Main La mobilisation financière pendant la Grande Guerre

La mobilisation financière pendant la Grande Guerre

Avec le front militaire et le front social, un troisième front, celui des finances de guerre, s’est ouvert en 1914. Par les ruptures et les bouleversements qu’il a engendrés en matière de financement et d’équilibres économiques et monétaires mondiaux, il constitue le véritable tournant du XXe siècle, celui de la dette publique et de l’inflation pour la plupart des pays belligérants. Ce thème a fait l’objet de la première manifestation scientifique du cycle des quatre journées d’études consacrées au ministère des Finances dans la Grande Guerre et dont cet ouvrage collectif est le fruit. Concentré sur la mobilisation des ressources financières des principaux pays belligérants et sur les ruptures engendrées par le conflit en termes de finances publiques, ce recueil de travaux inédits comble une lacune importante de l’historiographie française sur la dimension économique et financière de la Grande Guerre. La crise financière de l’été 1914, les ruptures monétaires et financières à l’échelle du monde, la mobilisation tous azimuts des ressources par les pays belligérants, l’appel aux épargnants, autant de thèmes novateurs qui sont ici traités, sans oublier les relations complexes entre le ministère des Finances et la banque centrale, ici revisitées. Le conflit engendre également des changements institutionnels, car une guerre non préparée suscite des improvisations et la pénurie est parfois source d’innovations : quel a été l’impact de la guerre sur les ressources financières de l’état à court et moyen termes ? Comment les circuits de l’argent se sont-ils modifiés ? Quelles formes a revêtues l’appel au patriotisme financier d’un pays à l’autre ? Un index des noms et une bibliographie thématique complètent cet ouvrage qui éclaire d’un jour nouveau une dimension essentielle du premier conflit du XXe siècle.
Year:
2016
Language:
french
ISBN 13:
9782111294011
File:
EPUB, 4.80 MB
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Language:
english
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La mobilisation financière pendant la Grande Guerre


Le front financier, un troisième front





Florence Descamps et Laure Quennouëlle-Corre (dir.)





Éditeur : Institut de la gestion publique et du développement économique, Comité pour l’histoire économique et financière de la France

Lieu d'édition : Paris

Année d'édition : 2015

Date de mise en ligne : 4 février 2016

Collection : Histoire économique et financière - XIXe-XXe

ISBN électronique : 9782111294011





http://books.openedition.org





Édition imprimée

Date de publication : 1 décembre 2015

ISBN : 9782111293960

Nombre de pages : 292





Référence électronique

DESCAMPS, Florence (dir.) ; QUENNOUËLLE-CORRE, Laure (dir.). La mobilisation financière pendant la Grande Guerre : Le front financier, un troisième front. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Institut de la gestion publique et du développement économique, 2015 (généré le 13 septembre 2016). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/igpde/4117>. ISBN : 9782111294011.




Ce document a été généré automatiquement le 13 septembre 2016.


© Institut de la gestion publique et du développement économique, 2015

Conditions d’utilisation :

http://www.openedition.org/6540





	Avec le front militaire et le front social, un troisième front, celui des finances de guerre, s’est ouvert en 1914. Par les ruptures et les bouleversements qu’il a engendrés en matière de financement et d’équilibres économiques et monétaires mondiaux, il constitue le véritable tournant du XXe siècle, celui de la dette publique et de l’inflation pour la plupart des pays belligérants.

	Ce thème a fait l’objet de la première manifestation scientifique du cycle des quatre journées d’études consacrées au ministère des Finances dans la Grande Guerre et dont cet ouvrage collectif est le fruit. Concentré sur la mobilisation des ressources financières des principaux pays belligérants et sur les ruptures engendrées par le conflit en termes de finances publiques, ce recueil de travaux inédits comble une ; lacune importante de l’historiographie française sur la dimension économique et financière de la Grande Guerre.

	La crise financière de l’été 1914, les ruptures monétaires et financières à l’échelle du monde, la mobilisation tous azimuts des ressources par les pays belligérants, l’appel aux épargnants, autant de thèmes novateurs qui sont ici traités, sans oublier les relations complexes entre le ministère des Finances et la banque centrale, ici revisitées. Le conflit engendre également des changements institutionnels, car une guerre non préparée suscite des improvisations et la pénurie est parfois source d’innovations : quel a été l’impact de la guerre sur les ressources financières de l’état à court et moyen termes ? Comment les circuits de l’argent se sont-ils modifiés ? Quelles formes a revêtues l’appel au patriotisme financier d’un pays à l’autre ?

	Un index des noms et une bibliographie thématique complètent cet ouvrage qui éclaire d’un jour nouveau une dimension essentielle du premier conflit du XXe siècle.




Florence Descamps

	Normalienne et agrégée d’histoire, Florence Descamps est maître de conférences en histoire à l’École pratique des hautes études (EPHE).




Laure Quennouëlle-Corre

	Laure Quennouëlle-Corre est directrice de recherche au CNRS, rattachée au Centre de Recherches Historiques (CRH).





Note de l’éditeur

	Cycle de journées d'études Les finances, un ministère en guerre, un ministère dans la guerre (1914-1918). Journées des 25 et 26 septembre 2014.





Sommaire





Introduction


Florence Descamps





Le ministère des Finances britannique et la gestion de la crise financière de 1914 en Grande-Bretagne – Improvisation et innovation


Richard Roberts

I. Déclenchement de la crise

II. Endiguement de la crise, acte I – prêteur en dernier ressort

III. Endiguement de la crise, acte II – moratoire et billets du ministère des Finances

IV. Résolution de la crise, acte I – relance du marché de l’escompte et recapitalisation des banques

V. Résolution de la crise, acte II – marché des changes, moratoire général et Bourse des valeurs mobilières

VI. Mesures d’urgence et financement de la guerre

VII. Le ministère des Finances, sauveur de la City et des contribuables





Les relations financières entre la Russie et la France pendant la Première Guerre mondiale : arme financière et logiques de marché


Olivier Feiertag

I. L’importance du marché des fonds russes à Paris à l’été 1914

II. Le protocole Bark-Ribot du 4 octobre 1915 : business as usual ?

III. Révolution russe et politisation des relations financières internationales





Les emprunts français aux États-Unis 1914-1917 : vers un nouvel ordre monétaire et financier international


Laure Quennouëlle-Corre

I. L’emprunt franco-anglais, enjeux et conséquences (automne 1915)

II. 1915-1917 : Une levée de crédits de plus en plus difficile

III. Les nouveaux habits de la diplomatie financière française





De l’argent pour Armageddon. La mobilisation financière de l’Allemagne entre 1914 et 1918


Gerd Hardach

Introduction

I. Août 1914

II. La mobilisation financière d’avant-guerre

III. L’illusion d’une guerre courte

IV. Mobilisation financière et guerre d’usure

V. La mobilisation économique

VI. L’inflation

VII. Les limites de la mobilisation financière : le commerce extérieur

VIII. De la guerre à la paix





Décider dans l’urgence : la gestion monétaire et financière de l’année 1914


Bertrand Blancheton

Introduction

I. Les mesures d’urgence pour juguler la crise de liquidité au seuil du conflit

II. La dette flottante et ses conséquences sur le contrôle monétaire





La Banque de France et le financement direct et indirect du ministère des Finances pendant la Première Guerre mondiale : un modèle français ?


