Main La mort n'est qu'un masque temporaire...

La mort n'est qu'un masque temporaire...

Language:
french
ISBN 13:
9782764033913
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1

mort n'est qu'un masque temporaire...

Language:
french
File:
EPUB, 1.06 MB
2

La mort nomade

Year:
2016
Language:
french
File:
EPUB, 1.38 MB
La mort n’est qu’un masque temporaire...



ISBN 978-2-7640-3391-3





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Du même auteur




Esprit d’abord, humain ensuite, Éditions Québec-Livres, 2013.

Les Intelligences supérieures, Éditions Québecor, 2012.

L’École invisible, Éditions Québecor, 2011.

Ovnis, enlèvements, extraterrestres, univers parallèles. Ce dont je n’ai jamais parlé, Éditions Québecor, 2011.

Ovnis, enlèvements, extraterrestres, univers parallèles. Et si la Terre n’était qu’un jardin d’enfance ?, Éditions Québecor, 2010.

Ovnis, enlèvements, extraterrestres, univers parallèles. Certitude ou fiction ?, Éditions Québecor, 2010.

Le parchemin de Rosslyn, Merlin Éditeur, 2005 ou La prophétie de l’homme nouveau, Ambre Éditions, 2012.

Le parchemin de Jacques, Éditions Incalia, 2001.

L’Esprit de Thomas, Éditions Incalia, 2000 ou Les;  coulisses de l’infini, Ambre Éditions, 2012.

Dialogue avec mon supérieur immédiat, Éditions Incalia, 1998.

Les extraterrestres, Éditions Québecor, 1995.

Dossier OVNI, Libre Expression, 1980.

La Grande Alliance, Société de belles-lettres Guy Maheux, 1978.

Manifeste pour l’avenir, Éditions AFFA, 1972.





À mon Esprit, pour toutes ces vies anciennes

et à venir, mais aussi, comme toujours, à mon épouse Hélène

et à mes trois elfes, Xavier, Julien et Miriam, ainsi

qu’à leur papa et à leur maman, Bernard et Sophie.





Prologue




Après y avoir longuement réfléchi, j’ai accepté de vivre cette expérience prolongée dans cette bulle hermétique en immersion totale dans un liquide expressément conçu pour la situation et dans un environnement dépourvu de source lumineuse. Je savais dès le départ qu’il s’agirait là d’une expérience très particulière, mais je faisais confiance aux spécialistes et aux experts dans ce domaine.

J’y suis maintenant. Je suis... extrêmement bien. Il fait chaud, je ne sens aucun poids, mon corps bouge très lentement et des sons me bercent parfois. Je ne sais d’où ils viennent, mais ils ne sont pas menaçants. Cette eau est merveilleuse. C’est presque onirique, cette sensation de flotter librement. Je n’ai besoin de rien, je n’ai envie de rien. J’erre sans but dans l’obscurité, la chaleur, l’apesanteur. C’est magnifique et je ne veux pas que cela s’arrête.

Je sais que le temps passe, mais je ne sais trop ce qu’il signifie. C’est apparemment la conscience que nous avons d’être et de ressentir le passage des autres et des choses autour de nous, mais moi, je ne sens rien. Si le temps existe, je ne le sens pas, mais je sais que j’existe, bien que je ne parvienne plus à me définir. J’erre dans le pur bonheur, alors à quoi bon m’interroger, tout est merveilleux ici. Oui, c’est comme vivre dans un nuage... Mais qu’est-ce que c’est ?

J’ai ressenti quelque chose de très différent. On déplace la bulle, on la fait bouger. Ce n’est pas normal. Je n’aime pas ça. Tout bouge. J’ai l’impression que les parois se rapprochent, se gonflent vers l’intérieur. Je n’aime pas ce qui se passe. Il y a de plus en plus de sons qui traversent la paroi orbe, qui se replie sur moi en une étroite menace concave, et ces sons me sont étrangers. Les... les parois... vont imploser, je sens que ça me touche, je n’ai plus le sentiment de flotter, je suis comme paralysé. C’est affreux. Je ne respire plus ou presque. Je vais étouffer. Je déteste cela. Oh non, je glisse. On me pousse et on me tire, mais je ne peux aller nulle part ailleurs. Qu’est-ce qui arrive ? Mon paradis s’effondre, c’est insupportable, je vais mourir, je ne veux pas de... Aaaaaaah... J’ai la tête comprimée, elle va éclater, on me tire... Mon corps va se briser, je souffre, j’ai mal, mais arrêtez ! C’est cruel et monstrueux ce que vous faites ! Ces sons épouvantables. Mes yeux brûlent... Ooooooooh, ça y est je... Aaaaah... Je suis lourd, j’ai froid, j’ai terriblement froid. On me frappe, mais qui me frappe ainsi ? NOOOOON... JE NE VEUX PAS RENAÎTRE. JE NE VEUX PAS RENAÎTRE. ÉCOUTEZ MES CRIS, MA COLÈRE ET MA RAGE. JE N’AI JAMAIS VOULU DE CETTE VIE !





L’art d’aborder


la réincarnation





Une après-vie à soupeser


Il serait sage de déterminer au mieux et maintenant ce qui nous arrive après la mort, sans quoi la question des vies antérieures risque de perdre de sa pertinence avant même d’être abordée. Or, voilà : la réponse à ce questionnement purement métaphysique se loge à curieuse enseigne. Elle n’est pas scientifique, parce que la science est encore à ce jour incapable de fournir une réponse satisfaisante au-delà de sa compréhension limitée de la globalité des mécanismes du cerveau. Elle considère d’ailleurs ce dernier comme le siège absolu de la conscience. Quand il meurt, plus rien ne subsiste1.

La réponse n’est pas religieuse non plus. La nature de toute religion fait en sorte qu’elle impose ses dogmes au nom d’une foi dont elle est elle-même la créatrice. En matière de droit, cela serait considéré comme un conflit d’intérêts très conséquent. La position de l’ensemble des doctrines religieuses traditionnelles et monothéistes est donc irrecevable.

Étonnamment, cette réponse sur la vie après la mort est logique à défaut d’être scientifique. Elle est également philosophique et spirituelle à défaut d’être religieuse.





Le docteur Robert Lanza2


Il est l’auteur d’une quantité phénoménale d’ouvrages remarquables dont le plus récent, Biocentrism, a fait sauter quelques mines antipersonnel dans son champ d’expertise, tout comme le fit Ralph Waldo Emerson3 en son temps. Le docteur Lanza ne se fait l’avocat d’aucune cause et ne divulgue aucune de ses croyances ou de ses non-croyances. Il admet qu’il ne peut pas prouver que la réincarnation existe ou n’existe pas, mais il aborde un point très important : l’après-vie est, à ses yeux, une incontournable réalité !

Le docteur Lanza suggère que nous croyons mourir, ne plus exister en somme, parce que nous nous identifions presque totalement à notre corps. Comme nous savons avec pertinence que le corps meurt bel et bien, nous croyons que nous cesserons d’exister dès que celui-ci cessera de fonctionner. Le rapport que certains entretiennent entre la vie de leur corps et la leur est inaliénable. Ce que le docteur Lanza ajoute est essentiel : « Toute la matière, dit-il, toutes les énergies, toutes les lois de l’univers convergent vers un objectif évident : l’existence et la perpétuation de la vie ! Le telos4 de l’univers n’est rien d’autre que la vie. »





La vie est vivace


Traduit par le métaphysicien, ce propos envoie le message extraordinaire que l’univers n’est que vie, n’existe que pour elle. Citant de très nombreuses expériences de physique quantique, le docteur Lanza rappelle que les « miracles impossibles », et qui pourtant se réalisent jour après jour dans ces laboratoires, ne sont pas cantonnés à l’extrêmement petit. Ils existent dans notre quotidien, mais nous ne les voyons pas. « Les scientifiques qui affirment que tous ces grands moments ne sont que pour le microcosme de notre univers ont tort, affirme le docteur Lanza. La vie est une aventure qui transcende notre façon très linéaire de voir les choses. La vie est comme ces fleurs qui meurent et renaissent chaque printemps, la vie est... vivace ! » Cette formulation est fascinante : « La vie est vivace ! »

Comment peut-on aborder un livre sur la réincarnation sans au moins peser le pour et le contre d’une existence après la mort ? Le docteur Lanza vient de résumer tout cela. L’univers entier n’a qu’un but : soutenir et perpétuer la vie. Alors, je demande : « Existe-t-il une vie après la mort ? » Pour celui qui ne s’identifie qu’à son corps, non, évidemment, il n’y a absolument aucun espoir d’une existence dans une après-vie quelconque lorsque des vers transforment les chairs en un lixiviat évoquant une glaire au miasme insoutenable, et pas davantage lorsque l’humidité fait que les cendres, dans le petit pot de grès sur la cheminée, se transforment en petits grumeaux friables. Toutefois, pour celui qui s’identifie à sa conscience, à sa capacité de penser, à son corps émotionnel et spirituel, à son « je » identitaire, sans tomber dans les reliquats des fantasmes religieux, alors oui, évidemment, il y a absolument une existence dans une après-vie puisqu’en réalité la mort de son corps va le libérer de cet écrin contraignant. Puisque, bien sûr, nous sommes Esprits d’abord... humains ensuite5.





Le temps d’une pièce


Voyons l’Esprit sous l’angle d’un comédien, jouant un rôle d’humain dans une pièce cosmique et qu’à la toute fin ce personnage s’écroule sur la scène. Au moment de tirer les rideaux sous les applaudissements de la salle, rien de très dramatique ne survient. Le comédien se relève pour un dernier salut au public. Du personnage, il conservera l’émouvant souvenir de son essence distillée et intégrée à sa conscience. Ce personnage n’existera plus jamais, il a été créé pour le temps d’une pièce, mais le comédien a devant lui une carrière éternelle sur les planches de l’univers.

Cet ouvrage porte sur le cycle des vies ou, sous son nom le plus répandu, la réincarnation. Les éléments empiriques de la réalité du phénomène seront abordés de front parce que, comme c’est le cas en ufologie6, il est essentiel d’avoir des faits mesurables et mesurés ou vérifiables et vérifiés pour étayer une théorie. Simultanément ou presque, la question métaphysique sera tout aussi franchement abordée par le pourquoi du pourquoi et par le sens réel de l’incarnation, comme le pourquoi de l’amnésie. Enfin, il sera question de mon vécu anamnestique ésotérique, mais autant vous prévenir : à cette étape, nous en aurons terminé avec l’empirisme.





Une croyance étayée de faits


Avec l’expérience de mort imminente et le spiritisme, la réincarnation est le phénomène le plus étrange du milieu paranormal ou métaphysique. Il n’y a plus aucun rapport avec l’ufologie. Du fait qu’il est question de vie après la mort, c’est une croyance, presque religieuse, mais elle est étayée par une série de faits vérifiables et rapportés par des gens stables et équilibrés, puis analysée par des spécialistes rigoureux. En général, les faits vérifiables et les croyances religieuses se retrouvent très rarement à papoter ensemble au même cocktail dinatoire, et c’est pourtant ce que fait le phénomène de la réincarnation. Cela démontre son unicité et l’approche très particulière requise pour l’aborder le plus efficacement possible.





L’ire de la triade monothéiste


Dès qu’on aborde la vie après la mort, on se frotte aux fondements mêmes de la triade monothéiste7. Cette dernière considère comme intouchable tout ce qui a trait à la survie de l’âme puisque, dogmes obligent, tout est là ! L’Église se moque des ovnis et des extraterrestres, mais pas des morts qui reviennent, car au vu de sa doctrine imposée, les morts doivent rester morts et rôtir en enfer, patienter au purgatoire ou jubiler au paradis, mais ils n’ont pas le droit de revenir ! Ajoutons à cela le concept chrétien de la résurrection des morts au Jugement dernier, le Shéol juif ou le Jardin du séjour éternel islamique et nous comprenons mieux pourquoi la réincarnation vient leur jouer dans les entrailles, tout aussi bénies soient-elles.

La réincarnation heurte avec une violence inouïe l’adhésion très puissante et très présente dans l’inconscient collectif de milliards de gens au concept d’une seule vie et d’une âme qu’ils risquent de perdre à tout instant, s’ils commettent certains péchés mortels. Et c’est alors l’enfer qui les attend à la fin de leurs jours, comme l’a prédit le bon pape François aux méchants de La Mafia en mars 2014. Donc, lorsqu’on veut aborder la réincarnation, il vaut mieux être prévenu : elle ne fait pas bon ménage avec les croyances religieuses monothéistes.





