherche de l’éternelle jeunesse est une façon de dépasser le temps, de vivre une certaine forme d’éternité et d’immortalité. Même la mort, qui est la fin de tout, n’empêche pas l’homme de revivre autrement, par exemple, à travers ses enfants, qui sont le prolongement de son être; à travers ses œuvres et dans son engagement envers la société qu’il cherche à servir. Il ne fait en cela qu’obéir à l’instinct de la permanence. Entendu de cette façon, on ne peut évidemment parler du non-sens de la vie, comme on le faisait traditionnellement, sous prétexte que Dieu ou le divin y sont absents.

			La transcendance ne se dit donc plus uniquement de Dieu, mais de l’être humain. Elle est fondée sur cette croyance que l’homme et la femme, non seulement possèdent en eux-mêmes ce qu’il faut pour vivre et se débrouiller dans l’existence, mais qu’ils sont aussi capables de dépasser jusqu’à un certain point leurs propres limites (ou normalité). Cette conception est largement partagée dans la société actuelle. Elle se manifeste par la grande importance accordée à la personne et à ses ressources. C’est d’ailleurs l’un des grands mythes modernes que celui de l’individualisme, dans lequel l’être humain prend une conscience aiguë de sa personne.

			Si nous parlons de la spiritualité laïque en référence à la religion et à ses valeurs, c’est parce qu’on ne peut ignorer la toile de fond sur laquelle elle s’édifie. D’une part en réaction contre elle, d’autre part parce qu’elle se pose en remplacement de la religion. Sevré de religion, le monde se sent obligé de réinventer la spiritualité. Et pour cause! Frédéric Lenoir fait le constat que la religion remplit de moins en moins son rôle d’éducation à la vie intérieure. Souvent dogmatique, elle étouffe au lieu de libérer. La religion, écrit-il, «ne parvient pas à renouveler son regard, son langage, ses méthodes, pour toucher l’âme de nos contemporains qui continuent à s’interroger sur l’énigme de leur existence et sur la manière de mener une vie bonne[11]». De fait, beaucoup de croyants d’origine chrétienne, en quête de paix intérieure et de «sagesse de vie», se détournent des religions. Pour eux, celles-ci ne proposent qu’une morale qui autorise ou interdit.

			Pour bien comprendre la situation, il faut voir la différence qui existe entre spiritualité et religion, qui sont deux entités différentes. Souvent confondus, les deux termes diffèrent par le sens. La religion est généralement définie comme un ensemble de croyances et de pratiques associées à un groupe organisé d’appartenance ou de confession. Dans une acception plus large, la religion désigne l’ensemble des croyances, rites, symboles, sentiments ou comportements se rapportant à Dieu. En fait, le terme religion, dans son acception la plus courante, est ce qui relie à Dieu.

			La spiritualité, même si elle peut être vécue à l’intérieur d’une religion, n’est pas pour autant une religion. Elle a une connotation plus individuelle. Par spiritualité, on entend généralement une démarche d’intériorité personnelle qui peut être liée ou non à une religion. Elle s’enracine et s’incarne dans la personne en fonction de ce qu’elle vit. Elle désigne avant tout le fond ou la qualité d’être d’une personne, les valeurs qu’elle porte. La meilleure définition serait celle qu’en donne Jacques Grand’Maison quand il écrit que le spirituel, «c’est ce qui vient du plus profond de soi et qui, en même temps, nous dépasse». C’est ce qui est «d’en deçà de soi et d’au-delà de soi[12]». Voilà qui donne les deux dimensions de la transcendance qui se définit à la fois en profondeur et en verticalité.

			On peut mesurer ici l’écart qui existe entre la spiritualité traditionnelle et la conception populaire que l’on s’en fait, si bien qu’il n’y a pratiquement plus rien de commun entre elles. La spiritualité, c’est maintenant la conscience, l’amour, l’éveil, le dialogue avec soi, la recherche d’une façon intégrée et harmonieuse de vivre avec soi-même, avec les autres, avec le monde, le cosmos. La spiritualité est ici considérée comme «le sentiment fondamental d’être connecté à soi, aux autres, et même à l’univers entier», comme la définissent deux auteurs spécialistes, Danah Zohar et Ian Marshall psychiatre, dans leur ouvrage intitulée SQ – Spiritual Intelligence, The Ultimate Intelligence (Bloomsbury, 2001)[13].

			La spiritualité transcende toute la personne, ses expériences, ses croyances, ses idéaux, ses choix, son travail, ses amours. La plus belle image que je peux en donner est celle de la source intérieure. L’être spirituel est celui qui est conscient de sa source, lieu secret dépositaire des plus grandes forces de la vie. Il ne tarde pas à découvrir que ses terres intimes recèlent des trésors d’infini.