Vincent Duchaussoy et Éric Monnet

I. La création monétaire et le financement de l’État : quelques distinctions théoriques

II. Les choix de l’entrée en économie de guerre

III. Un bilan du financement monétaire de la Grande Guerre





La Caisse des dépôts et consignations dans la Grande Guerre. L’indispensable soutien à l’État : inversion ou inflexion ?


Philippe Verheyde

I. La Caisse des dépôts à la Belle Époque

II. La Caisse des dépôts dans la guerre : soutenir la rente

III. La Caisse des dépôts et l’État, un changement de paradigme





« Du papier, de grâce du papier pour l’amour de Dieu. » Le ministère du Commerce au secours de la circulation monétaire pendant la Grande Guerre : monnaies de nécessité consulaires et chèques postaux


Clotilde Druelle-Korn

I. Lorsque la nécessité fait loi, les chambres de commerce de France auxiliaires des autorités monétaires

II. Le recours à la compensation par la création attendue des chèques postaux





Que peut-on savoir des souscripteurs aux valeurs du ministère des Finances français pendant la première guerre mondiale ?


André Straus

I. L’appel aux ressources de trésorerie

II. Le premier emprunt 5 %

III. L’emprunt de 1916

IV. L’emprunt de 1917

V. L’emprunt de 1918

VI. Après la guerre : 1920





La campagne en faveur des économies de guerre en Grande‑Bretagne : naissance d’une politique moderne de l’épargne


Michael Moss





Bibliographie indicative





Index des noms de personnes





Introduction





Florence Descamps



C’est à l’été 2012 qu’a surgi l’idée de travailler sur les Finances et la Grande Guerre. Certes, la perspective à deux ans du Centenaire nous a renforcées dans cette idée, Laure Quennouëlle-Corre et moi-même, mais c’est moins pour des raisons commémoratives et opportunistes que proprement scientifiques que nous avons décidé d’adopter ce thème de recherche et de proposer au Comité pour l’histoire économique et financière un colloque sur ce sujet.

En effet, lors du démarrage du séminaire « Histoire du ministère des Finances au xxe siècle » que nous animons, Laure Quennouëlle-Corre et moi-même, à l’EPHE, nous avons tenu une première séance sur le ministère des Finances au sortir de la guerre et sur le tout début des années vingt, à l’instar de la plupart des travaux d’histoire politique, économique et sociale, qui démarrent au lendemain du premier conflit mondial. À cette occasion, nous avons pris conscience de nos lacunes dans la connaissance du ministère des Finances pour la période 1914-1918 en tant que telle : comment le ministère des Finances est-il entré en guerre ? S’y était-il préparé ? A-t-il adopté une organisation spécifique pour la conduite de la guerre ? Quelles ont été les innovations organisationnelles, financières et budgétaires de cette période ? A-t-il pris une part décisive ou non à la conduite de la guerre ? Comment les fonctionnaires des Finances ont-ils vécu la guerre et à quels postes ? Quel a été l’impact de la guerre sur le ministère, et plus largement sur l’État de finances ?

De fait, à l’exception de quelques travaux en histoire des relations financières internationales et en histoire monétaire, le recensement bibliographique a imposé le constat d’un très faible nombre de travaux récents consacrés aux finances publiques et à l’administration des Finances pour la Grande Guerre, ce qui contraste avec l’investissement continu dont a fait l’objet le ministère des Finances pendant la Seconde Guerre mondiale depuis une trentaine d’années, devenu entre-temps, il est vrai, ministère de l’Économie nationale.

En outre, même parmi les travaux d’histoire financière internationale et monétaire, à quelques auteurs près, qui sont pour certains présents dans la salle1, la plupart des auteurs français soit s’arrêtaient en 1914, soit commençaient au lendemain des traités de paix2. De fait, la tentation est très grande – et nous l’avons vérifié dans l’organisation de ces journées – soit de s’arrêter au déclenchement de la guerre et d’en rester à l’âge d’or du franc germinal, soit de sauter à pieds joints par-dessus les années de conflit pour aller directement à la sortie de guerre, au bilan économique et financier de la guerre, aux conséquences et à l’héritage du conflit dans l’entre-deux-guerres. Dans les deux cas, la séquence 1914-1918 est certes perçue comme un tournant majeur dans l’histoire de l’Europe, comme une rupture décisive, comme un événement matriciel, mais elle n’est pas toujours étudiée en tant que telle et pour elle-même.

Deuxième observation, le relatif désintérêt contemporain pour l’histoire des finances publiques de la guerre contraste avec les travaux de la Dotation Carnegie pour la paix, qui, dans la première moitié des années vingt, rappelons-le, s’était donnée pour objectif initial l’évaluation des coûts de la guerre, puis avait étendu ses recherches, face à l’ampleur de l’événement, à l’étude des économies de guerre et des sociétés pendant et au sortir de la guerre. Au final, c’est bien aux questions économiques et aux questions de finances publiques, mais aussi aux questions administratives, que la Dotation a consacré la plus grande majorité de ses travaux3. Si l’on se reporte à la liste des études publiées par la Fondation (plus de 160 études ou contributions), les titres sont parfaitement éloquents : finances, coûts, dépenses, crédits, commerce, industrie, assurances, pensions, effets économiques, prix et salaires, contrôles, vie économique, taxes, monnaies, budgets, administrations et structures gouvernementales, bureaux et services…

Après 1945, il y a donc eu comme une réorientation des préoccupations historiennes. De fait, après une intense focalisation sur le front militaire, qui se dédouble lui-même, d’un côté, en un front des états-majors et du commandement, et de l’autre, en un front des combattants et des tranchées, c’est « l’autre front4 », intérieur, civil, économique, industriel et social, qui a mobilisé et mobilise encore aujourd’hui les sciences sociales. L’histoire sociale, l’histoire économique, à dominante industrielle, et l’histoire culturelle de la Grande Guerre ont de ce fait engrangé les avancées scientifiques et historiographiques les plus importantes. La conséquence de cet investissement massif, c’est, depuis quelques décennies, le relatif effacement des questions de finances publiques, effacement dont rend compte le très faible nombre de notices consacrées aux aspects financiers dans les innombrables dictionnaires et encyclopédies de la Grande Guerre5. Seules s’y maintiennent in extremis les notices sur les questions monétaires et de finances internationales, tandis que les questions touchant aux administrations de guerre sont éclipsées par les généralités consacrées à l’économie de guerre.