L’ignorance nous définit souvent mieux que nos connaissances


Bon nombre de ceux qui rejettent la réincarnation pour d’autres motifs que leur croyance religieuse ignorent les données empiriques dont nous pouvons disposer depuis de nombreuses années. L’ignorance nous définit plus encore que les connaissances que nous accumulons. En d’autres termes, ce qu’on ignore fait de nous ce que nous sommes, bien plus que ce que nous savons. Ce rejet par des gens qui connaissent peu le sujet vient du fait que ces derniers ont accordé foi à certains canulars ou à certaines méprises, pourtant bien admis et parfaitement connus des spécialistes. Ils ont alors tout refusé avec un cynisme déplorable, comme ils le font pour tout ce qui touche le paranormal et l’ufologie et, comme d’habitude, avec une abusive généralisation. Ces gens sont parfois des scientifiques, mais ne vous y trompez pas, ils ne font qu’émettre une opinion, pas plus savante que celle d’un aimable voisin de palier. Lorsqu’on s’interroge sur la nature des données qu’ils ont étudiées, on apprend qu’ils n’en ont rien fait ! On trouve ce même laxisme chez les détracteurs de l’ufologie quand ils lancent impunément : « Tous les témoins mentent ou fabulent ! » Mais ils n’en ont rencontré aucun !





L’après-vie n’est pas un concept irrationnel


En dehors de cette attitude cavalière, le rejet de la réincarnation est porté haut les cœurs par des gens qui se réclament d’une pensée unique, rationnelle et cartésienne. Cela leur suffit pour sonner l’hallali. L’après-vie est donc, a priori, irrationnelle à leurs yeux. Or, à ce jour, aucune option ne se révèle la solution promise et nous étudierons ces autres possibilités.

En réalité, l’argumentaire est presque philosophique. Ce qui n’existe pas ne peut pas se manifester, or l’âme, Dieu, la vie après la mort ne constituent pas les éléments d’une base de données acceptable aux yeux de la science. L’Esprit n’étant pas retenu a priori par la science, il ne peut donc s’incarner de nouveau a posteriori. C’est logique, et les scientifiques défendent cette exclusion en arguant que l’existence d’une réalité spirituelle n’ayant jamais été démontrée, ni même soupçonnée, ils ne peuvent l’y inclure. Et ce n’est pas la théorie de MacDougall qui va modifier leur point de vue8. L’Esprit n’étant pas inclus dans l’équation, la valeur de x devient tout à fait subjective d’après leur bagage actuel de connaissances sur la vie après la mort. Donc, rien du tout ! CQFD, comme ils aiment tant à le dire. Une équation formulée à partir de données partielles ne pourra jamais révéler une valeur exacte.

Cela étant bien compris, les gens de science ont parfaitement raison de ne pas admettre l’existence a priori de quoi que ce soit qui n’existe pas encore dans leur champ de connaissances. Cela existe, mais ils l’ignorent, et la science est très lente, elle prend son temps, n’aime pas la pression et ne s’aventure jamais aveuglément dans le conclusif. La science ne peut aller plus loin que là où elle en est. Il en a toujours été ainsi et elle souffre qu’on l’y force. Quand la science disait que la saignée était la seule thérapie efficace universelle, elle en était là. Quand elle affirmait que la Terre était plate, elle en était là et quand elle estimait qu’aucun homme ne pourrait survivre à une vitesse de plus de 50 kilomètres à l’heure, elle en était là. Quand elle a nié l’existence des exoplanètes, elle en était là. La science est la science, et si elle devait brusquement se mettre à formuler des théories basées sur des à peu près, des estimations vagues et des faits non démontrés, elle ne serait plus que l’ombre d’elle-même. Par contre, la science exige que nous ne la dépassions pas quand elle circule à cette vitesse de lamantin sur l’autoroute du savoir. Et quand elle en est là, nous aussi sommes supposés nous arrêter ! La science ne peut à son tour démontrer selon sa méthode que rien ne survit à la mort. Si on se base sur un principe généralement reconnu par elle, « rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau9 » ou, repris plus tard par Lavoisier, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », nous savons que chacune des cellules du corps sera recyclée. La nature consentirait à récupérer le moindre atome de la matière ensevelie, mais lèverait le nez sur la conscience, la personnalité et le vécu de toute une existence, laissant ce bagage inouï se perdre pour l’éternité ?

Mais soyons beau joueur, cessons de harceler les scientifiques avec nos histoires de survie après la mort, de réincarnation, d’extraterrestres visiteurs et de fantômes, cela les incommode inutilement. Ils n’en sont tout simplement pas là et un beau jour ils y arriveront. Mais en attendant, qu’ils effacent de leur visage ces petits sourires hautains de commisération et qu’ils cessent ces commentaires offensants qui font tache et désordre. Comment peuvent-ils, professionnels rigoureux qu’ils sont, s’arroger en ce domaine inspiré le droit de se comporter parfois en véritables cuistres pédants !

Je ne crois pas que la pensée, la personnalité, les connaissances et le savoir de l’être humain s’effacent comme un programme informatique qu’on supprime à jamais. Ne dit-on pas qu’il en reste toujours une trace quelque part ? C’est rationnel, non ? Préfère-t-on une approche plus cartésienne ? Comme celle-ci par exemple : « Il consiste en la considération de la nature de nos âmes, que je pense connaître si clairement devoir durer plus que les corps et être nées pour des plaisirs et des félicités beaucoup plus grands que celles dont nous jouissons en ce monde que je ne puis concevoir autre chose de ceux qui meurent, sinon qu’ils passent à une vie plus douce et plus tranquille que la nôtre, et que nous les irons trouver quelque jour, même avec souvenance du passé ; car je reconnais en nous une mémoire intellectuelle, qui est assurément indépendante du corps10. » Il faut admettre qu’il est présomptueux d’être plus cartésien que Descartes !

Parions que d’ici peu, avec l’évolution folle de la science quantique, nous ne tarderons pas à fusionner encore un plus grand nombre d’aspects de la physique avec la métaphysique, comme d’ailleurs nous le verrons plus loin. Pas plus la science que la religion n’est adaptée à cette vérité première et universelle : Esprit d’abord, humain ensuite. Nous survivons en Esprit, pour mieux revivre en humain !

Pour aborder la réincarnation et son existence ou sa non-existence, il faudra effectuer un sérieux ménage dans les croyances religieuses et mettre en petit tas les objets de la Foi et ceux de la Raison et se faufiler entre les deux. On appelle cela modifier les paradigmes. Si nous n’y arrivons pas et que nous retournons dans nos traités de science le bec pincé ou, pis encore, si nous nous mettons à genoux pour demander pardon à Jésus d’y avoir pensé, alors ce sera un lamentable échec. Il existe des faits solides comme le roc, des réalités bien appuyées et qui s’autodéfendent, en plus d’être soutenues par un argumentaire bétonné. Nous venons de comprendre le premier motif de ce livre : établir que science et religion ne nous seront d’aucune aide ici.

Le second motif est plus important encore. Une fois abordé le concept de la réincarnation, on voudra savoir pourquoi on s’incarne. Choisissons-nous nos parents ? Le lieu de notre naissance ? Pourquoi cette vie, très ordinaire, ennuyeuse et banale en particulier ? Pourquoi certains ont-ils choisi une vie misérable, alors que d’autres vivent dans le luxe, la gloire, la fortune et surtout le pouvoir ? Bref, pourquoi un Esprit aurait-il le droit de devenir Céline Dion ou Warren Buffett, alors que d’autres croupissent dans une rizière toute leur vie avec une seule jambe valide ou encore viennent au monde schizophrènes ? « La vie n’est pas juste », clament-ils. Et ils ont tort. Et c’est pour cette seconde raison que ce livre a été écrit : découvrir le vrai sens de la réincarnation. Alors, explorons sans plus tarder cette dynamique extraordinaire de la vie et ce masque de mort temporaire qu’elle porte entre deux visages.





* * *



1 C’est le principal reproche qu’adresse le docteur Jean-Jacques Charbonnier à ses confrères qui ne croient pas à l’existence d’une conscience après la mort du cerveau.



2 Né au Massachusetts en 1956. Il est le directeur des recherches scientifiques de l’Advanced Cell Technology et professeur à l’Institute for Regenerative Medicine, de la Wake Forest University School of Medicine.



3 Philosophe américain du XIXe siècle fondateur du transcendantalisme.



4 Voir le petit glossaire des mots rares en fin de volume.



5 Esprit d’abord, humain ensuite est le titre du dernier livre de l’auteur, mais surtout une sorte d’épigraphe ou de devise personnelle.



6 Discipline parascientifique qui étudie le phénomène des UFO (Unidentified flying objects) ou OVNI (objet volant non identifié). L’usage créant la règle, les termes ufologie et ufologue sont maintenant francisés depuis de nombreuses années. L’auteur de cet ouvrage est à la fois ufologue et métaphysicien.



7 Bien que l’auteur utilise souvent cette expression, il s’en tiendra uniquement au christianisme dans ses exemples, à moins d’une note spécifique.



8 La théorie de la masse de l’âme, ou théorie des 21 grammes, est une théorie émise par le docteur Duncan MacDougall en mars 1907. Sur la base d’expériences réelles, celui-ci émet l’hypothèse que le corps humain a une âme et que cette âme a une masse estimée à 21 grammes (trois quarts d’once). Au moment de la mort, l’âme s’échapperait du corps, qui se retrouverait allégé de ce poids.



9 Anaxagore de Clazomènes, philosophe grec ayant vécu en 500 avant J.-C.



10 Lettre de René Descartes à Christian Huygens, physicien et astronome, le 10 octobre 1642.





La réincarnation


et les autres possibilités





Quand une fleur de cerisier énerve les chercheurs !


Certaines expériences ont révélé que des souris auraient transmis à leurs descendants des perceptions olfactives dont, assez curieusement, l’odeur de la fleur de cerisier1. Partant de là, le docteur Brian Dias, directeur du département de psychiatrie de l’Université Emory d’Atlanta, en Georgie, croit qu’il est possible que certaines informations soient transmises biologiquement d’une génération à l’autre, après certaines modifications chimiques de l’ADN. Lesquelles ? Il l’ignore. Un traumatisme important vécu par un parent pourrait aussi influencer la structure et la fonction du système nerveux des générations suivantes. Les effets appréhendés seraient liés à la transmission de phobies, d’anxiété et de désordres post-traumatiques. En clair, un soldat fortement traumatisé par ses expériences au combat pourrait transmettre à ses enfants une forme d’anxiété, liée à l’usage d’armes quelconques ou à un climat sectoriel très hostile auquel il aurait été confronté. Ce ne sont là que des supputations et non de véritables observations. Le chercheur reconnaît qu’il ignore complètement le comment éventuel de cette transmission d’informations. En d’autres termes, la manière dont l’ADN, même mitochondrial2, pourrait envoyer ce type d’informations – ce qui est pourtant l’essentiel du débat – est une totale inconnue. Ceux-là mêmes qui tapent furieusement du pied en exigeant des preuves de la réincarnation ne proposent en contrepartie qu’un souriceau qui a hérité de sa mère la capacité olfactive de reconnaître une fleur de cerisier ! Voilà sans doute pourquoi le professeur Wolf Reik, de l’Abraham Institute de Cambridge, reste prudent quant à lui et considère que cette transmission d’une valeur olfactive par une souris est à des lieues d’être comparée au transfert mnémonique de données extrêmement complexes et élaborées chez un humain.

C’est précisément ce genre de débat que nous aurons dans cet ouvrage. Nous chercherons à déterminer quel poids réel ont ces données par rapport à celles venant de recherches sur le terrain, auprès de sujets qui se réclament d’une autre existence antérieure. Et c’est sur ce parcours cahoteux que nous allons découvrir que la science projette ses conclusions à partir de ce qu’elle reconnaît comme vrai et authentique, dans ce cas de figure, un souriceau et l’odeur d’une fleur de cerisier ! Rien d’autre !





Apparemment, notre réalité s’arrête là où est arrivée la science !


Les scientifiques ont l’habitude de penser que la réalité d’aujourd’hui s’arrête là où ils sont arrivés dans leurs conclusions et que tout ce qui « dépasse sous le sarrau » n’est que spéculation et fantaisie. Ils ont toujours pensé de la sorte, notamment avec la théorie des humeurs3 qui a perduré de l’Antiquité au XIXe siècle. C’était cela et rien d’autre ! Ils n’ont guère changé, même si leurs connaissances ont grandement évolué. Ce sont toujours ces dernières qui constituent le terminus où nous devons tous descendre du bus, afin de contempler leur parcours, béats d’admiration.