			La psychologie parle ici du noyau spirituel de l’être. Nous avons tous ce noyau, mais il est souvent occulté par les aléas de la vie. Quand l’être humain ignore ce noyau, il devient malade dans son être même. La personne spirituelle, au contraire, n’est pas détruite par les êtres et les événements, parce qu’au fond d’elle-même se trouve un refuge au milieu des tempêtes de la vie, un port d’attache à l’abri des vents et des marées. C’est ce que nous rappelle la sagesse biblique qui enseigne: «En toi se trouve la source de la vie» (Ps 36,10).

			Dès lors, on comprend pourquoi la spiritualité apparaît intimement liée à la condition humaine. On comprend aussi pourquoi elle est indépendante des religions, même si elle trouve en elles une partie de son expression. En fait, le besoin de spiritualité chez une personne ne tient pas de la religion; c’est un besoin universel que l’on trouve chez tout être humain, et non pas de façon exclusive chez ceux qui se déclarent croyants. Carl Jung désigne ce phénomène par l’expression «archétype de la personne[14]». C’est comme si le besoin de spiritualité faisait partie de nos gènes, de notre ADN. Certains ont parlé à ce propos du «cerveau mystique».

			Malgré la forte évidence de la dimension spirituelle chez l’être humain, il faut reconnaître que les sciences humaines éprouvent encore beaucoup de difficulté à la reconnaître. En général, elles définissent l’être humain comme une créature biopsychosociale. Pourtant, l’humain est aussi un être spirituel et on reconnaît généralement qu’il l’est par nature. Il serait risqué d’enseigner que nous sommes uniquement le produit des conditions biologiques, psychologiques et sociologiques, ou encore le résultat de notre hérédité et de son environnement. Aussi est-il important de bien situer cette dimension dans le développement moral et social de la personne[15]. C’est la raison pour laquelle la nouvelle spiritualité respecte le caractère multidimensionnel de l’être humain. Elle vise la réalisation de l’être total, accompli et réussi. Elle gratifie la personne d’une nouvelle qualité d’être. «Être» signifie étymologiquement, vivre, s’épanouir. Dans ce mot jaillit comme une source toute la signification de la vie et toute la puissance d’exister.





CHAPITRE 3


			 			Les nouvelles voies


			«Que chacun aille en paix sur la voie qui est sienne, avec l’exactitude de la fidélité.» Cette parole est de Marcel Légaut. Pour qui connaît ce grand humaniste, cette parole a du poids[1]. Elle introduit sur le chemin de la spiritualité, dans la liberté de nos choix, ouvrant un horizon de possibilités à la mesure de nos aspirations. À chacun sa quête. La naissance à la vie spirituelle est un acte libre qui s’exprime de diverses façons. Qui aurait cru, à l’époque de la grande ferveur religieuse, que des activités comme des pratiques corporelles, la méditation, les médecines douces, les pratiques artistiques et bien d’autres deviendraient les nouvelles portes d’entrée dans la spiritualité?

			On parle beaucoup de «voies» quand il s’agit de spiritualité. Pour cheminer en ce domaine, il faut une voie, de la même façon qu’il faut un chemin pour aller d’un endroit à un autre. On connaît, bien sûr, les grandes artères, les routes royales. En Chine, la route s’appelle le Tao; dans le bouddhisme, l’Octuple sentier; dans le judaïsme, la Torah (la Loi); dans le christianisme, la voie est celle de la Révélation chrétienne consignée dans la Bible. Parallèlement à ces grandes voies, il existe un nombre considérable de sentiers appelés tantôt sectes, tantôt mouvements religieux, tantôt religions.

			En ce qui concerne la spiritualité du mieux-être, quelles sont les voies les plus souvent empruntées? Pour les connaître, j’ai exploré les domaines les plus populaires des pratiques spirituelles. On peut les classer comme suit: existentiel, naturel, culturel, ésotérique. Certes, ces voies ne sont pas exhaustives. Par exemple, on pourrait aussi proposer la voie de l’érotisme, comme le fait Dürckheim, où la tendresse physique appelle la personne à un élargissement de son aura, donc à une certaine forme de transcendance[2]. Je n’ai pas retenu cette voie parce qu’elle ne rallie pas tout le monde et qu’elle n’est pas présente dans les salons spiritualité et mieux-être, l’un de mes domaines importants de référence.

			Par ailleurs, Jacques Grand’Maison, dans Une spiritualité laïque au quotidien, dégage neuf voies d’accès au spirituel, dont la plupart recoupent ou rejoignent celles que je présente ici. À la limite, nous pourrions facilement penser que, dans un domaine où tout semble fonctionner à la carte («un zeste de ceci, une pincée de cela», phénomène appelé syncrétisme ou multiappartenance), il y a pratiquement autant de voies que d’individus. À côté des véritables chercheurs de spiritualité, le nombre de butineurs en ce domaine ne se compte plus.