Pierre Renouvin avait pourtant ouvert un vaste champ de recherches sur « les formes du gouvernement de guerre » et « l’exubérante végétation de l’État6 ». Mais pendant longtemps, il a fait peu d’émules, hormis Stéphane Rials, qui, cinquante ans après Renouvin, écrit en 1977 son ouvrage sur « l’organisation de la bataille et la bataille de l’organisation » dans les administrations publiques. Heureusement, des travaux d’histoire politique plus récents ont permis d’éclairer les transformations ministérielles pendant la Grande Guerre : citons en premier lieu des travaux biographiques autour des élites gouvernementales et administratives : Albert Thomas, Marcel Sembat, Arthur Fontaine, Étienne Clémentel, Louis Loucheur, Alexandre Ribot, mais aussi des travaux sur le régime de la IIIe République, notamment sur les transformations du pouvoir exécutif (Nicolas Rousselier) ou sur le parlementarisme (Fabienne Bock). Ensuite, le regain de l’histoire de l’État, à partir des années quatre-vingt-dix, a produit quelques travaux plus longitudinaux sur les politiques publiques ou sur certains départements ministériels bien particuliers : le ministère de l’Armement ; le ministère du Commerce et de l’Industrie (Clotilde Druelle-Korn) ; les services de la Main-d’œuvre au ministère du Travail ou de la Guerre (Laurent Dornel) ; le service de la Poste aux armées (Amandine Le Ber-Nadège Schepens), les Travaux publics ou les services du Charbon (Pierre Chancerel) ; l’Office des mutilés et des réformés/l’Office national des anciens combattants (Marie Llosa) ou les administrations hospitalières, pour ne citer que quelques exemples. Enfin, avec les célébrations du Centenaire, qui fonctionne comme un efficace stimulus, les administrations civiles de guerre font l’objet d’un net regain d’intérêt : citons d’abord le colloque de juin 2014 sur le rôle du ministère des Travaux publics ; citons aussi le colloque consacré aux « mises en guerre de l’État », les 30 octobre et 1er novembre 2014, sous la direction du CRID, dont le programme a permis d’apporter des éléments nouveaux, notamment sur l’articulation entre pouvoir central et pouvoirs locaux, entre administrations de guerre et administrations sociales. Le Comité pour l’histoire économique et financière de la France et le ministère des Finances pouvaient-ils rester en dehors de ce mouvement de recherche ?

Notre proposition d’organiser un cycle de journées d’étude sur « Les Finances dans la Grande Guerre » s’appuie donc sur le constat d’une relative discrétion académique sur les questions de finances publiques en temps de guerre (monnaie, dette, dépenses, fiscalité, réforme de l’État), alors même que ces dernières ont été au cœur de l’historiographie des années vingt7 et qu’elles s’imposent aujourd’hui massivement dans l’actualité nationale et internationale. Elle s’appuie sur la volonté de faire droit à ces aspects décisifs du devenir des sociétés occidentales, à l’échelle de l’événement lui-même, dans tout son poids et dans toute son épaisseur, comme à l’échelle du siècle dans toute sa diachronie. D’un point de vue scientifique, elle prend également sa source dans la conviction qu’à l’instar des autres périodes historiques plus anciennes, les finances de guerre sont au cœur des transformations de l’État, et que l’État de guerre est pour quelque chose dans la mutation de l’État de finances. Autrement dit, si dans l’Histoire, l’État fait la guerre et la guerre fait l’État, il nous semble nécessaire d’étudier comment en 1914-1918 les Finances ont fait la guerre et ce que la guerre a fait aux Finances. Notre proposition répond enfin au désir, soit de revisiter avec un œil neuf ce qui a été étudié dans les années vingt, soit d’établir des comparaisons entre les choix de financement qui ont été faits par les différents belligérants, soit d’explorer certains thèmes trop peu connus comme les innovations fiscales de la période.

Notre objectif est donc d’ajouter à l’étude du front militaire du champ de bataille et à celle du front social de l’arrière l’étude de la mobilisation financière de la France, en dégageant un troisième front, le « front financier8 », un front qui serait autant extérieur (la diplomatie financière des emprunts et des créances de la France) qu’intérieur (la mise en ordre de bataille de l’État de finances tant du côté de la dépense que de la recette) : comment les pouvoirs publics français ont-ils financé la guerre ? Qui ont été les acteurs de cette mobilisation financière ? Quels choix ont-ils faits et pourquoi ? Selon quelle organisation ? Avec quelles justifications ? Avec quels outils et quels moyens ? Comment le corps social a-t-il réagi à cette « mobilisation financière » ? Quel en a été le prix ? Quels en ont été les résultats ?

Enfin, ce cycle d’étude s’insère dans une plus vaste réflexion sur la transformation du système financier français au xxe siècle et de ses acteurs publics et privés, et plus particulièrement sur la construction, la mutation et le développement du ministère des Finances, en tant qu’acteur politique, financier, économique et administratif. La Grande Guerre a-t-elle été ou non un moment décisif dans l’histoire de ce département ministériel ? N’a-t-elle été qu’une parenthèse sans suite et sans fruit ? A-t-elle joué un rôle amplificateur et accélérateur de tendances antérieures ou, au contraire, a-t-elle été le moment d’une profonde mutation structurelle ?

Pour répondre à ces questions, nous avons proposé une série de quatre journées d’étude : les premières sur le financement de la guerre par l’emprunt et sur la « mobilisation financière », ce sont celles que vous trouverez exposées dans le présent ouvrage. Les deuxièmes seront consacrées à l’impact qu’a eu la guerre sur le système de gestion des finances publiques, sur la recomposition des pouvoirs et sur la place du ministère des Finances au sein du gouvernement de guerre, du régime parlementaire et de l’appareil étatique français. Les troisièmes auront trait à la mise en place d’une nouvelle fiscalité, à ses interactions économiques et sociales et à la transformation (ou non) des services financiers. Les dernières porteront sur le coût de la guerre et les transformations plus globales de l’État, de l’économie et de la société.




Notes

1 Voir bibliographie en annexe.

2 Voir bibliographie en fin de volume.

3 Alain Chatriot, « Une véritable encyclopédie économique et sociale de la guerre. Les séries de la Dotation Carnegie pour la Paix Internationale (1910-1940) », L’Atelier du Centre de recherches historiques, 03.1, 2009, [En ligne : http://acrh.revues.org/413] DOI : 10.4000/acrh.413.