Les détracteurs de la réincarnation estiment qu’il existe d’autres explications et qu’il suffit de chercher un peu. C’est faux. Chercher davantage d’explications n’apportera rien de nouveau tant et aussi longtemps que l’équation de base restera la même sur la valeur de x. Cette équation redondante vient du fait qu’à leurs yeux, le cerveau est à l’origine de la psyché : la pensée, la conscience, notre « je » identitaire, notre « moi » en somme. Dès lors, le cerveau est identifié comme le seul générateur de nos visions, de nos rêves, de nos émotions, de nos sorties extracorporelles, des apparitions de fantômes, de certains cas d’ovnis et de toute autre anomalie du genre. Le cerveau invente les récits d’enlèvements et les souvenirs de vies antérieures en régression hypnotique ou spontanée. Un pas de plus et on en revient à la citation classique : « Le cerveau sécrète la pensée comme le rein sécrète l’urine4. »

Tous ces dilettantes du cerveau rendent ce dernier responsable de Gog et Magog, de l’Apocalypse, des fantômes de tante Marguerite et des ovnis d’Eugène, son mari. Ce qu’ils ne réalisent pas, c’est que leurs prétentions, souvent teintées de mépris, sont autant d’inventions de leur part que celles qu’ils reprochent aux chercheurs dans ces domaines réprouvés. N’en déplaise à leur ego collectif, mais prétendre que le cerveau est le générateur de tout n’est qu’une opinion, car les scientifiques ne détiennent aucune preuve digne de ce nom. Ils présument que toutes les réponses au paranormal dans son ensemble ont en commun l’activité cérébrale et des sous-produits de celle-ci, mais ce n’est qu’une présomption, une opinion, rien d’autre. Pis encore, c’est une opinion dénuée d’argumentaire pour l’appuyer, comme un corps mou sans squelette qui chercherait à se tenir debout et bien droit ! Ils observent des phénomènes, n’en connaissent absolument pas la nature et l’origine et déduisent que le cerveau en est le responsable. La grande majorité des gens l’ignore, mais les scientifiques les plus avancés dans l’étude du fonctionnement interne du cerveau n’ont qu’une idée partielle de son mode de fonctionnement5. L’organe majeur du corps humain leur échappe par sa complexité. Prétendre que le cerveau sécrète la pensée comme le rein sécrète l’urine est une opinion ! Prétendre que le cerveau fabrique des images surréalistes est une opinion. Bref, prétendre que le cerveau invente tous ces scénarios qui constituent le corpus de l’ufologie, de la parapsychologie et des vies antérieures n’est qu’une autre opinion, formulée différemment selon le cas, mais qui n’en demeure pas moins une simple et banale opinion du type « Moi je dis, moi je pense », à laquelle on peut opposer « Ah vraiment ? Eh bien, pas moi ! ». Prétendre que la Terre était plate était aussi une opinion !

Ce qui me rassure toutefois est ce constat que la mécanique quantique est en train de faire une série de découvertes qui promettent d’être particulièrement déconcertantes. Les gluons permettent l’existence des quarks et donc des protons, des neutrons et des électrons, ou de l’atome, si vous préférez. Il est impossible de débattre de leur taille, puisqu’il est impossible de la déterminer en admettant qu’elle existe, et c’est bien là le mystère. Les définir est une tâche ardue d’autant plus qu’ils se comportent parfois comme une onde, donc une forme d’énergie, et parfois comme une particule, donc une forme de matière. Quelle sera la prochaine étape du savoir concernant la matière sinon de réaliser qu’elle n’existe pas, qu’elle est en fait une énergie gelée ? Nous aborderons cette question plus loin, mais quelle sera la prochaine étape concernant le cerveau ? Est-il vraiment le seul et unique maître à bord ? Ou serait-il simplement l’outil de travail élémentaire de l’Esprit ? Est-il vraiment l’organe suprême, créateur de tout et de rien ? Si oui, il faudra expliquer convenablement ce qui suit.





Vivre sans cerveau


Dans la très sérieuse revue médicale The Lancet6, on apprend que le docteur Lionel Feuillet, neurologue à Marseille, a découvert un patient de 44 ans dont le crâne était entièrement rempli de liquide céphalo-rachidien et ne laissait qu’un cerveau de quelques millimètres d’épaisseur. L’homme, fonctionnaire et père de trois enfants, vivait une existence normale, mais souffrait d’une défaillance à la jambe. Les tests ont montré que son état remontait à l’enfance. Une vie normale de 44 ans et plus sans un véritable cerveau montre alors que la conscience, le « je » ou le « moi » identitaire qui détermine qui nous sommes en tant que personnalité – dans ce cas de figure, un travailleur, un mari et un père –, ne se loge pas plus dans le cerveau que dans les reins. En 1980, le neurologue John Lorber de l’Université de Sheffield, dans le Yorkshire, décrit le cas d’un de ses patients venu le consulter pour un problème mineur. Le patient, un jeune étudiant en mathématiques, fort brillant d’ailleurs, avait la tête juste un peu plus grosse que la normale. Le tomodensitogramme révéla qu’il résolvait ses problèmes mathématiques avec autre chose que son cerveau, puisqu’il en était dépourvu, son encéphale étant réduit à une pellicule de moins d’un millimètre recouvrant le sommet de sa moelle épinière. Il mena d’ailleurs une vie sans encombre, continuant d’accumuler les honneurs en mathématiques. Le professeur Lorber répertoria au cours de sa carrière plusieurs centaines de cas de personnes ayant des hémisphères cérébraux pratiquement inexistants, mais qui se comportaient comme des individus intelligents et normaux, certains affichant même un QI de 130. En 1914, on rapporte le cas d’un homme de 62 ans, brutalement emporté par une crise d’épilepsie. L’autopsie révéla qu’après une blessure à la tête, survenue un an plus tôt, un vaste abcès purulent s’était développé dans son crâne. Son cerveau était réduit littéralement à l’état de bouillie, sans que ses fonctions en fussent affectées. Il avait vécu jusqu’à la fin, sans aucune défaillance dans son comportement7. Tout cela est troublant, mais quoi qu’il en soit, pour le moment, ces données remettent en question la conception du cerveau comme organe empereur du corps humain. Les neurologues se défendent en affirmant qu’un cerveau aplati, dit cerveau plastique, même s’il ne mesure qu’un millimètre d’épaisseur, ne perd pas nécessairement sa connectivité. L’image – sans doute puérile – qui me vient à l’esprit est celle de l’un d’eux acceptant de se faire aplatir le sien, l’étalant sur sa moelle épinière, de la nuque au coccyx, et à qui on demanderait de terminer sa journée sans loucher !

Cette opinion sur la non-existence de la réincarnation est donc basée sur la déification d’un organe physique, en opposition à la non-existence de l’Esprit. Tout est là. À l’université, on leur a dit que Dieu était une fabrication de l’homme, que l’Esprit est une fantaisie au même titre que le père Noël ou Peter Pan et que la spiritualité est une tentative désespérée des hommes de se réconforter dans le malheur, mais que sur le plan scientifique, Dieu et l’Esprit n’ont aucune substance. Pour la science, c’est la nature qui est à l’origine de tout. Donc, par déduction simple, puisque l’Esprit ou Dieu n’existent pas, tout ce qui tend à prouver le contraire est donc faux. Par extension, si rien ne survit à la mort du corps, rien ne peut donc s’incarner dans un nouveau corps. C’est leur logique. Elle se tient.

Même en l’absence d’une procédure d’investigation fournissant des preuves scientifiques reconnues comme telles par la possibilité de reprendre l’expérience à de multiples reprises pour en observer le mécanisme, nous devons être rigoureux. Aborder la réincarnation exige des reins solides. Si des sujets prétendent avoir vécu une autre existence dans le passé, est-il possible d’effectuer des contrôles sur le terrain, de mener des enquêtes, de faire des vérifications approfondies et ensuite d’échafauder des hypothèses ? Absolument ! Ces travaux ont-ils déjà été menés par des gens bien formés dans ce domaine, ayant une expérience dans la recherche scientifique, et ont-ils utilisé des méthodes rigoureuses et crédibles ? Absolument ! Et si quelqu’un se donne la peine d’étudier, même en surface, les procédures d’enquête et les conclusions de ces experts, a-t-il de fortes chances de penser sérieusement que la réincarnation est l’hypothèse à retenir et, malgré son aspect spectaculaire, la plus plausible ? Absolument. Nous allons donc commencer à découvrir quelques grands noms et simultanément regarder de très près les autres possibilités de la transmigration de l’Esprit d’une vie à l’autre. Nous allons tenter de voir si elles sont cohérentes et si l’une d’elles remplace la réincarnation comme explication finale.





Un mot sur l’hypnose


J’utilise depuis des décennies certaines techniques de régression hypnotique avec mes sujets. Je ne fais aucun spectacle, je ne fais pas de thérapie et je ne fais pas non plus d’anesthésie. Je ne m’intéresse qu’à la capacité d’un sujet de revivre des évènements du passé avec plus d’acuité lorsqu’il le fait sous hypnose. Des énormités sur l’hypnose sont proférées depuis qu’elle existe, tant du côté de ses défenseurs que de celui de ses détracteurs. Vidons le sac à malices. L’hypnose n’est pas une forme de sommeil ou d’inconscience. Elle n’est pas une transe mystérieuse et magique. L’hypnose n’est rien d’autre qu’un état mental plus ou moins modifié ou altéré, que l’on peut créer soi-même, mais avec plus d’aisance et de succès sous la gouverne d’un spécialiste.

Au cours de moments très précis de mon écriture, je suis dans un état de réceptivité qui provoque une émission d’ondes cervicales de type alpha. Je suis en état d’hypnose. À la vitesse avec laquelle je tape sur le clavier, inutile de vous dire que je ne dors pas ! Vous connaissez l’expression « être dans la lune » ? C’est aussi une forme d’hypnose. Lorsque vous regardez un film et que vous êtes captivé au point d’oublier que c’est un film, que vous pleurez comme une Madeleine ou que vous hurlez de peur, c’est une autre forme d’hypnose. Toutes sont des altérations de la conscience qui monopolisent davantage le côté droit du cerveau, laissant de côté la logique plus mathématique et rationnelle du cerveau gauche. Applaudissez l’artiste Mesmer8, qui maîtrise ce talent fabuleux de vous faire croire que les gens sur scène sont endormis ! Ils sont tout simplement complices – au sens figuré, bien entendu – parce qu’ils veulent bien jouer le jeu. Sous hypnose, les gens, tant sur scène qu’en clinique, sont plus focalisés mentalement sur ce qu’ils entendent qu’en temps normal, mais ils sont entièrement conscients. C’est une forme de méditation-concentration au cours de laquelle ils ne perdent jamais conscience. Si on leur demande d’oublier, ils oublient, mais parce qu’ils le veulent bien. Une personne sous hypnose peut très bien mentir ou inventer ce qu’elle veut, mais en aucun cas un praticien ne peut lui faire dire ce qu’il veut si elle n’est pas d’accord. Mais si elle veut lui faire plaisir, ce sera comme ce qui se passe sur scène. Il est également ridicule de prétendre qu’une personne sous hypnose pourrait ne pas se réveiller puisqu’il n’y a aucune forme de sommeil ou d’inconscience. Si elle ne sort pas de sa transe, c’est qu’elle n’en a pas envie !

Donc, l’hypnose consiste à fixer son attention (seul ou avec l’aide d’un praticien) sur un thème, une question ou une situation du présent ou du passé, d’où le terme de « régression hypnotique », afin que plusieurs fonctions cognitives du sujet tombent dans une espèce de léthargie au profit de celle utilisée par le praticien. Il s’agit plutôt de suggestions élaborées avec adresse pour entraîner le sujet là où on veut qu’il soit. Je répète, toutefois, que s’agissant de suggestions et non d’ordres, même si le praticien donne l’impression de tout dominer, le sujet peut les refuser en tout temps. Par contre, si le sujet porte une grande attention aux suggestions du praticien, il se met dans une position de relâchement maximale, très proche du sommeil, d’où vient l’expression erronée de « sommeil hypnotique ». C’est très facile pour certains et ils atteignent un degré de détachement très efficace, ce qui leur permet d’explorer des zones plus profondes de leur inconscient, sans se laisser distraire par le verbiage habituel de leurs activités normales. L’état d’hypnose est donc une autre façon de se souvenir ou de se concentrer.

J’ajoute que la confiance et l’admiration qu’éprouve un sujet pour le praticien jouent énormément dans la qualité de la transe. Être intimidé ou impressionné (spectacle de scène) produit le même effet. C’est pour cette raison que les gens de spectacle se donnent des airs mystérieux, jouent avec leur regard magnétique ou font des passes élaborées avec leurs mains. Autrefois, j’ai travaillé avec l’un d’eux, qui n’hésitait pas à se déguiser en fakir indien, les yeux maquillés à outrance et le visage ténébreux !