La voie existentielle


			La première voie réfère à l’existentiel. On admet généralement que s’interroger sur son existence, chercher le sens de sa vie, s’engager sur la route qui mène à l’autoréalisation, c’est déjà de la spiritualité[3]. Voilà pourquoi beaucoup de personnes peuvent avoir une vie spirituelle à leur insu. Le mot existentiel renvoie à tout ce qui touche l’existence quotidienne comme les événements qui composent le corpus de nos journées. Il renvoie aussi à ce qu’il y a de plus fondamental chez la personne: l’être profond, ses aspirations, son âme. Il touche à ce qu’il y a d’indéfinissable dans le mystère de la vie. À ce qui fait que l’on est heureux ou pas.

			Nous touchons ici à la plainte existentielle de notre époque, le mal de vivre. Ce mal ne date pas d’aujourd’hui, car il fait partie de la condition humaine. Toutes les grandes traditions spirituelles et religieuses en témoignent. Elles affirment que le mal-être fondamental est d’abord métaphysique. Il surgit des grandes questions sur la vie: «Qui suis-je?» «Où vais-je?» Autrefois, on s’en remettait à la religion pour avoir les réponses. Aujourd’hui, les gens – plus particulièrement ceux qui pratiquent une spiritualité athée – cherchent des solutions en eux-mêmes. Comme l’écrit Fabrice Hadjadj: «Il ne faut pas demander aux gens s’ils croient en Dieu, mais: “Qu’est-ce qui te fait te lever le matin? C’est ça qui est ton Dieu!”»

			Le mal de vivre se nourrit de tous les «bobos» de l’existence. Il est en grande partie lié aux nouveaux modes de vie, à la crise économique, à la prolifération des divorces et des familles reconstituées, à la précarité du travail, aux souffrances, aux maladies, en particulier le cancer, à la dépendance sous toutes ses formes, sans oublier l’épuisement professionnel et la dépression. Dans ces conditions, on peut facilement comprendre que le mal de vivre est très présent dans notre société.

			C’est ce qu’a démontré le célèbre psychiatre et neurologue Viktor Frankl, selon qui il existe dans la société actuelle un mal de vivre évident. Il écrit: «Aujourd’hui, le patient typique souffre d’un sentiment abyssal d’absurdité, il sent que son être n’a pas de sens[4].» On cherche des réponses de tout bord et de tout côté. Quand on n’en trouve pas, il se produit fréquemment ce que l’on appelle les «maladies de l’âme»: la névrose de sens, le burn-out, la dépression, l’angoisse. Ces questions occupent présentement une place importante dans la conscience des gens. C’est l’absence de réponses à ces questions qui crée le vide existentiel dont souffrent beaucoup de personnes.

			Dans le burn-out ou la dépression, par exemple, c’est toute l’infrastructure du sens qui s’effondre. Certes, nous ne sommes pas toujours en burn-out ou en dépression, mais nous pouvons vivre dans un contexte où la vie a plus ou moins de valeur. Cette perte de sens, il va sans dire, intensifie tous nos problèmes et nous affecte autant socialement qu’individuellement. Mais à toute chose malheur est bon. Le mal de vivre représente en même temps l’une des motivations les plus importantes pour s’engager dans la voie de la spiritualité. Il pousse à chercher des moyens d’assumer les contrariétés de la vie, à savoir comment se comporter devant la souffrance, la maladie, la mort. Il fait comprendre comment le mal de vivre est intimement lié au sens de la vie et à quel point nous dépendons de ce sens pour notre santé et notre équilibre. Nous pouvons être malheureux et malades si nous perdons le sens de notre vie. C’est alors que nous comprenons l’importance de posséder le surplus d’âme capable de nous sortir de nos schèmes mortifères.

			C’est ici que la spiritualité devient un précieux secours. Elle possède des ressources uniques pour résoudre la crise de sens. Toute spiritualité, en effet, est de l’ordre de l’essentiel, c’est-à-dire qu’elle est non seulement tributaire du sens que l’on donne à sa vie, mais elle est aussi révélatrice de sens. L’être spirituel est celui qui cherche le sens le plus haut et le plus profond. Il cherche à dépasser le quantifiable et le mesurable pour s’ouvrir à la transcendance, c’est-à-dire à rencontrer ce qu’il y a de plus grand en soi.

			Il faut comprendre, cependant, que cette ouverture à la spiritualité ne se fait pas automatiquement. On ne devient pas de facto spirituel. Le plus souvent, c’est par nécessité. Et puis, il faut un appel. Cet appel surgit la plupart du temps dans le paradoxe. On constate que ce qui incite le mieux à se mettre en marche vers la spiritualité, c’est l’expérience du mal-être. C’est même l’un des signes les plus convaincants de cet appel. Celui-ci peut surgir à la suite d’une épreuve, d’une perte, d’un événement décisif. Il peut aussi provenir du besoin d’être en accord avec la vie, d’être heureux, de dépasser ses carences. Quand nous ressentons la tristesse, la dépression, des pensées négatives constantes, c’est un signe qu’il est temps d’ouvrir son cœur à la spiritualité.