4 Patrick Fridenson, 1914-1918, l’autre front, Paris, Éditions ouvrières, coll. « Cahiers du Mouvement social », 1977.

5 Voir l’Encyclopédie de la Grande Guerre sous la direction de Stéphane Audoin-Rouzeaud et Jean-Jacques Becker, parue en 2004, qui rend compte de la production historiographique des dix dernières années et qui ne comporte que deux contributions sur les aspects financiers : « Financer la guerre » (A. Plessis) et « Les Monnaies en déroute » (O. Feiertag) – et encore la seconde porte-t-elle davantage sur les conséquences de la guerre et sur les années vingt que sur la monnaie dans et pendant la guerre. La conclusion de l’Encyclopédie fait silence sur les aspects financiers et budgétaires. Même constat chez François Cochet et Rémy Porte (dir.), Dictionnaire de la Grande Guerre, 1914-1918, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2008, dans le Dictionnaire de la Grande Guerre de Jean-Jacques Becker (2013), dans Les 100 Mots de la Grande Guerre d’André Loez (2013), dans le Dictionnaire de la Grande Guerre de Jean-Yves Le Naour (2008)… Une seule entrée : « Économie de guerre ». Ce relatif désintérêt pour les organes financiers et pour la politique des finances publiques, qui ne laisse pas d’interroger et qui reproduit celui déjà constaté lors d’une autre grande commémoration nationale, le Bicentenaire de la Révolution française, se lit également dans l’agenda du Comité du Centenaire de la Grande Guerre, où les événements universitaires à contenu économique et financier restent minoritaires et n’existent que parce qu’ils sont soutenus par des initiatives institutionnelles (Banque de France, ministère des Finances, banques).

6 Pierre Renouvin, Les Formes du gouvernement de guerre, Paris, PUF, 1925 ; Fabienne Bock, « L’exubérance de l’État en France de 1914 à 1918 », dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 3, 1984, p. 44-51.

7 Voir en fin de volume la bibliographie, et notamment les travaux de Gaston Jèze sur les dépenses et les finances de guerre.

8 Nous empruntons ces deux termes à Alexandre Ribot, ministre des Finances de 1914 à 1917, dans Lettres à un ami, souvenirs de ma vie politique, Paris, Éditions Bossard, 1924, p. 116-118.





Auteur

Florence Descamps

Normalienne et agrégée d’histoire, Florence Descamps est maître de conférences en histoire à l’École pratique des hautes études (EPHE). Elle y anime un double séminaire sur la création et l’utilisation des témoignages oraux en histoire contemporaine et sur l’histoire du ministère des Finances au XXe siècle. Elle participe depuis 2005 au groupe de pilotage du séminaire Histoire de la gestion des finances publiques XIXe-XXe siècles et a codirigé la publication des deux premiers volumes des actes L’invention de la gestion des finances publiques. Élaborations et pratiques du droit comptable et budgétaire au XIXe siècle (1815-1914), http://books.openedition.org/igpde/1693 et Du contrôle de la dépense à la gestion des services publics de l’État, http://books.openedition.org/igpde/2886. Elle a publié de nombreux articles sur le ministère des Finances au XXe siècle et sur la réforme de l’État. Dernièrement, elle a publié « La RCB 1966-1971 : une première expérience managériale au ministère des Finances ? », in E. Godelier, M. Le Roux, G. Garel, A. David et E. Briot (dir.), Pensée et pratiques du management en France, Inventaire et perspectives 19e-20e siècles, 2011, consultable en ligne sur http://mtpf.mlab-innovation.net/fr/sommaire/chapitre-2/la-rcb-1966-1971-une-première-expérience-managériale-au-ministère-des-finances.html ; « Les inspecteurs des Finances et la réforme de la gestion publique au XXe siècle », in F. Cardoni, N. Carré de Malberg et M. Margairaz (dir.), Dictionnaire historique des inspecteurs des Finances 1801-2009, Paris, IGPDE/Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2012, p. 141-150, http://books.openedition.org/igpde/3568 et « Les techniciens des Impôts et la naissance d’une expertise fiscalo-financière : L’État moderne 1928-1939 », in F. Monnier et J.-M. Leniaud (dir.), Experts et décisions, Paris/Genève, Droz, 2013, p. 47-57.





Le ministère des Finances britannique et la gestion de la crise financière de 1914 en Grande-Bretagne – Improvisation et innovation





Richard Roberts




Note de l'auteur

Richard Roberts remercie plus particulièrement les nombreux archivistes qui l’ont aidé dans ses recherches, notamment à la Banque d’Angleterre, aux Archives nationales de Kew, et dans les principales banques britanniques, ainsi que ses assistants de recherche Anders Mikkelsen et Niall Mackenzie (note 1 dans l'ouvrage papier).



« Cette crise arriva de manière aussi inattendue qu’un coup de tonnerre dans un ciel sans nuages », raconta Hartley Withers, banquier d’affaires chez Seligman Brothers et futur rédacteur en chef du magazine The Economist, à propos de la crise financière de l’été 1914, alors en phase aiguë. « La violence de l’orage fut telle qu’aucun système financier n’aurait pu y résister2 ». La crise financière de 1914 prit totalement par surprise les banquiers, les courtiers et les opérateurs de marché londoniens, mais aussi la banque centrale et le ministère des Finances britanniques3. La Banque d’Angleterre, une société privée jouant le rôle de banquier de l’État, était chargée des questions de politique financière, notamment de la gestion de la livre sterling, première devise mondiale, et du marché de l’escompte (marché monétaire), ainsi que de la stabilité du système financier britannique au travers de son rôle de prêteur en dernier ressort en période de tensions financières. Située dans Threadneedle Street au cœur de la City, le quartier des affaires londonien, la banque centrale entretenait des relations étroites avec les établissements financiers et les marchés, malgré des relations souvent tendues avec les grandes banques commerciales au cours des années précédentes. Le gouverneur de la banque centrale était le porte-parole de la City auprès du gouvernement ; c’est par son intermédiaire que le ministère des Finances s’adressait à la City et aux banques.

À l’été 1914, le ministère des Finances britannique était un petit ministère d’élite très soudé, composé seulement de trente-trois administrateurs4. Fort de son statut de service le plus prestigieux de l’administration britannique, ce ministère avait attiré tous les meilleurs lauréats des concours de la fonction publique depuis 1906. Cinq de ses départements se consacraient au contrôle des missions et des dépenses de tous les autres services de l’administration centrale. Une sixième unité, le département des finances, qui regroupait la crème de la crème5, était chargée de la fiscalité, du financement de l’État, de la dette publique et des relations avec la Banque d’Angleterre. Le ministère des Finances était situé dans le quartier des administrations de Whitehall, à proximité du palais de Westminster.