Les gens qui disent ne pas être « hypnotisables » sont habituellement ceux qui ne veulent pas céder aux suggestions du praticien. Je détecte ce type de caractère assez aisément et j’applique à leur endroit une technique qui porte le nom d’« entrevue cognitive9 ». Elle ne requiert aucun mode de suggestion intrusif et, de ce fait, se rapproche davantage de la méthode Erickson10.

Les récits de vie antérieure sous hypnose ont autant de valeur que les récits spontanés puisque, faut-il le répéter ad nauseam, le sujet est conscient dans les deux cas ! Les adultes requièrent le plus souvent une mise en transe pour se concentrer sur certaines images qui refluent, alors que les enfants n’ont habituellement pas besoin de cette forme d’altération.





La preuve juridique est écrasante


La réincarnation, au-delà de la mauvaise conception que nous en avons, en raison de son importation parfois maladroite des philosophies orientales, est appuyée par des faits. Ce ne sont pas des preuves scientifiques, puisqu’elles sont impossibles à recueillir avec nos connaissances actuelles, mais ce sont malgré tout des faits patents qu’une cour de justice ne pourrait que reconnaître, si tel était l’enjeu. Ce dernier est donc de taille et la résistance, colossale et causée par la culture monothéiste. Comme certains faits se sont effectivement révélés des canulars11, il existe une méfiance de facto qui nuit à la crédibilité de ce phénomène. Bref, que ce soit sous la loi d’Athéna ou celle de Thémis12, il faut être circonspect.





Les chromosomes-mémoires ?


Dès la conclusion de l’affaire Bridey Murphy, j’ai pensé que le phénomène était inconnaissable. Durant les années 70, je m’étais battu avec mon Français préféré de l’époque, Robert Charroux, qui, non content de tirer à feu nourri sur mes soucoupes volantes, torpillait la réincarnation avec ses chromosomes-mémoires. Il prétendait que certains chromosomes pouvaient conserver et transmettre une certaine quantité de souvenirs d’évènements vécus par nos ancêtres. Cette thèse s’est elle-même réincarnée depuis, sous d’autres appellations. À titre d’exemple, sous hypnose, un sujet soutient qu’il a vécu l’existence d’un fermier du Berri en 1739. Selon Robert Charroux, il suffirait de suivre la lignée parentale et génétique du sujet pour éventuellement découvrir dans ses ancêtres le bon vieux Berrichon ! Les chromosomes de ce dernier auraient conservé de son existence de petits extraits qu’une régression hypnotique serait parvenue à faire remonter à la surface, trois cent cinquante ans plus tard.

Vue sous cet angle, l’hypothèse a du mordant et le mérite de nous débarrasser de la question spirituelle, particulièrement quand on claironne partout son athéisme. Malheureusement pour ses pairs, l’hypothèse de Robert Charroux ne supporte pas une analyse plus approfondie parce qu’elle n’est pas très cohérente. Nous verrons pourquoi en établissant ce qu’est un chromosome et quel est son rôle. Nous constaterons ainsi que ces chromosomes-mémoires n’existent pas et qu’ils ont été imaginés pour nourrir une théorie.

La critique la plus fréquente à l’égard des réincarnationnistes est qu’il y a beaucoup plus d’humains de nos jours qu’autrefois. D’où viennent ces nouvelles âmes ? demandent-ils la bouche en cœur. Ceux qui posent une telle question tiennent donc pour acquis que les âmes ne sont destinées qu’aux habitants de la Terre puisque, bien sûr, la Terre est le seul endroit peuplé de vie intelligente dans l’univers. C’est de toute évidence une prémisse fort imprudente puisque notre science actuelle est incapable de démontrer cela, dans un sens ou dans un autre. Cela dit, elle nous informe de l’existence de neuf à onze milliards de « Terres » dans notre seule galaxie, dans un jardin de deux cent cinquante autres milliards de galaxies13. Quand même ! C’est un peu gênant de se proclamer seul dans l’univers dans un tel contexte. Passons à l’autre objection.

Si en tant qu’Esprit nous vivons plusieurs existences pour grandir, à quoi bon le faire si nous oublions chaque fois ? C’est plus une question intéressante qu’une objection et qui a le mérite d’avoir du bon sens. On ne peut que spéculer, si on tient à conserver une certaine rigueur cartésienne dans l’appréciation du phénomène, mais j’ai tout de même une réponse à cela. Elle m’a été inspirée par des tentatives de me distraire avec ces fameux jeux vidéo. Au premier, le jeu Riven14, je me croyais plus malin que les autres. J’y suis arrivé, mais pas sans tricher lamentablement. Punissez-moi, Cyan, j’ai acheté un bouquin explicatif ! C’est alors que j’ai réalisé que lorsqu’on perd une vie dans un jeu vidéo, ce n’est pas la fin ! On peut en avoir d’autres ; le but est de s’améliorer comme joueur d’une vie à l’autre et qu’importe le temps qu’on prend pour y parvenir. L’objectif du jeu est de se rendre à la fin avec l’immense satisfaction d’avoir déjoué le concepteur... sans tricher !

L’incarnation est une aventure bien réelle, mais il est impossible de tricher ! L’amnésie est l’équivalent de l’ignorance qu’a un joueur des solutions, des parcours secrets, des énigmes, des lieux où se trouvent les passages mystérieux, des ressources supplémentaires pour sa survie, etc. Pour le plaisir du jeu – l’objectif du concepteur –, il doit découvrir tout cela lui-même, en ignorant les spoilers, walktroughts, indices et codes divers qui essaiment le Web. Cette comparaison est boiteuse comme elles le sont toutes, mais réfléchissons à cela : le concepteur qu’est l’Esprit que nous sommes s’offre, par l’incarnation, l’occasion de grandir en parcourant son jeu, avec les ressources essentielles, mais également avec les difficultés, les pièges et attrapes. Comme le véritable but du jeu est le plaisir de gagner, il n’inclut pas les éléments qui permettraient de tricher. Et il offre autant de vies que nécessaire pour y parvenir ! Ubisoft a copié la Divine Mère15 !





La psychogénéalogie


Pour en revenir à la théorie de Robert Charroux ou de Brian Dias, il serait bon de la tailler en pièces une fois pour toutes. Toutes ces explications comme autres possibilités de la réincarnation tournent autour du processus mnémonique chez les humains. Tout est là, en somme.

Mais alors, qu’est-ce que « se souvenir de quelque chose » signifie ? Le biologiste Karl Lashley a fait, au cours des années 20, certaines expériences pour localiser le siège de la mémoire dans notre cerveau, mais en vain. Il charcuta le cerveau de rats blancs pour se rendre compte qu’ils étaient capables de vivre presque normalement sans leur cervelle de rongeur. Il en vint à conclure, avec le temps et plusieurs autres expériences, que la mémoire n’avait pas vraiment de siège précis. Déjà, durant les années 50, le neurologue Wilder Penfield avait cartographié le cerveau lors d’expériences visant à soulager les crises d’épilepsie les plus sévères, mais il n’avait pu situer un siège de la mémoire, pas plus qu’il n’avait pu déterminer s’il y en avait un. À ce jour, d’autres recherches sur la mémoire ont été conduites, mais presque exclusivement pour tenter de trouver un remède à la maladie l’Alzheimer, noble et légitime objectif.

On sait que l’hippocampe, ce tout petit cerveau dans un cerveau, et situé très profondément au fond du crâne, est responsable de la mémoire spatiale et de l’orientation. C’est lui qui est le plus affecté par l’Alzheimer, c’est pourquoi les malades qui sortent de leur résidence ou de l’hôpital sont incapables de retrouver leur chemin. Mais la mémoire n’est pas stockée dans l’hippocampe, ce dernier étant un mécanisme d’activation parmi d’autres16.

Finalement, on en est venu à découvrir qu’il existe plusieurs mémoires et une série de plusieurs centres d’intérêt mnémonique dans le cerveau. Se souvenir de la manière d’utiliser un tournevis est différent, en tant que type de mémoire, de se souvenir de l’endroit où sont les clefs de la voiture, de se souvenir aussi de notre première relation sexuelle, d’une odeur associée à notre première chambre à coucher ou du visage d’un ami lointain, différent aussi des manifestations de la mémoire eidétique. La mémoire est donc un processus beaucoup plus complexe qu’on le croyait et n’a pas de siège bien défini dans le cerveau, puisqu’il y en aurait plusieurs, situés un peu partout : l’hippocampe déjà nommé, le cortex préfrontal, le lobe temporal, le diencéphale, le cervelet, etc. Les échanges entre les neurones, par milliards, ne sont pas simples, mais, à ce jour, les chromosomes, qui se situent dans notre ADN et qui sont porteurs des gènes qui nous définissent physiquement, n’ont jamais montré qu’ils pouvaient stocker ou même véhiculer des souvenirs visuels et émotionnels, et encore moins des pans entiers d’existences ayant été vécues par nos ancêtres.

C’est beaucoup en demander à un petit chromosome, qui n’est, en somme, qu’un employé de Fedex transportant des colis scellés qui seront ouverts et utilisés par les cellules apparaissant sur son registre d’adresses. Voilà du bleu pour les yeux, des commissures pour les lèvres, deux petits orifices pour les narines et un petit nez retroussé ici, compliment de votre grand-mère. Il faut comprendre ici, et ce sera plus aisé pour le lecteur lorsqu’il aura pris connaissance des récits vérifiés des sujets, que les souvenirs d’une vie complète avec des noms, des nombres, des lieux, des adresses et des situations précises, le tout enrobé de puissantes émotions, constituent une quantité phénoménale de données extrêmement lourdes et complexes – l’émotion n’étant guère une donnée physique – à stocker dans une ou plusieurs cellules, sous prétexte qu’il n’y a pas de siège précis de la mémoire dans le cerveau humain. Cela dit, la mémoire génétique est à ce jour considérée comme de la science-fiction par tous les spécialistes, bien que certains continuent de penser le contraire. Il est très clair que cette hypothèse va survivre comme une bouée de sauvetage sans laquelle leur raison pourrait s’enfoncer dans les abysses de la croyance en l’Esprit.

Pour terminer, mentionnons qu’il est exact que nous recevons le patrimoine génétique de toute une lignée d’ascendants, pas seulement celui de nos parents, mais aussi celui des leurs, et sans vraiment de coupures radicales avec notre passé, mais avec une dilution qui s’accentue jusqu’à nos très lointains ancêtres préhistoriques. Or, nous savons que nos yeux bleus et notre caractère mélancolique sont un transfert génétique de l’un ou de l’autre des humains de notre lignée, nos parents, puis les leurs, puis les parents de ces derniers, etc. Si les chromosomes transportent des gènes physiques et des gènes de comportement provenant de très loin dans le passé patrimonial, jusqu’à trois ou cinq mille ans, est-il possible qu’ils transportent des éléments mnémoniques ? D’après la science, non. L’expérience de Brian Dias se limite à la transmission de la réaction olfactive d’une souris face à l’odeur caractéristique de la fleur de cerisier. D’après les scientifiques, le transfert mnémonique n’a jamais été démontré, l’olfaction étant un sens physique très sensible, celui d’ailleurs qui est le plus grand porteur de messages17.

Il faut aussi savoir que la psychogénéalogie est une théorie développée au cours des années 70 par la professeure Anne Ancelin Schutzenberger, de Nice, et reprise sous diverses appellations par plusieurs spécialistes. Sa grande faiblesse repose sur le fait que l’ADN, et particulièrement l’ADN mitochondrial, est remarquable, surtout dans les séries américaines sur la police scientifique, mais qu’il y a tout de même des limites que même la fiction ne franchit pas.





Je ne crois pas en l’âme ou en l’Esprit, donc ça n’existe pas


En fait, le problème est que ces chercheurs qui rejettent presque violemment la réincarnation ont en commun un trait d’une extrême importance et qui est la base même de leur équation. Cela a déjà été mentionné au début de cet ouvrage, mais il est essentiel d’y revenir. Aucun n’accepte d’envisager, a priori, l’existence de l’Esprit dans leur équation. L’Esprit – ou l’âme ou Dieu, qu’importe le vocabulaire – n’est qu’une hérésie scientifique, un fantasme pour gens qui « n’ont pas de vie », une lubie, une illusion, une invention ou, quand cela devient insistant, un délire mystique ou mythique, incurable, à moins de gaver le sujet d’anxiolytiques.