			Lorsque nous désirons progresser, que nous cherchons à maîtriser nos anxiétés, les tensions nerveuses qui nous habitent, à dépasser le manque de confiance que nous éprouvons dans notre vie personnelle et professionnelle, nous sommes souvent en présence de signes qui invitent à l’expérience spirituelle. Bref, il n’y a pas de meilleures motivations pour s’ouvrir à la spiritualité que d’être mal dans sa peau. C’est ce que certains auteurs appellent la panne. Souvent, c’est une épreuve majeure dans la vie, un accident, une maladie, une crise qui viennent réveiller la conscience. Je lisais récemment sur le Web le témoignage d’une personne qui racontait comment une grande épreuve survenue dans sa vie l’avait ouverte au spirituel. Le témoignage serait trop long à rapporter ici, mais c’est le titre qui m’a le plus interpellé: «Le fond du baril ou le plus beau cadeau de la vie.»

			La panne, c’est le sentiment qu’on éprouve de ne plus avancer et de vivre dans un espace vide. Comme pour cette femme dans la quarantaine qui faisait cette confidence: «J’ai ce que je veux dans la vie, je me sens aimée pour ce que je suis, j’ai un bon mari, j’ai des enfants que j’adore, j’ai un travail que j’aime, et pourtant, je suis continuellement insatisfaite. Actuellement, ce malaise prend tellement de place que je n’arrive plus à dormir la nuit. Pourtant, je ne me sens pas malade et mon médecin me le confirme. Qu’est-ce qu’il me manque pour être heureuse[5]?»

			Carl Jung soutient qu’il a fait le même constat dans sa pratique. «Près d’un tiers de mes patients, avoua-t-il un jour, ne souffrent d’aucune névrose cliniquement définissable, mais du manque de signification et de la vacuité de leurs vies. Cela peut se décrire comme la névrose générale de notre temps.» Cet état d’âme s’apparente à l’angoisse d’exister qui se manifeste évidemment à divers degrés chez une personne.

			Il existe un postulat en spiritualité: plus un problème est vital, intense et insoluble, plus la probabilité est grande que cette situation soit suivie d’une expérience spirituelle véritable. Pour être réaliste, sans cette panne, on accède difficilement à une vie spirituelle authentique. Autrement, cela risque de n’être que du vernis, du superficiel, du court terme.





La voie naturelle


			La deuxième voie d’expérimentation du spirituel réside dans l’axe naturel. Celui de la nature, de l’environnement et du cosmos. De tout temps, on a perçu la nature comme un lieu privilégié d’expérience spirituelle. Qu’on se réfère aux sociétés primitives qui offraient des libations ou des sacrifices aux divinités responsables de la pluie ou de la fécondité. De nos jours, se recueillir dans la nature nous place au cœur de l’écosystème qu’est la vie.

			Nous sommes choyés en ce domaine, car nous vivons à une époque de prise de conscience sans précédent quant à l’importance de l’écologie pour l’être humain. Nous comprenons de plus en plus que notre sort est lié à celui de la nature, «notre maison commune à tous», selon la très belle expression du pape François dans son exhortation Laudato Si. Cette exhortation, comme on le sait, a été fortement louangée par Hubert Reeves, selon qui il est essentiel et vital de retrouver le lien affectif qui nous unit à la Terre. Le pape François a donné un vigoureux coup de barre en faveur de la spiritualité écolo: le respect de la nature comme création de Dieu. Ce domaine a pris une importance considérable, au point où l’on parle maintenant de l’existence d’une écologie spirituelle[6].

			Cette écologie passe par l’immense respect que l’on voue à l’environnement, mais aussi à la découverte de la nature comme lieu d’intériorité et d’épanouissement. On prend conscience que la nature a la capacité d’élever l’âme et de susciter chez la personne le goût d’une certaine forme d’élévation ou de transcendance. Cela passe en grande partie par la contemplation, souvent méditative, dans laquelle on célèbre l’entente amoureuse et passionnée de l’être humain avec la Terre. Entente qui n’a rien de l’idolâtrie aliénante, mais qui témoigne de la réussite exemplaire de cette harmonisation entre l’homme et la création.

			Dans l’un de ses livres, André Comte-Sponville parle d’un fait très significatif à ce sujet. Il raconte comment il a vécu dans la nature une expérience contemplative qui l’a mené à un degré exceptionnel de sérénité. Il s’est ens