La gestion de la crise financière de 1914 fut largement improvisée, étant donné que la Banque d’Angleterre, pas plus que le ministère des Finances, ne disposait d’un plan d’intervention d’urgence. Cela peut paraître surprenant au regard des importants préparatifs militaires, des tensions internationales et des conflits dans la région des Balkans qui avaient marqué les trois étés précédents. La Banque d’Angleterre ayant géré les crises financières de 1847, de 1857, de 1866 et de 1890, c’est d’abord elle qui se chargea d’« endiguer » la crise de 1914. Cependant, les outils à sa disposition se révélèrent bientôt inadéquats face à l’ampleur de la débâcle, et c’est le ministère des Finances qui dut prendre la relève pour poursuivre la mise en œuvre des mesures d’endiguement et de « résolution » de la crise6. Les dernières étapes de ce processus coïncidèrent avec les premières initiatives prises par les autorités pour mobiliser le système financier du pays et, ainsi, répondre aux besoins de financement de l’effort de guerre.





I. Déclenchement de la crise


La crise diplomatique qui allait aboutir à la Première Guerre mondiale commença par l’assassinat de l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand à Sarajevo, le 28 juin 1914. Les marchés londoniens reçurent la nouvelle avec une certaine indifférence. Cependant, l’ultimatum posé par l’Autriche à la Serbie le 23 juillet à dix-huit heures modifia la perception des risques d’éclatement d’un conflit majeur et déclencha des ventes massives de titres sur les Bourses européennes. « Les marchés ont rarement, si ce n’est jamais, connu une semaine, une analyse ou un samedi aussi difficiles », écrivit le rédacteur en chef du journal de la City, The Observer, le dimanche 26 juillet, sous le titre « La guerre assombrit les perspectives des marchés7 ». Mais le pire restait à venir : au cours de la semaine qui suivit – du lundi 27 juillet au samedi 1er août – les principaux marchés londoniens, à savoir le marché des changes, le marché de l’escompte et le marché des valeurs mobilières, s’effondrèrent.

En 1914, la lettre de change en livres sterling était le moyen de paiement international le plus courant8. La détention de lettres de changes en livres sterling était largement répandue à l’étranger, en faisant, selon les termes du banquier d’affaires Hans Sonne, de l’établissement Frederick Huth & Co., une « sorte de monnaie internationale » achetée et vendue par des banques du monde entier9. Les créanciers payés au moyen d’une de ces lettres pouvaient la revendre pour obtenir de la monnaie locale, et les personnes souhaitant régler une dette à Londres pouvaient le faire en achetant l’une de ces lettres. La crainte de la guerre déclencha une ruée sur les lettres de change en livres sterling à l’étranger, stratégie qui, selon Sonne, s’apparentait à « une “thésaurisation” internationale de la livre ». L’explosion de la demande de livres sterling produisit des déviations « absolument grotesques » par rapport à la parité-or de la devise ; à titre d’exemple, le taux de change de la livre sterling face au dollar connut une hausse vertigineuse le 23 juillet, passant de 4,88 $ à un taux nominal de 6,50 $, un « niveau inconnu jusqu’à ce jour10 ». Les règlements internationaux pouvaient également s’effectuer sous la forme de livraisons d’or ou de marchandises, mais ces échanges prenaient du temps à organiser et étaient fortement perturbés du fait de la désorganisation des transports maritimes et du secteur de l’assurance, liée au risque de guerre. En définitive, les opérations de paiement et de crédit entre Londres et les entreprises étrangères furent interrompues dès le lundi 27 juillet, ce qui représentait une menace pour de nombreuses sociétés financières de la City détenant d’importantes créances internationales.

L’émission et la négociation des lettres de change en livres sterling étaient assurées par le marché londonien de l’escompte (marché monétaire). Ces lettres, dont l’échéance était généralement de trois mois, servaient à financer le commerce international (effets de commerce), mais étaient également utilisées par les banques comme moyen de financement à court terme (effets financiers). Unique par son volume et sa liquidité, le marché de la livre sterling – un marché interbancaire de gré à gré fonctionnant en continu – était l’un des principaux facteurs expliquant le statut de centre financier international de premier ordre de Londres avant 1914 et la présence dans la capitale britannique, en 1913, de soixante et onze banques étrangères au travers de leurs succursales11. Les acteurs du marché de l’escompte étaient des banques et des maisons d’escompte, intermédiaires spécialisés qui agissaient en tant que courtiers et teneurs de marché pour les lettres de change. Ils bénéficiaient d’un accès privilégié à l’escompte (achat) de leurs portefeuilles de lettres de change détenus auprès de la Banque d’Angleterre. Les maisons d’escompte finançaient leurs portefeuilles de lettres de change en souscrivant auprès de banques nationales et étrangères des « prêts au jour le jour », adossés aux lettres de change. Le caractère négociable d’une lettre de change était renforcé lorsqu’elle était acceptée par un « accepteur », qui garantissait le paiement à l’échéance en cas de défaut du débiteur dans le cadre d’une transaction commerciale. Cette activité spécialisée de garantie d’instruments financiers était assurée par un ensemble de sociétés dénommées « maisons d’acceptation » (banques d’affaires), dont l’encours d’acceptations (lettres de change garanties) représentait, à la veille de la guerre, quelque 80 à 120 millions de livres sterling au total12. Les maisons d’acceptation disposaient, en regard de leurs obligations d’acceptation, de fonds propres modestes représentant un total de 20 à 30 millions de livres sterling en 191413.

Le marché de l’escompte connut un certain nombre de difficultés durant la dernière semaine de juillet, voyant son activité s’effondrer en raison de la pénurie d’acheteurs face au nombre croissant de vendeurs. Les maisons d’escompte furent frappées de plein fouet par les demandes des banques de rembourser les prêts qu’elles leur avaient accordés, ce qui les obligea à se financer auprès de la Banque d’Angleterre au moyen de l’escompte (vente de lettres de change) ou de l’avance de fonds (prêts garantis). Du fait de l’impossibilité pour les débiteurs étrangers de régler leurs dettes à l’échéance, les accepteurs se retrouvèrent eux aussi en difficulté car ils se voyaient dans l’obligation d’honorer leur engagement de payer les lettres de change parvenues à échéance. Le mercredi 29 juillet, Frederick Huth Jackson, associé principal de la grande banque d’acceptation Frederick Huth & Co. et porte-parole du secteur, confia à sir George Paish, rédacteur en chef de l’hebdomadaire économique The Statist, que sa propre société et sept autres, soit un tiers des principales maisons d’acceptation, étaient au bord du défaut de paiement car elles manquaient de liquidités pour honorer leurs obligations14. Le défaut d’un accepteur présentait un risque de contrepartie majeur en invalidant la garantie accordée sur toutes les lettres de change qu’il avait acceptées, dont le montant représentait généralement trois à six fois les apports des associés, et en déstabilisant le bilan des banques qui détenaient ces lettres. L’ampleur du défaut envisagé par Huth Jackson faisait craindre la destruction des actifs financiers généralement considérés comme les moins spéculatifs et la contagion aux autres sociétés financières de la City et aux banques commerciales – un désastre sans précédent.