Le plus souvent, c’est une véritable allergie qu’ils développent contre toutes ces « choses spirituelles », alors que dans les faits, ils rejettent surtout les religions monothéistes, ce qui au demeurant n’a rigoureusement aucun rapport de cause à effet, la spiritualité ayant existé bien avant ces religions. Donc, pour clore le dossier, la science, à ce jour, n’a rien démontré qui va dans le sens de l’existence ou de la non-existence du phénomène de la réincarnation. Elle n’en est pas là tout simplement. Étant déiste gnostique profond, je n’ai pas d’autre choix que d’ignorer ceux pour qui l’Esprit n’est qu’une lubie. Nous sommes aux antipodes et nous canonnons à distance, parce que j’inclus cette donnée essentielle de l’Esprit dans l’équation pour déterminer la nature de l’après-vie et des vies successives. Je n’ai pas l’intention de livrer un combat par psychiatres interposés, opposant l’avis de l’un à celui de l’autre. Ce que j’affirme, cependant, c’est que les sujets qui viennent confirmer par leur récit l’existence de la réincarnation ont à leur crédit beaucoup plus de faits vérifiables et vérifiés que toutes les autres thèses élaborées à la va-vite pour prêter secours au rationalisme rédhibitoire de certains.

C’est donc là que se séparent les eaux. Nous continuerons d’explorer les différentes théories, mais nous le ferons à partir du principe « Esprit d’abord, humain ensuite » qui est le leitmotiv de la perception gnostique que j’entretiens depuis toujours. Agir autrement ne nous mènerait qu’au seuil terne du savoir scientifique actuel sur la vie après la mort. C’est-à-dire à rien du tout !





L’Esprit n’est pas amnésique


Lorsque nous nous incarnons, nous faisons un avec le corps humain et subissons ainsi l’inévitable amnésie. D’entité subtile, sans forme et sans masse, nous subissons brutalement le fardeau corporel, la gravité de ce monde. Sans corps, sans douleur, ne ressentant ni le chaud, ni le froid, ni la soif, ni la faim, voilà qu’en une plongée18 nous subissons tout cela dès que nous pénétrons dans le corps d’un fœtus, mais surtout quand nous sortons du ventre de la mère. C’est une odyssée terrible !

L’Esprit n’est pas amnésique, mais l’humain l’est. Il ne peut se souvenir de vies qu’il n’a jamais vécues, puisque ce n’est pas lui qui s’incarne, mais l’Esprit. Cela signifie que pour avoir accès à des souvenirs de vies antérieures, il nous faut transiger avec l’Esprit. Mission difficile pour qui en nie l’existence.





Autres explications possibles


Quand les critiques du milieu paranormal se heurtent à la très irritante démonstration de la réincarnation, ils adoptent une rhétorique plutôt vague et nonchalante et vont jusqu’à invoquer la télépathie en désespoir de cause, ce qui en dit long sur leur cohérence, quand on sait que la télépathie est au premier rang de l’indéfendable aux yeux de la science. Mais, en général, les autres possibilités avancées sont la tromperie ou le canular, des manifestations de cryptomnésie, de possession, de fantaisie, de paramnésie, de la mémoire héritée de l’inconscient collectif ou de la mémoire génétique, aussi appelée psychogénéalogie comme on le sait maintenant.





Les marques gênantes ? Des coïncidences !


Selon un des plus grands spécialistes de la réincarnation, le regretté docteur Ian Stevenson, dont nous parlerons abondamment dans le chapitre suivant, certains enfants ont souvent des marques sur leur corps qui expliquent que c’est par là qu’ils ont été tués, mutilés ou gravement blessés. Les parents attestent que ces marques sont présentes depuis l’enfance. D’autres enfants nés avec une difformité, des membres ou des doigts manquants déclarent que ces difformités indiquent ce qui a causé leurs précédentes morts. Dans un certain nombre de cas où la vie antérieure s’est déroulée à peine quelques années avant la re-naissance, le docteur Stevenson a pu avoir accès aux dossiers des hôpitaux pour confirmer ces déclarations. Il a donc été en mesure d’établir une corrélation troublante entre les marques de naissance et les rapports d’autopsie ou les dossiers de l’hôpital révélant la cause du décès. Évidemment, évoquer la simple coïncidence paraît bien fade ici. La tromperie est également brandie comme argument. Le docteur Stevenson n’y croit pas un seul instant19. Les cas existent par dizaines de milliers et viennent de partout dans le monde. Or, un seul cas représente une tâche titanesque pour un éventuel trompeur et pour aboutir à quoi en fin de compte ? À rien. Les entrevues et les examens croisés de tant d’enfants témoins montrent que l’élaboration d’un canular dans ce domaine relève du véritable exploit et est impossible sur le plan pratique, à moins d’y consacrer des ressources énormes. Il ne s’agit plus ici de photographier une lanterne thaïlandaise et de mettre cela sur YouTube20. Une tromperie dans le domaine de la réincarnation doit être très approfondie pour être convaincante. Il faut donc organiser la situation avec une grande minutie, préparer les parents, comme s’il s’agissait d’une grande représentation théâtrale, les amis, les témoins. Parfois, le nombre de personnes concernées excède la cinquantaine. Il faut mettre en scène des émotions d’enfant avec une extrême précision, surtout quand il y a réunion de l’enfant avec les êtres chers d’une vie antérieure21. La mise en scène de ces émotions dépasse la capacité humaine, d’autant plus que, très souvent, les chercheurs interviennent très rapidement dans le dossier qu’ils ont découvert eux-mêmes.

De plus, aucun d’entre eux ne rétribue les personnes concernées, et aucun témoignage et aucune publicité ne sont faits pour inciter à coopérer22. La fraude est irréaliste. Certaines tentatives ont sans doute été entreprises, mais on ne peut songer un seul instant que les dizaines de milliers de cas soient tous des canulars. Les chercheurs dans ce domaine, et nous les découvrirons bientôt, sont pleinement conscients que les investigations scientifiques qu’ils poursuivent sont scrutées à la loupe par d’autres scientifiques, par des concurrents et par ceux qui ont un intérêt particulier à ne pas les voir réussir. Ils prennent donc leurs précautions et œuvrent en pleine transparence.





Cryptomnésie ?


La cryptomnésie, c’est de la mémoire... oubliée. Cela signifie simplement que le sujet a appris, sans le vouloir, dans sa vie présente ce qu’il dit sur sa vie antérieure. Consciemment ou inconsciemment, il a lu l’information, en a entendu parler, ou on lui a appris, mais il a oublié ce fait. Dans certains cas de mémoire fragmentaire, racontée à la sauvette au bout d’une table, c’est possible, particulièrement lorsqu’une personne voyage un peu et revient d’un pays lointain avec le sentiment d’y avoir vécu. Ces cas ne sont pas inscrits dans le registre des dossiers complexes sur lesquels les chercheurs travaillent. Nous avons tous ce genre de cryptomnésie à l’occasion. Ce sont des récits anecdotiques qui peuvent être réels aussi, mais qui sont sans doute un effet de la mémoire oubliée.

En fait, la cryptomnésie23 livre des fragments épars et non des scénarios de vie entière. Il peut s’agir de quelques images, de phrases, de noms qui relèvent du déjà-vu, mais sans plus. La cryptomnésie est évoquée dans certains cas de plagiat, quand un artiste jure être l’auteur d’une pièce, alors qu’il n’a plus aucun souvenir de l’avoir lue, vue ou entendue. Certains prétendent que le cinéma est responsable de certains récits du genre. Le sujet évoque des situations étranges et mystérieuses venant d’un temps passé, alors qu’en fait il s’agit de scènes cinématographiques oubliées. Qu’un film puisse teinter un récit n’est pas exclu, mais l’importation d’images en bloc, comme si la pellicule se déroulait dans le cerveau, est une hypothèse fantaisiste. De plus, la cryptomnésie ne peut s’appliquer aux enfants.





La fameuse mémoire collective


Dans ce cas de figure, les critiques prétendent que l’enfant obtient son information de l’inconscient collectif jungien, une sorte de Web cérébral purement théorique et « inventé » par le psychiatre suisse Carl Jung. La grande faiblesse de cette hypothèse repose principalement sur le fait qu’elle est réfutée par Jung lui-même. Ce qui est enregistré réellement de l’information provenant de l’inconscient collectif théorique est très général, très vague, comme Jung l’affirme lui-même en évoquant la symbologie complexe de cet univers, alors qu’un inconscient tourmenté se met à générer des mandalas. Ne perdons pas de vue que les mandalas sont des représentations graphiques abstraites, un peu comme les cercles céréaliers, et sont utilisés pour le design d’horticulture, ce qui en dit long sur leur symbolique. Nous sommes loin de la vie entière d’un pilote d’avion abattu au-dessus du Pacifique24 ou d’un soldat noir de l’Union qui souffre d’une blessure par balle au poignet. L’argument génétique et la mémoire héritée s’autodétruisent en raison d’une autre faille majeure. Si une personne se souvient d’une vie antérieure et qu’en réalité il s’agit plutôt de la vie d’un de ses ancêtres, il est évident qu’on va retrouver cet ancêtre dans son lien patrimonial à l’époque indiquée. Or, une quantité effarante de dossiers évoquent des gens qui se souviennent de vies passées comme membres de races totalement différentes, comme c’est le cas de Chase Bowman, dont nous parlerons bientôt. De plus, un ancêtre ne pourrait transmettre génétiquement à sa descendance que des souvenirs d’évènements survenus avant la conception de l’enfant re-né. Il s’ensuit que le souvenir des circonstances de la mort de l’ancêtre ne pourrait jamais être transmis, puisque l’émetteur de ces souvenirs est mort. Il ne peut plus rien transmettre. Mais comme la conscience où l’Esprit survit à la mort et s’incarne de nouveau, les circonstances dans lesquelles s’est déroulée la mort du corps font alors partie intégrante du bagage mnémonique de cette vie antérieure, l’Esprit survivant à cette mort.





Caractéristiques de souvenirs spontanés chez les enfants


Un très bon résumé des caractéristiques de souvenirs spontanés évoquées par plusieurs chercheurs se trouve dans le livre de Sylvia Cranston et Carey William, Reincarnation : A New Horizon in Science, Religion, and Society25. On découvre que le souvenir apparaît habituellement entre deux et quatre ans et qu’il s’efface presque toujours entre cinq et huit ans. Au cours d’une discussion que j’ai eue avec Carol Bowman, une des plus grandes spécialistes dans ce domaine, nous avons convenu tous les deux que des millions d’enfants ont des souvenirs de vies antérieures, mais n’en parlent jamais ou importent ces images dans leurs jeux, et le tout passe inaperçu. J’ai vécu un évènement de ce genre vers l’âge de cinq ans. Pour les enfants, ces images ou ces souvenirs ne sont pas toujours menaçants ou terrifiants et dès lors s’intègrent bien dans leur jeune conscience. Les parents ne se doutent de rien ou ne font pas attention à ce que leurs enfants vivent comme expérience dans ce domaine, parce que le souvenir d’une vie antérieure ne fait absolument pas partie de leurs croyances d’Occidentaux chrétiens ! L’idée que leur enfant est en train de revivre un évènement vécu il y a de nombreuses années ne leur viendrait jamais à l’esprit. C’est très souvent par accident ou « par hasard » qu’ils seront alertés par le comportement de leur petit.

Puisque nous venons de parler de Carol Bowman et du docteur Stevenson, il est plus que temps de vous présenter les pionniers remarquables de cette discipline, qui, à l’image de l’ufologie et de la parapsychologie, souffre encore cruellement du mépris ou de l’indifférence d’une très grande majorité de gens mal ou non informés.





* * *



1 http://www.nature.com/neuro/journal/v17/n1/full/nn.3594.html.



2 Transmis seulement par la mère.



3 Le sang, le phlegme, la bile noire et la bile jaune associés aux quatre éléments : l’air, l’eau, la terre et le feu.



4 Citation célèbre du naturaliste suisse Carl Vogt (1817-1895).



5 À leur décharge, la neurologie est une science toute récente fondée au XIXe siècle à Paris par le docteur Jean-Martin Charcot.



6 Numéro du 20 juillet 2007.



7 Omnilogie.fr.



8 Hypnotiseur de scène très populaire au Québec et en France.



9 Ceux qui regardent la série policière Esprits criminels ont l’occasion de voir ce qu’il en est puisqu’elle est correctement représentée.



10 Milton Erickson, hypnothérapeuthe (1901-1980).



11 In Search of Bridey Murphy, 1956. Tout semble indiquer qu’il s’agit d’une supercherie involontaire.



12 Respectivement déesses grecques des sciences et de la justice.



13 Selon une étude de la NASA confiée à l’Université de Berkeley et publiée dans NATURE, en octobre 2013.



14 Jeu de type puzzle-énigmes développé en 1997 par Cyan World.



15 Dans son ouvrage précédent, Esprit d’abord, humain ensuite, l’auteur nomme le principe divin la Divine Mère ou Dieu le Père !



16 C’est la version qu’ont les spiritualistes : le cerveau est l’ordinateur de l’Esprit, un réseau organique servant à activer des fonctions essentielles, une fois incarné dans un corps physique.