La Bourse de Londres était le premier marché des valeurs mobilières en termes de volume de transactions et de liquidité. Les cours commencèrent à plonger à partir du lundi 27 juillet, entraînés par des ventes massives de titres15. L’activité était réduite au minimum, rapporta le Financial News, parce que les « contrepartistes refusaient d’acheter ; il n’y avait pas de marché16 ». Les sociétés financières finançaient leurs activités en souscrivant des prêts au jour le jour auprès des banques, leur dette totale s’élevant à 81 millions de livres sterling à l’été 191417. Ces prêts à très court terme étaient garantis par les titres qu’ils permettaient de financer, auxquels s’ajoutait un élément de marge. Les titres donnés en nantissement étaient régulièrement valorisés au prix du marché et les sociétés devaient, en cas de baisse des cours, augmenter la marge de garantie ou rembourser le prêt (en vendant des titres). Ces sociétés londoniennes, qui exerçaient une part importante de leur activité à l’international, détenaient des créances substantielles sur des clients étrangers, lesquels étaient incapables de payer du fait de l’interruption des transferts de fonds et de l’imposition d’un moratoire sur les paiements à l’étranger. Sept sociétés firent défaut le mercredi 29 juillet, et quatre autres le jeudi 3018. Le soir même, quarante sociétés importantes du secteur firent pression sur la Commission de la Bourse de Londres pour obtenir la suspension des transactions, arguant qu’elles étaient au bord du défaut de paiement19. À dix heures trente le vendredi 31 juillet, toutes les transactions furent suspendues à la Bourse de Londres, une première pendant les heures d’ouverture20. La fermeture de la Bourse protégeait les sociétés en retardant la date de règlement programmée et en interrompant la chute des cours grâce à la suspension des cotations21.





II. Endiguement de la crise, acte I – prêteur en dernier ressort


En 1914, le rôle de la Banque d’Angleterre en tant que chef des opérations en cas de crise à la City et en tant que prêteur en dernier ressort était bien établi. Trois préceptes-clés étaient alors en vigueur : prêter sans limitation, en échange de garanties solides et à un taux d’intérêt pénalisant. Si la pression sur les ressources de la Banque devenait trop forte, le gouverneur pouvait demander la suspension de la loi bancaire de 1844 (1844 Bank Charter Act), comme cela avait été le cas lors des crises de 1847, 1857 et 1866. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre en 1914, Walter Cunliffe, fut décrit par le spécialiste de l’histoire des banques sir John Clapham comme « un homme d’affaires anglais charismatique, courageux et audacieux, ayant une bonne connaissance de la City, mais pas un stratège financier22 ». Cunliffe répondit à la demande irrationnelle de liquidités en triplant les escomptes et les avances accordées par la banque centrale, qui passèrent de 12 millions de livres sterling le vendredi 24 juillet à 37 millions le mercredi 29. Ce même jour, il assura au ministère des Finances que la banque centrale « avait la situation en main » et que « sa position était on ne peut plus solide23 ». Le jeudi, jour où se prennent habituellement les décisions de modification du taux directeur (taux d’intérêt à court terme), Cunliffe releva le taux de 3 % à 4 %, ignorant superbement le principe du taux pénalisant. Le Financial Times qualifia cette mesure très modérée de « rassurante, puisque la décision prouve que les conseillers de la Banque d’Angleterre ne jugent pas la situation encore assez grave pour nécessiter l’adoption de mesures d’exception visant à protéger les réserves d’or du pays24 ».

Tandis que Cunliffe conservait son flegme, les banques et le public commencèrent à perdre le leur. Les banques craignaient une possible ruée sur les dépôts puisque, comme le déclara au ministre des Finances sir Edward Holden, le directeur exécutif de la deuxième plus grosse banque du pays, la London City and Midland Bank, près de sept huitièmes de l’actif du bilan des banques étaient « gelés », tandis que la majeure partie du passif consistait en dépôts à vue25. Le jeudi 30 juillet, Henry Bell, le directeur général de la plus grosse banque britannique, la Lloyds Bank, prévint Paish qu’une ruée générale sur les banques était en cours26. Quoique très certainement exagérée, cette impression était largement partagée par les banquiers et d’autres acteurs, dont le ministre des Finances. Pour conserver leurs réserves de souverains or (équivalant à 1 livre sterling), qui étaient la principale pièce de monnaie en circulation, les banques commencèrent à payer les déposants effectuant des retraits principalement en billets de la Banque d’Angleterre. Cependant, la plus petite valeur faciale qui existait pour ces billets était de 5 livres sterling (l’équivalent de 400 livres sterling d’aujourd’hui), ce qui rendait ces billets inutilisables pour les transactions quotidiennes. Les banques déclarèrent vouloir empêcher la thésaurisation de l’or par le public ; à un client qui avait réclamé 1 000 livres sterling en souverains, et auquel on n’en avait donné que dix sous cette forme, plus neuf cent quatre-vingt-dix en billets, un guichetier de la banque avait déclaré : « S’il faut thésauriser, nous le ferons nous-mêmes27. » C’est précisément ce que les critiques accusèrent les banques de faire, leur reprochant, par cette pratique, d’accroître la panique et de freiner le commerce en accentuant la grave pénurie de liquidités.

Paish évoqua la suite de sa conversation avec Bell dans les termes suivants :

« Je me précipitai vers la Banque d’Angleterre et vis une immense file de gens qui attendaient pour convertir leurs billets en monnaie sonnante et trébuchante… des centaines et des centaines de personnes attendant aussi patiemment que possible pour voir si leur argent était toujours en sécurité28 ! »



Le journal des affaires quotidien de la maison d’escompte Smith St Aubyn relevait :

« Les gens commencent vraiment à s’inquiéter et se ruent vers la Banque d’Angleterre pour convertir leurs billets en or. Les activités d’escompte ont pratiquement cessé29. »



Entre le jeudi 30 juillet et le samedi 1er août, cinq mille personnes apportèrent leurs billets de 5 livres sterling pour les convertir en or, formant d’interminables queues qui donnaient l’impression malheureuse d’une ruée sur la banque centrale30. Ces événements contribuèrent à faire baisser de manière alarmante les réserves d’or de la banque, qui passèrent de 26 millions de livres sterling le mardi 27 juillet à 14 millions le samedi 1er août31. « Dans tout le pays, les banques font l’objet d’une ruée massive, pouvait-on lire dans le registre des dépôts et des retraits de la Hoare’s Bank, tout le monde cherchant à se constituer des réserves d’or32 ».

La fermeture de la Bourse, qui intervint le vendredi 31 juillet, renforça les inquiétudes des banques, car la « forte contraction du crédit » ainsi provoquée rendait irrécouvrables leurs prêts au jour le jour aux sociétés financières, et illiquides leurs portefeuilles de titres33. Sans état d’âme, les banques se mirent à exiger immédiatement des maisons d’escompte qu’elles remboursent leurs prêts, ce qui obligea ces dernières à emprunter massivement auprès de la banque centrale : le vendredi 31 juillet, les escomptes et avances passèrent de 38 millions à 63 millions de livres sterling, soit une hausse brutale de 62 % en un seul jour34. « Submergé, pour ainsi dire », par les lettres de change, le bureau d’escompte de la banque centrale releva continuellement, jusqu’à atteindre 10 %, le taux auquel il escomptait les lettres, rendant impossible le maintien du taux directeur officiel de 4 %, lequel fut porté, vers quatre heures de l’après-midi, à 8 %, afin de le mettre « plus ou moins en accord avec le taux pratiqué par la banque centrale35 ». « Inutile de préciser que cette mesure sensationnelle est sans équivalent, observa le Sunday Times, mais la semaine passée a été marquée par tant de records que l’annonce n’a provoqué aucune réaction de panique36 ». En effet, cette mesure fut reçue comme « le signe de la détermination de la Banque d’Angleterre à protéger les réserves d’or du pays », et accueillie comme « inévitable37 ». Cependant, rien de tout cela ne suffisait à rassurer les maisons d’escompte ; le chroniqueur financier de l’Observer écrivit que « de nombreux courtiers en lettres de change et d’autres acteurs du marché étaient si excités vendredi après-midi qu’ils en devenaient souvent incohérents38 ». « Un bien mauvais jour, consigna Smith St Aubyn dans son carnet de notes quotidien. Cela ressemble à de la panique. Toute activité est suspendue39. »

Ce vendredi 31 juillet en milieu d’après-midi, Cunliffe rendit visite à David Lloyd George, le ministre des Finances du gouvernement libéral, et lui demanda de suspendre la loi bancaire de 1844. Cela délivrerait la banque centrale de son obligation légale d’échanger ses billets contre des souverains et lui permettrait d’imprimer des billets au-delà de la limite prévue par ses statuts pour répondre au besoin urgent de liquidités du système financier. Convoqués par le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque d’Angleterre, les représentants des principales banques eurent de vifs échanges avec Cunliffe, lequel, appuyé par les fonctionnaires du ministère des Finances, critiqua violemment l’attitude des banques commerciales qui obligeaient les maisons d’escompte et les déposants à se tourner vers la banque centrale. Le Premier ministre et ex-ministre des Finances Herbert Asquith se joignit à la réunion, mais les banquiers refusèrent de mettre fin à leur politique de rétention des souverains or.

Les événements extraordinaires se poursuivirent le samedi, avec la fermeture de la National Penny Bank, une banque d’épargne londonienne forte de 14 succursales et 145 000 déposants. Tandis que le pays était au bord du conflit, Cunliffe entra en guerre contre les banques. Il commença par refuser de réescompter les effets des maisons d’escompte, ce qui signifiait pour ces dernières qu’elles n’étaient plus en mesure de satisfaire les demandes des banques de rembourser leurs prêts au jour le jour. Ce samedi fut néanmoins à nouveau marqué par une hausse substantielle des escomptes et avances de la banque centrale. Ils passèrent de 63 millions à 72 millions de livres sterling, se rapprochant du chiffre de 100 millions de livres sterling, le montant total estimé des prêts au jour le jour dus aux banques par les maisons d’escompte40. « Un samedi vraiment terrifiant, écrivit Smith St Aubyn dans son carnet de notes. Le pire jour que nous ayons jamais connu depuis le début des affaires41. »

Tandis que des files interminables continuaient de se former devant la banque centrale, Cunliffe retourna au ministère des Finances pour y récupérer la lettre autorisant la suspension de la loi bancaire. Comme lors des précédentes suspensions, le Premier ministre et le ministre des Finances précisèrent que le taux directeur de la Banque devait être porté à 10 %42. L’économiste de Cambridge John Maynard Keynes, 31 ans, critiqua violemment le « relèvement brutal » du taux directeur, de même que Withers, qui condamna cette hausse « vertigineuse » qui « venait fort mal à propos jouer avec les nerfs du public […] au seul motif de reproduire sans réfléchir une pratique d’un autre temps43. » Ce jour-là, alors que les ratios financiers de la Banque d’Angleterre étaient complètement chamboulés, que le gouverneur était en conflit ouvert avec les banques, que les responsables politiques fixaient le taux directeur et que le ministre des Finances négociait directement avec les banquiers, la gestion de la crise fut retirée à la banque centrale pour être confiée au ministère des Finances.





III. Endiguement de la crise, acte II – moratoire et billets du ministère des Finances


David Lloyd George, le ministre des Finances, prit donc la direction des opérations d’endiguement de la crise financière, alors qu’il était déjà fortement impliqué dans la réponse du gouvernement à la crise diplomatique internationale en cours. Quoique ministre des Finances depuis sept ans, Lloyd George n’avait, à l’âge de 52 ans, « jamais vu une lettre de change et ne savait pas grand-chose, sinon rien, des mécanismes complexes et délicats de régulation du commerce international44 ». Il impressionna cependant ses conseillers et les commentateurs par son assimilation rapide d’informations complexes et son audace financière. William Lawson, un ancien rédacteur en chef du Financial Times, écrivit que la City et le pays étaient chanceux d’avoir « un ministre des Finances prodigue n’hésitant pas à recourir à des outils non conventionnels » au lieu d’un ministre des Finances orthodoxe qui aurait pu « vraiment tarder » à prendre des mesures audacieuses pour faire face à la crise45. Le principal architecte des mesures mises en œuvre par le ministère des Finances fut le directeur général du ministère des Finances (Permanent Secretary) sir John Bradbury, 41 ans. Il était assisté de Malcolm Ramsay, 43 ans, chef de la première division, de Basil Blackett, 32 ans, chef de service (principal clerk), et de quatre fonctionnaires subalternes. L’âge moyen de ces sept agents ne dépassait pas 34 ans.