17 Il est bien connu que le sens olfactif est celui qui peut rapidement nous ramener en arrière. On se souviendra d’une odeur de l’enfance bien avant de se rappeler le lieu ou même d’en avoir des images mentales.



18 Dans son livre Death to rebirth, l’auteure Mandy Hall compare l’incarnation à une session intense de plongée sous-marine.



19 Il y a des canulars dans ce domaine comme dans tout autre, mais en aucune manière ils n’expliquent tout quand la science est incapable d’avoir une réponse crédible.



20 De nombreux ovnis orange ont « perdu des plumes » avec cette technique, le plus souvent estudiantine.



21 Faire pleurer un enfant de quatre ans quand il a envie de rire ou l’inverse est une tâche impossible.



22 Tout comme le docteur John E. Mack pour les témoins de RR-4. J’applique le même principe.



23 Associée au syndrome du faux souvenir, qui fait l’objet de sérieuses controverses, la cryptomnésie pourrait être également une fausse réponse, même en dehors des cas de réincarnation.



24 Il en sera question plus loin dans « James, le pilote abattu ».



25 Harmony Books, New York, 1984.





Les grands pionniers





Les « vols de nuit »


Deux chercheurs, Andra M. Smith et Claude Messier, de la School of Psychology de l’Université d’Ottawa, ont dévoilé en 2014 l’amorce d’une preuve sur « les vols de nuit », mon expression préférée pour désigner les fameuses sorties extracorporelles et que j’ai empruntée à Saint-Exupéry.

C’est Jean-Marc Dufresne, un ami à moi de la même région, recherchiste et rédacteur de son métier, qui m’a parlé de leurs travaux, après avoir lu un article dans l’Ottawa Citizen. Intrigué et sachant que cela m’intéresserait, il m’en a fait part et s’y est également penché pour son propre travail.

Malheureusement, les résultats1 s’adressent aux scientifiques. Le texte est rédigé en jargon du métier et en anglais, ce qui limite très sérieusement sa compréhension. Mais en voici un résumé. Alors qu’il enseignait, en 2012, le professeur Claude Messier traitait du sujet de la désincarnation, ou sortie extracorporelle, comme le faisaient tous les scientifiques, en répétant ad nauseam que ce sont des hallucinations et qu’elles ne se produisent que dans des cas extrêmes. Or, un jour, une étudiante de 24 ans s’est présentée à lui en disant qu’elle pouvait sortir de son corps quand elle le voulait. Le professeur Messier a alors décidé d’étudier son cas en surveillant les essais de sortie extracorporelle de la jeune fille avec tout un appareillage approprié.

Le professeur Messier a été obligé de revoir ses notes de cours. J’ai bien aimé la synthèse de Jean-Marc Dufresne :

Il semble qu’il y ait deux conclusions. La première indique qu’il s’agit d’une hallucination auto-induite, avec ceci de particulier qu’elle ne respecte pas les critères scientifiques quant aux zones du cerveau qui y sont normalement associées. L’autre conclusion semble s’adresser davantage aux scientifiques et est celle-ci : « Comme on ne peut pas vraiment prouver ce que la jeune fille voyait, on admet avoir pris son témoignage sur la foi que ce qu’elle dit est vrai. Le fait qu’elle soit venue d’elle-même, qu’elle pensait que tout le monde faisait ça, qu’elle peut le déclencher à volonté et qu’on peut effectivement mesurer une activité cérébrale inusitée (complètement dans l’hémisphère gauche, au lieu du gauche et du droit, comme lorsqu’on voit ou qu’on imagine quelque chose) accorde une crédibilité à ce qu’elle dit. »



Là où cette expérience diffère des autres du même genre est qu’il n’y a pas de charge émotive liée à l’OBE2, comme voir un parent défunt, avoir peur de mourir, être confus, etc. Et, de fait, la perception même diffère : dans le cas de cette jeune fille, c’est son entité complète qui s’élève, une sorte de corps double, pas juste une âme. Elle est totalement consciente de l’entièreté de son corps durant tout l’OBE.

Il existe donc au moins une recherche sérieuse dont les conclusions diffèrent des rengaines habituelles et redondantes des médecins et spécialistes de la santé mentale. On avance, et grâce à ces chercheurs, il sera plus aisé de suivre l’évolution d’un cas. Si cette jeune fille sort de son corps, on peut se demander ce qui s’échappe exactement et aussi ce qui arrive à ce quelque chose quand la personne meurt. Le questionnement est sans fin.





« Je vous ai choisis ! »


Marcel et Nicole, des amis, ont un petit garçon qu’ils ont appelé Anthony. Un jour, Marcel joue avec Anthony, qui a alors trois ans, et demande à son épouse de les filmer. Comme tous les papas du monde, Marcel demande à son enfant : « Aimes-tu papa ? Aimes-tu maman ? » À sa manière habituelle et dans son langage d’enfant, Anthony répond que oui, il aime papa et maman, mais lorsque Marcel lui demande pourquoi il les aime, la réponse, spontanée, est énoncée différemment. Posément, il explique qu’il les a choisis tous les deux après un long processus. Marcel fronce les sourcils, mais au lieu de mettre un terme à cette conversation plutôt étrange, il veut en savoir plus et feint un intérêt mitigé, obligeant ainsi l’enfant à être plus précis. Anthony ajoute alors qu’ils étaient tous réunis avec un personnage en blanc qui leur parlait et qu’ils devaient soigneusement regarder des images qui bougeaient et puis choisir entre certaines de ces images. Il ajouta qu’il aimait beaucoup ce qu’il voyait et qu’il avait donc choisi Marcel et sa maman pour venir au monde. Marcel confiera plus tard : « Il y avait de la solennité dans sa voix. » J’ai visionné la vidéo et je suis tout à fait d’accord. Seule la voix de l’enfant trahit son âge, mais le ton et le propos donnent l’impression d’être ceux d’un adulte. Isolé, ce témoignage n’a aucune valeur ; rapidement, on l’attribuera à un rêve qu’aurait fait l’enfant, mais remis en perspective avec ceux des autres, il acquiert une valeur considérable. Allons donc prendre connaissance de ces autres témoignages et aussi rencontrer de grands pionniers, qui, par leur vécu et leurs travaux, redorent jour après jour le blason de la réincarnation.





Carol Bowman


En 1997, j’ai lu l’histoire de Chase Bowman3. J’ai été fasciné. J’ai réalisé que la réincarnation que je percevais à l’époque comme une certitude inconnaissable et improuvable était en réalité un véritable phénomène physique laissant des traces, et que ceux et celles qui vouaient leur vie à les faire connaître étaient des scientifiques reconnus, mais simultanément méconnus. Bien que profondément convaincu de l’existence de la réincarnation depuis toujours, je n’avais jamais vraiment fait de recherches dans ce domaine.

Quand j’ai refermé le livre, ma décision était prise. Carol Bowman devait absolument venir prononcer une conférence devant les membres de mon organisation4 de l’époque à Ottawa.





« Ils sont tous morts, nous allons tous mourir ! »


Dans sa loge, pendant que le public prenait place dans la salle de conférence, je suis entré dans le vif du sujet.

— Carol, je dois vous répéter à quel point la lecture de votre livre a bouleversé ma conception de la réincarnation par la découverte de données bien réelles, solides et physiques qui montrent qu’elle est une réalité qu’on peut confier à l’output5. Pour moi, le cycle des vies antérieures était inconnaissable et vous avez pratiquement apporté des preuves. Bravo !

— Merci, Jean. J’apprécie votre commentaire d’autant plus qu’avant cette histoire avec Chase, je ne croyais pas à la réincarnation. Je ne m’y intéressais pas et je ne voyais aucun intérêt dans ces choses, compte tenu de mon éducation religieuse.

— C’était des trucs des Indes, des vaches sacrées dans lesquelles le grand-père machin s’était incarné...

— (rire) Oui, absolument. C’est un peu ce que j’aurais dit si on m’en avait parlé avant l’expérience de Chase, mais la réincarnation, la métempsycose ou les vies antérieures ne sont plus du domaine exclusif des grandes religions orientales. Avec mes recherches, j’ai pris connaissance du fait que depuis la fin du XIXe siècle, les occultistes et ésotéristes de plusieurs pays, dont l’Angleterre, ont introduit la réincarnation dans leur système de croyances. C’est l’avènement des sectes religieuses, ou du Nouvel ge, qui a redoré le blason des vies antérieures avec la multiplication de l’information.

— Au Québec, la réincarnation passe généralement bien lorsque les gens prennent connaissance de certains faits. Je crois qu’il suffirait de peu pour qu’elle soit répandue, mais aux États-Unis, il y a une très forte résistance, non ?

— Oui. Le contexte puritain et fondamentaliste des chercheurs scientifiques américains est sans doute à l’origine du silence tabou entretenu depuis toutes ces années sur les travaux ahurissants du docteur Stevenson...

— Pardon de vous interrompre, Carol, mais cela m’exaspère ! Les travaux des professeurs Stevenson et Wambach sur la réincarnation devraient à eux seuls avoir clos le dossier, mais ils ne suffisent pas ?

— Non, ça ne bouge pas beaucoup. La résistance des organisations religieuses est très forte, vous savez !

— Oui, je sais, la fameuse Bible Belt6. Ils ne se demandent pas pourquoi Jésus, qui devait parfaitement être au courant de la réincarnation véhiculée par le bouddhisme depuis près de six cents ans, n’en a pas profité pour la détruire. Il ne l’a jamais fait ! Il n’existe aucun texte dans les Évangiles qui rejette la réincarnation, alors qu’elle était omniprésente dans les croyances de son époque, même les croyances juives.

Au cours de la conférence, Carol a révélé que la question de la réincarnation a été débattue pendant près de trois siècles au sein de l’Église chrétienne. Il suffit de lire cette phrase du prince de l’enseignement du christianisme, Origène7 : « Chaque âme vient dans ce monde, renforcée par les victoires et les défaites de ses vies antérieures. » Carol a également rapporté que c’est l’empereur Constantin qui décréta que le christianisme pouvait désormais sortir des catacombes et fleurir à souhait, et qui convoqua le premier concile de Nicée8. Il enjoignit les chrétiens à déterminer ce qui devait et ne devait pas faire partie de la doctrine chrétienne. Une affaire d’humains entre eux, en somme, à l’image des membres d’un parti politique dans un congrès d’orientation ! C’est lors de ce concile que la thèse de la réincarnation fut rejetée. Plus de deux siècles passèrent, mais la réincarnation tenait bon dans les croyances des premiers chrétiens. Il fallait agir, car elle éliminait le concept de la damnation éternelle, dont ils avaient impérativement besoin pour assurer l’emprise de leur Église naissante sur les fidèles. Au concile de Constantinople, en 553, la réincarnation fut décrétée hérésie. Y croire conduisait à l’excommunication et parfois même à l’extermination ! Ce fut le sort des cathares, qui furent brutalement et sauvagement massacrés par l’Église en 1244, à Montségur. On ne massacre plus personne de nos jours chez les chrétiens, mais la foi, qui est une création de l’Église, interdit encore cette croyance.

— Je sais que vous allez le faire tout à l’heure, Carol, mais parlez-moi un peu du docteur Stevenson. J’ignorais que des scientifiques s’étaient lancés dans une étude aussi vaste et rigoureuse.

— J’ai été interpellée par les travaux, en effet rigoureux et extrêmement intéressants, du docteur Ian Stevenson, chef du département de psychiatrie de l’Université de Virginie. J’étais intriguée par le peu d’écho de ses travaux dans la presse et je les ai tous commandés, dans l’espoir d’obtenir une réponse à mes questions.

Des années auparavant, Carol avait été témoin d’un fait qui sema la panique dans sa petite famille. Devant quelque deux cents personnes réunies pour l’écouter, elle a raconté ce qui l’avait profondément bouleversée alors qu’elle était une mère de famille à la maison, sans aucun intérêt pour ce genre de choses. J’ai déjà relaté cet incident dans plusieurs de mes écrits, mais dans le contexte de cet ouvrage, je me dois d’y revenir.

Son fils Chase, alors âgé de quatre ans, assiste avec elle au feu d’artifice du 4 juillet quand, soudain, il se met à hurler et à se débattre sans aucune raison apparente. Le hasard, l’ami fidèle de la causalité en culottes courtes, veut qu’un ami hypnologue soit présent chez elle pour célébrer le jour de l’Indépendance. Dès leur retour à la maison, il a l’idée de calmer l’enfant très doucement et de l’inviter à dire tout haut et posément pourquoi il a tant pleuré.

Carol raconte qu’à cet instant elle a trouvé la question un peu stupide parce qu’il était évident dans son esprit que les explosions pyrotechniques étaient la cause de l’émoi de l’enfant. À sa grande surprise, Chase se met à décrire sa peur d’être abattu, sa terreur devant tous ces cadavres sur la colline et sa douleur au poignet après avoir été atteint par une balle. Carol reconnaît que si son ami hypnothérapeute n’avait pas été chez elle ce soir-là, elle ne serait pas non plus présente devant le public, pas plus qu’elle n’aurait été invitée à l’émission d’Oprah Winfrey9. Elle aurait écarté complètement ce récit fantastique, le mettant sur le compte de la fabulation d’un enfant, et l’incident se serait clos de lui-même.

Donc, lentement, l’hypnologue pose des questions simples et non directives afin d’en savoir plus, malgré l’ébahissement total de la mère. Ils apprennent alors que Chase vient de revivre une bataille en règle entre les sudistes et les nordistes. Plus tard, l’enfant indique tant de détails précis que Carol n’a pas d’autre choix que de les faire confirmer par un historien. Ce qui est fait, et ce qu’elle apprend transforme la jeune mère de famille en une chercheuse tenace et déterminée, encore à ce jour10. Le souvenir oublié de cette vie antérieure avait été ravivé en l’enfant de quatre ans par la vue des corps étendus sur la colline, par la fumée, ainsi que par le son du spectacle pyrotechnique. Il s’agissait évidemment des spectateurs, simplement allongés sur le sol, qui admiraient les feux d’artifice.

Bien qu’ayant déjà été mis en présence d’images évoquant la guerre de Sécession, l’historien et les autres experts qui ont examiné l’enfant sont tous d’avis qu’il lui était impossible de connaître avec tant de précisions l’histoire et surtout le déroulement de la vie d’un soldat noir de l’Union. L’enfant n’a que quatre ans ! D’ailleurs, la race du soldat en dit long sur l’impossibilité qu’il s’agisse d’une mémoire génétique ou cellulaire, ces fruits appétissants de la psychogénéalogie. Le père de l’enfant tire ses origines directement des Bowman d’Angleterre depuis 1066 et Carol ne compte que des Blancs dans sa famille, aussi loin qu’elle peut remonter. La guerre de Sécession ayant eu lieu entre 1861 et 1865, ils savent qu’aucun homme de race noire ne s’est glissé dans cette lignée aussi blanche que neige durant ces années-là.

Donc voilà un enfant de quatre ans qui ne sait pas encore lire, qui vit au sein d’une famille bien normale, où on ne parle pas plus de guerre de Sécession que de Révolution française ou de la Conquête de 1759 chez d’autres. Carol explique alors que son fils est en mesure de donner des chiffres très précis et vérifiables, mais surtout vérifiés, sur des aspects logistiques particuliers en campagne mobile. C’est un détail extrêmement intéressant, parce que si bon nombre d’entre nous s’intéressent à certains hauts faits concernant des batailles célèbres, très peu effectuent des recherches sur l’aspect logistique de ces campagnes de guerre lorsqu’une armée entière se déplace, ou même y portent un intérêt : la nourriture, les munitions, l’eau, le matériel, les produits d’entretien. Inutile de dire à quel point les historiens consultés ont été estomaqués de voir un enfant de quatre ans posséder ces connaissances. Découvrons maintenant ce professeur Stevenson dont parlait Carol.





Stevenson, ce mystérieux inconnu


Ian Pretyman Stevenson est né à Montréal le 31 octobre 1918, mais a passé pratiquement toute sa vie aux États-Unis. À l’Université de Virginie, il a été le grand patron de la faculté de psychiatrie de 1957 à 1967, professeur de psychiatrie de 1967 à 2001 et professeur de recherche de 2002 à son décès, en 2007. Voilà un parcours qui rappelle celui d’un géant du domaine métaphysique de l’ufologie, le docteur John Mack, de Cambridge, malheureusement décédé accidentellement en 2004.

Fasciné par un aspect très particulier de la réincarnation, le docteur Stevenson est devenu le fondateur et le directeur de la division des Études perceptives de l’Université de Virginie. Les recherches de cette division concernaient des cas dont les émotions, les souvenirs, et parfois même les blessures physiques – présentes sous forme de taches de naissance – étaient transférés d’une vie à l’autre. À titre d’exemple, la balle au poignet que disait avoir reçue Chase se manifestait par un eczéma très tenace et limité à son poignet, presque depuis sa naissance. Toutefois, comme l’affirment la plupart des chercheurs dans ce domaine, les marques ou les douleurs chroniques disparaissent dans les jours qui suivent la révélation, ce qui a été le cas pour Chase, dont l’eczéma chronique a disparu peu après. Bien que les travaux touchant cet aspect soient méconnus, ils sont bien existants, documentés et consultables. Ces corrélations troublantes sont presque des preuves.

L’analyse que Carol Bowman a faite des travaux du docteur Ian Stevenson lui a permis d’apprendre que celui-ci a rencontré et étudié personnellement plus de deux mille six cents cas du genre11. Sa méthodologie était simple et redoutable pour quiconque aurait eu l’intention de falsifier des données. À la manière d’un détective, opérant dans l’anonymat, il écoutait attentivement les propos de l’enfant et prenait note des détails les plus infimes. Par la suite, il visitait les lieux décrits, le plus souvent fort éloignés de sa résidence, et préparait le terrain pour une confrontation en maintenant toujours les sujets dans l’ignorance complète de ses intentions et de sa stratégie. Puis il définissait les paramètres de ses recherches devant les parents, détaillait le protocole et, si ces derniers acceptaient, ils se rendaient tous au lieu désigné par l’enfant. Le pourcentage extrêmement élevé de cas satisfaisant ses critères de recherche a été déterminant pour le docteur Stevenson, ce qui l’a convaincu de rendre ses travaux officiels en les publiant dans sa propre université. Rappelons qu’on peut trouver la collection complète et colossale des travaux de Stevenson à la bibliothèque de l’Université de Virginie. Stevenson n’est pas une créature du Web. Il était sans contredit le scientifique le plus impliqué dans le domaine de la réincarnation, celui qui a démontré par l’expérience auprès de tant de sujets qu’elle est une réalité. Il a toujours refusé d’affirmer qu’elle était prouvée, mais ajoutait que ce n’était qu’une question de temps : « Ceci ne relève pas encore de notre expertise de prouver que s’effectue ce transfert parce que nous ignorons aussi comment cela se produit. » En fait, Ian Stevenson, sur le plan strictement scientifique, ne pouvait aller plus loin et reconnaître ce qu’en métaphysique nous appelons l’anamnèse. En 1982, il a fondé la Société pour l’exploration scientifique et a publié près de 300 articles et 14 livres12.





Un combat entre deux factions


Les chercheurs de l’étrange sont un peu comme des guérilleros, des soldats rebelles ou des mercenaires. Ils ont l’avantage du terrain parce qu’ils rencontrent les témoins, travaillent avec eux, fouillent, cherchent, et puis un beau jour publient les résultats de leurs travaux. Et c’est là que le bât blesse. Dans nos sociétés aseptisées et protégées contre les extrêmes et les abus, la pensée unique13 nie à ces soldats d’infortune le privilège de leurs ressources médiatiques. Ils peuvent publier autant de recherches qu’ils le veulent – c’est un pays libre –, mais n’adhérant pas à la pensée unique, ils n’ont pas accès aux services et aux ressources habituellement accordés aux autres chercheurs et auteurs. L’élite intellectuelle de la pensée unique considère que nous sommes tous des farfelus sans exception et nous canarde avec mépris ! Le regretté docteur John E. Mack est passé à un cheveu d’être démis de ses fonctions, alors qu’il était responsable du département de psychiatrie du plus prestigieux établissement universitaire des États-Unis : Harvard, à Cambridge. Le docteur Mack a provoqué l’ire de ses pairs non pas pour avoir effectué des recherches très poussées sur les victimes d’enlèvements extraterrestres, mais pour être devenu un mercenaire, pour s’être extirpé de l’arène universitaire et pour avoir livré son combat sur la place publique avec un livre people14, assurant de tout son poids et de tout son prestige la crédibilité de ces récits. C’est un geste qu’on ne pardonne pas facilement dans ces milieux du « haut savoir ». Il a finalement eu gain de cause contre ses détracteurs, mais il a dû se battre comme un lion !

Le docteur Ian Stevenson n’était pas John Mack, il n’a pas commis de crime de « lèse-science », bien que sa thématique de recherche ait été tout aussi provocante. En s’attaquant au fondement du christianisme qui est la résurrection des corps, il s’attirait pourtant les foudres de ses congénères. Mais Stevenson n’avait pas la personnalité très charismatique de John Mack. Il était effacé, un peu terne aussi, pas très intéressant à médiatiser, et comme s’il était conscient des limites de son charme naturel, il n’a jamais fait de vagues. Il est donc passé sous le radar. Ses publications universitaires, que le public peut consulter, sont restées confidentielles, comme c’est le cas très souvent avec le matériel universitaire. Personne n’a jamais vraiment su qui il était. Carol m’a confié que si elle n’avait pas fait de recherches poussées, elle n’aurait jamais eu connaissance de son existence. S’il est connu maintenant, c’est principalement grâce à elle.

Margaret Fox, du New York Times, a été emballée par cet homme, le décrivant comme un véritable génie incompris, la caste des scientifiques obtus n’ayant jamais daigné porter un regard sur ses travaux. En 1999, Tom Shroder, un journaliste du Washington Post, a publié15 à son tour un article sur les travaux du docteur Stevenson, ainsi que Jim B. Tucker, psychiatre et collègue de Ian Stevenson, en 200516. Du côté des critiques, c’est le même catéchisme du scepticisme qui est brandi : la réincarnation n’existant pas, les enfants ont menti et trompé le docteur Stevenson. C’est comme pour les ovnis, ils n’existent pas parce qu’il est impossible qu’ils existent, alors tout ce qui tend à prouver le contraire est forcément faux. Ce qui doit être retenu est que le docteur Stevenson a mis en jeu sa réputation en publiant son travail dans les plus prestigieux journaux de psychiatrie17. D’autres scientifiques de réputation internationale ont attesté du professionnalisme et de la crédibilité du docteur Stevenson, dont le professeur Albert J. Stunkard, président du département de psychiatrie de l’Université de Pennsylvanie. Parmi plusieurs déclarations positives, retenons celle-ci : « Le docteur Stevenson est l’homme le plus critique que je connaisse dans cette sphère où nous travaillons, et peut-être le plus réfléchi, qui a le chic pour construire le protocole d’investigation approprié. » Cela ne traduit pas un appui au phénomène de la réincarnation, mais cela indique que Ian Stevenson n’était pas un amateur brouillon. La Dre Gertrude Schneider, du City Collège à l’Université de New York, confirme à son tour : « Stevenson est une personne très soigneuse et très consciencieuse, d’une grande capacité intellectuelle et de standards professionnels élevés. Il se donne la plus grande peine pour collecter et analyser les données brutes. » Le professeur Herbert S. Ripley, président du département de psychiatrie de l’Université de Washington, à Seattle, témoigne : « J’ai beaucoup d’estime pour le docteur Stevenson. Je le vois comme quelqu’un de minutieux et d’honnête. Nous avons de la chance. Il a de réelles aptitudes et une grande intégrité pour étudier dans ce domaine controversé. » Le Dr Harold Lief écrit dans le Journal of Nervous and Mental Disease, en septembre1977 : « Soit il fait une faute colossale, soit il sera connu comme le Galilée du XXe siècle. » Jacques Languirand, de Radio-Canada18, n’a que de bons mots à son endroit. Malgré cela, vous ne connaissiez pas le docteur Ian Stevenson. Vous connaissez les docteurs Christiaan Barnard et Pierre Grondin parce qu’ils ont réussi les premières transplantations du cœur, mais le nom de Stevenson ne vous dit absolument rien.

Comme nous l’avons vu, Ian Stevenson a établi une des plus étranges corrélations qui soient concernant les sujets qu’il a traités. Sur leur corps se trouve une marque qui coïncide avec l’endroit physique qui a été gravement atteint dans une vie antérieure : une trace sous la forme d’une tache de naissance ou d’un problème récurrent, comme c’était le cas pour Chase Bowman, qui souffrait d’eczéma19. Le célèbre musicien Ravi Shankar se souvenait d’avoir été horriblement décapité par un parent qui espérait hériter de la fortune de son père. L’enfant né de nouveau, Ravi Shankar, portait une marque encerclant son cou. Quand sa déclaration a été étudiée, on découvrit que la personne qu’il disait avoir été était bien morte par décapitation.

Un second cas concerne un enfant turc se souvenant d’avoir été un voleur qui, sur le point d’être capturé par la police, s’était suicidé en plaçant le canon de son fusil sous le côté droit de son menton. L’enfant qui déclarait se souvenir de cette vie précédente était né avec une marque très distincte sous son menton. Une autre enquête a montré qu’il portait une seconde marque de naissance au sommet du crâne, là où la balle avait dû ressortir. Quand le docteur Stevenson a étudié ce cas, un vieil homme l’informa qu’il se rappelait l’incident et le corps abattu. C’est comme si ces blessures très graves et ces morts violentes traînaient avec elles l’ombre résiliente d’un choc se manifestant sur le corps suivant, tout comme une sorte de désordre post-traumatique qui serait plus physique que psychique. Compte tenu de ces détails importants20, et nous en verrons d’autres, un indéniable constat s’impose. Des enfants en très bas âge se souviennent avec une très grande acuité de faits et de gestes très précis posés par d’autres à une époque bien antérieure à la leur et s’identifient avec une grande diversité d’émotions à ces autres gens. Or, vu leur âge (entre un et cinq ans), il est impossible qu’ils puissent connaître ces circonstances. Ces cas défient la raison. Comment un enfant de quatre ans peut-il se souvenir d’avoir entretenu, nettoyé, graissé et poli un canon d’ordonnance de trois pouces, alors qu’il était soldat de l’Union ? Si quelqu’un veut absolument faire intervenir la raison, alors qu’il s’en fasse une !

Chase n’avait pas le vocabulaire nécessaire pour expliquer ses visions ; ce ne sont tout de même pas des cellules d’ADN qui lui ont appris l’anglais ce soir-là ! Il y a tout de même des limites à l’acharnement sceptique. La réincarnation, c’est-à-dire la thèse voulant que la conscience actuelle de cet enfant ait déjà habité un autre corps dans le passé, celui de ce soldat, est actuellement la plus évidente, aussi choquante ou spectaculaire qu’elle puisse paraître.





L’extraordinaire dossier de Parmod Sharma


De tous les dossiers diffusés par le professeur Ian Stevenson, le plus impressionnant est celui de Parmod Sharma. J’ai commenté ce cas à quelques reprises dans le passé, mais jamais en détail. En voici maintenant l’intégralité et il est absolument renversant. À lui seul, ce dossier devrait fermer les livres et clore le débat !

Parmod Sharma est né le 11 octobre 1944 à Bisauli, aux Indes. Vers l’âge de deux ans et demi, il dit à sa mère qu’elle n’a plus à lui préparer ses repas puisqu’il a déjà une épouse à Morâdâbâd, une ville située à 150 kilomètres au nord-est de Bisauli. Pendant près de deux ans, il ne cesse de parler de la vie qu’il y menait, décrivant la nature et la fonction de plusieurs commerces locaux qu’il possédait avec des membres de « son autre famille ». Il insiste particulièrement sur un petit établissement qui fabriquait et vendait des biscuits et de l’eau gazeuse, le Mohan Brothers. Il était l’un de ces frères et ajoutait qu’il avait un autre commerce à Saharanpur, une ville située à 160 kilomètres au nord de Morâdâbâd.

Le jeune Parmod n’aime pas la compagnie des autres enfants et joue seul. Il construit des modèles de petits ateliers en y incluant le câblage électrique. Il adore faire des « biscuits de vase » qu’il sert avec du thé ou de l’eau gazeuse à sa famille. Ce faisant, il continue de décrire en détail la vie qu’il menait dans son petit commerce de Morâdâbâd et ses voyages d’affaires à Delhi. De temps à autre, il fait des réflexions à ses parents sur leur pauvre condition et la compare à ce qu’il a connu dans sa précédente vie en tant que commerçant prospère. Nous sommes à des années-lumière de l’ombre d’une mémoire génétique transmise par des cellules ou des chromosomes.

Parmod éprouve un profond dégoût pour le curd21, ce qui est assez rare pour un enfant né aux Indes. Un jour, il dit à son père de ne plus en manger parce que cela est néfaste et dangereux. Questionné, il répond que dans sa vie précédente il a déjà été très malade après en avoir trop consommé. Il est possible d’avoir une réaction sévère à ce produit, particulièrement si les œufs utilisés ne se sont pas de première fraîcheur, sans parler de l’éventualité d’un diabète.

L’enfant manifeste également une véritable phobie de l’eau, ce qui, selon lui, vient du fait qu’il est mort noyé dans un bain. Après un certain temps, il informe ses parents qu’autrefois il avait une femme et cinq enfants, dont quatre garçons et une fille. Il veut les revoir et se montre très insistant, priant constamment son père de l’emmener à Morâdâbâd.

C’est le pas que sa famille ne veut pas franchir. Écouter les histoires de Parmod est une chose, mais impliquer d’autres gens, des étrangers situés à des kilomètres de là, en est une autre. Sa mère lui fait toutefois la promesse que cette visite s’effectuera quand il saura lire ! Dans les faits, souligne Ian Stevenson, jamais les parents de Parmod n’ont fait de vrais efforts pour vérifier les dires de leur enfant. Aux Indes, la mentalité n’est pas la même qu’en Occident. La culture indienne à cet égard n’a vraiment rien à voir avec la nôtre, occidentale et christianisée, et comporte un aspect inexistant chez nous : un enfant qui se souvient de ses vies antérieures risque de mourir jeune ! Malgré cela, on entend parler des révélations du jeune Parmod à Morâdâbâd, et c’est ainsi que le docteur Stevenson est informé et passe à l’action. La famille Mehra est très attentive à son histoire et considère que de nombreux détails rapportés par l’enfant concordent étrangement. Les frères Mehra sont propriétaires de plusieurs commerces à Morâdâbâd, dont une fabrique de biscuits et d’eau gazeuse portant le nom de Mohan Brothers, ce qui est en tout point identique à ce que raconte Parmod depuis son très jeune âge. Rappelons que l’enfant ne sait ni lire ni écrire et qu’il demeure à des dizaines de kilomètres de là, et évidemment que la télévision n’existe pas encore.

Le fondateur de Mohan Brothers était un dénommé Parmanand Mehra, décédé le 9 mai 1943. Et c’est l’Esprit de ce dernier qui devint celui de Parmod Sharma 18 mois plus tard. Il est généralement admis qu’il n’existe aucune règle concernant le délai entre deux incarnations. Tout est possible : un retour presque immédiat ou des délais de plusieurs siècles et, qui sait, de plusieurs millénaires. L’Esprit est immortel et éternel, c’est sans doute la notion la plus difficile à intégrer dans notre conscience limitée d’être humain très mortel et pas éternel pour un sou !

Parmod est un enfant de quatre ans et Parmanand est donc l’adulte qu’il prétend avoir été dans une vie antérieure, tout juste avant sa propre naissance. Lors d’une grande noce, Parmanand se serait gavé de curd, sa friandise préférée, et comme on l’a vu, Parmod la craint comme la peste. Parmanand aurait ensuite souffert d’un problème gastrique chronique qui se serait transformé en appendicite et en péritonite, inflammations qui finiront par l’emporter. Deux ou trois mois avant sa mort, il avait insisté, contre l’avis de sa famille, pour reprendre du curd craignant de ne plus avoir l’occasion d’en manger. Alors qu’il se faisait soigner pour son appendice, on lui fit prendre des bains thérapeutiques. C’est dans les minutes qui suivirent l’un de ces bains qu’il est mort, d’où la phobie de Parmod. Parmanand laissait dans le deuil son épouse, ses quatre garçons et sa fille.

C’est finalement au cours de l’été 1949, alors que Parmod n’a pas encore tout à fait cinq ans, que la rencontre des deux familles a lieu. À la gare de Morâdâbâd se trouvent quelques personnes, dont Sri Karam, un cousin de Parmanand. Sri était très proche de ce dernier. Dès qu’il descend du train, le petit Parmod se jette dans ses bras en pleurant, l’appelant « vieux frère », comme Parmanand le faisait autrefois. Après les effusions, Parmod, comme cela était convenu, donne des instructions au chauffeur de la calèche pour se rendre à l’atelier des Mohan Brothers. C’est donc l’enfant qui, n’ayant jamais mis les pieds dans cette ville, guide le caléchier rue par rue jusqu’à leur destination.

En Inde, le propriétaire d’un commerce a toujours un gaddi à sa porte, une sorte de siège rembourré et confortable où il prend place pour accueillir ses clients. En arrivant sur place, Parmod fait la réflexion que son gaddi n’est pas au même endroit que d’habitude. Les gens de l’atelier reconnaissent qu’ils l’ont changé de place après le décès de Parmanand. Parmod vient à peine d’entrer dans l’atelier qu’il cherche à savoir qui s’occupe de l’eau gazeuse et de la pâtisserie, ce qui était la responsabilité de Parmanand. Il avait été demandé aux employés de Mohan Brothers de dérégler, dans le plus grand secret, la machine la plus complexe de l’entreprise afin de tester la réaction de Parmod. Dès que celui-ci constate qu’elle ne fonctionne pas, il se dirige à l’arrière de la machine, montre un tuyau en particulier parmi de nombreux autres et donne l’ordre qu’on le fixe à un endroit précis pour que la machine puisse fonctionner de nouveau. Ce qui est fait, à l’ébahissement de tous. Lorsque le petit groupe se rend à la résidence de Parmanand, l’enfant se dirige aussitôt vers « sa » chambre, constatant sur-le-champ les changements qui ont été apportés, dont une moustiquaire qui n’existait pas en son temps. Il montre une petite commode, puis une table relativement basse en expliquant qu’il l’utilisait très souvent pour prendre ses repas, ici dans sa chambre plutôt que dans la salle commune. Lorsque la vieille mère de Parmanand entre dans la pièce, il la reconnaît aussitôt et l’appelle Mother, avant que personne n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit. Il en est de même avec l’épouse. Jamais tant de détails précis n’auraient pu être « enseignés » à l’enfant pour monter un canular.

Devant la veuve de Parmanand, Parmod affiche une mine embarrassée, réalisant qu’il a cinq ans et que cette femme a été la sienne. On imagine facilement ce qu’un désir sexuel devient lorsqu’il est tamisé dans l’esprit d’un petit enfant qui ne connaît et ne ressent rien de ces choses. Un enfant de cet âge ne peut « jouer » ce type de réaction !

Lorsqu’ils se retrouvent seuls tous les deux, Parmod, cet enfant étranger, lui fait une remarque à propos de son bindi22, qui n’est pas approprié compte tenu de sa situation. Il fait aussi allusion au fait qu’elle porte un sari blanc, celui des veuves, et non le sari de couleur, celui des femmes mariées. Parmod, un petit bonhomme de cinq ans, reproche donc à « sa femme » de ne pas être consciente qu’il est Parmanand, son époux, mort depuis déjà quelques années. On peut imaginer la réaction de cette dernière.

Ensuite, Parmod reconnaît « sa fille » et l’un de « ses fils ». Lorsqu’un autre de ses fils fait son entrée, il l’appelle par son nom : Gordhan. Tout en discutant avec lui, le jeune Parmod n’autorise pas Gordhan à le tutoyer ou à l’appeler par son prénom, insistant pour qu’il utilise le mot father, prétextant qu’il est vraiment son père, mais... en plus petit. Il en est ainsi durant toute la journée. L’enfant reconnaît, sans aucune hésitation, tous les membres de la famille Mehra qui se présentent sur place, des gens qu’il n’a jamais vus de sa vie... présente.

Mais pour le docteur Stevenson, cela ne suffit pas. Il fait faire à Parmod le tour du Victory Hotel appartenant à la famille Mehra. Parmod émet alors des commentaires précis sur les nouveaux cabanons construits sur la propriété et qui n’étaient pas là de son vivant. La famille Mehra confirme aussitôt qu’ils ont été ajoutés après le décès de Parmanand. En entrant dans l’hôtel, Parmod pointe du doigt des commodes et dit : « Ce sont les almirahs que j’ai fait fabriquer pour la Churchill House. » Ce nom est celui du second hôtel détenu par la famille Mehra à Saharanpur, une ville située à 160 kilomètres au nord de Morâdâbâd. Il est alors confirmé que Parmanand avait fait fabriquer ces commodes pour la Churchill House. Après son décès, la famille a décidé de les déplacer au Victory Hotel.

Au cours de l’automne suivant, Parmod effectue une visite à Saharanpur et reconnaît aussitôt un médecin très connu de la ville : « C’est un grand ami à moi. » Il fait de même avec un homme du nom de Yasmin, tout en lui rappelant qu’il lui doit de l’argent, à lui, Parmanand. Yasmin nie, mais lorsque la famille Mehra lui jure qu’elle ne réclamera aucune somme s’il dit la vérité, il admet avoir une dette envers Parmanand.

Le professeur Ian Stevenson a effectué des enquêtes sur près de 3000 cas, mais n’en a publié que très peu comme celui de Parmod Sharma. À titre d’exemple, il éliminait tout dossier dans lequel la