Le ministre des Finances pouvait également s’appuyer sur un certain nombre de conseillers personnels et secrétaires d’État. Sir George Paish, qui jouait le rôle de conseiller économique officieux de Lloyd George depuis 1909 et avait été fait chevalier à ce titre en 1912, fut immédiatement nommé conseiller spécial du ministère des Finances46. Lord Reading, le Lord Chief Justice, agissait en tant que « ministre des Finances suppléant », en aidant plus particulièrement à la rédaction des mesures d’urgence47. Walter Cunliffe, le gouverneur de la banque centrale, fut nommé baron en remerciement de ses bons et loyaux services. Parmi les secrétaires d’État, Edwin Montagu, le secrétaire financier au ministère des Finances, fut celui qui joua le rôle le plus important48. Dans une notice nécrologique, ce dernier fut qualifié de « bras droit » de Lloyd George pendant la crise, mais ce n’est pas ainsi que Montagu se percevait à l’époque, lui qui écrivit à sa mère, dans la nuit du samedi 2 août :

« Je ne suis rien de plus que le commis de cuisine du gouvernement et de la City. Les mouvements de panique se succèdent, un télégramme du ministère des Affaires étrangères tombe toutes les heures, l’espoir s’évanouit, puis renaît pour mieux être anéanti à nouveau : pas la moindre lueur à l’horizon49… »



À partir du samedi 1er août, le ministre des Finances et ses conseillers tinrent en continu pendant plus d’une semaine une réunion de crise dans les locaux du ministère des Finances, convoquant tour à tour banquiers et hommes d’affaires, selon les besoins. Les premières mesures d’endiguement de la crise, au-delà de l’activité de prêteur en dernier ressort, consistèrent à décréter plusieurs moratoires pour reporter, selon différentes modalités toutes inédites en Grande-Bretagne, les obligations de paiement à une date ultérieure. Le premier des coupe-feu instaurés fut la fermeture de la Bourse, décidée à l’instigation des acteurs du marché. Le gouvernement décréta ensuite deux autres moratoires d’urgence. Les inquiétudes concernant la solvabilité des maisons d’acceptation au moment de la réouverture des marchés, en raison de l’interruption des transferts de fonds depuis l’étranger, incitèrent le gouvernement à proclamer le dimanche soir un moratoire d’un mois sur le paiement des lettres de change. Le lundi 3 août se trouvait être le jour de la fermeture annuelle estivale des banques et des marchés financiers britanniques. Le lundi, ainsi que le mardi, le mercredi et le jeudi furent déclarés fériés pour les banques, afin de laisser avec cette fermeture inédite de quatre jours du temps pour « la réflexion et les conseils avisés50 ».

La priorité était d’empêcher une ruée sur les banques lorsqu’elles rouvriraient le vendredi 7 août. Tel était le principal objectif des deux grandes mesures d’endiguement de la crise adoptées par le ministère des Finances : le « moratoire général » et l’introduction de billets du ministère des Finances. Le moratoire général prévoyait que le paiement de toute dette contractée ou de tout dépôt effectué avant le 4 août puisse être reporté d’un mois, à l’exception des salaires, des pensions et des impôts. Cunliffe jugea que le moratoire général constituait un obstacle inutile au commerce, mais les banquiers insistèrent ; « ils réclamaient un maximum de sécurité, rapporta Clapham, et c’est ce qu’ils obtinrent51 ». La mesure permettait aux banques de refuser en toute légalité la restitution des dépôts pour empêcher une ruée sur les banques ou la thésaurisation des pièces par les déposants. Elle protégeait aussi les entreprises qui subissaient une pression financière de circonstance liée à l’imminence de la guerre.

« À la fin du mois de juillet 1914, tout Londonien à qui l’on aurait demandé la signification du mot “moratoire” aurait répondu qu’un tel mot n’existait pas, observa Withers. Il aurait aussi pu répondre qu’il s’agissait d’une énorme bête à fourrure pourvue de longues défenses, éteinte depuis fort longtemps. S’il était exceptionnellement bien informé en matière de finances, il aurait répondu qu’il s’agissait d’une sorte de mécanisme utilisé dans les pays économiquement sous-développés pour contourner les règles de la propriété privée52. »

La thésaurisation de monnaie métallique par le public et par les banques perturbait les paiements quotidiens et l’activité économique. La solution consistait à émettre du papier-monnaie avec une faible valeur faciale, comme cela existait déjà au Canada et en Écosse. Le fait que le plus petit billet en circulation en Angleterre et au pays de Galles ait une valeur faciale de 5 livres sterling était le résultat d’une décision politique qui faisait suite à la crise financière de 1825, et illustrait une conséquence imprévue d’une réforme financière en principe prudentielle. La question était de savoir si ces billets de faible valeur devaient être émis par la Banque d’Angleterre ou par le ministère des Finances. « Après une discussion très animée, nous sommes parvenus à la conclusion que, tout bien pesé, il valait mieux un billet émis par le gouvernement et bénéficiant de la garantie du gouvernement », déclara Lloyd George au Parlement53. Plusieurs raisons justifiaient cette préférence donnée aux billets du ministère des Finances : 1) le prélèvement régalien – comme le faisait observer Lloyd George, cette solution présentait « un avantage pour le gouvernement du point de vue des recettes » – ; 2) les billets du ministère des Finances pourraient être acceptés en Écosse et en Irlande ; 3) le service d’émission de la banque centrale n’était pas en mesure de respecter le délai requis54. Néanmoins, Cunliffe se déclara très insatisfait de « ce petit arrangement », et Lloyd George nota le « profond mécontentement » du gouverneur55.

L’autre avantage d’une émission de billets par le ministère des Finances était de rendre inutile la suspension de la loi bancaire ; malgré la lettre remise au gouverneur, la loi ne fut donc jamais suspendue. Cette suspension aurait entraîné une sortie de l’étalon-or. Les fonctionnaires du ministère des Finances étaient déterminés à rester, dans la mesure du possible, dans l’étalon-or du fait du statut de monnaie de réserve internationale de la livre sterling comme de son rôle pour le commerce britannique, et, avec un grand sens de l’anticipation, au cas où le pays devrait emprunter à l’étranger pour financer son effort de guerre. Le ministre des Finances déclara devant le Parlement qu’il était « fier d’annoncer » qu’après « un examen minutieux », il avait été décidé « qu’il n’était pas nécessaire de suspendre les paiements en numéraire ». En réalité, Lloyd George était initialement favorable à la suspension de la convertibilité de la livre sterling en or, prônée par les banquiers pour favoriser la diffusion des billets de banque et empêcher la fuite de l’or à l’étranger. Paish et Keynes rédigèrent des notes sur la suspension de la convertibilité de la livre sterling, ce dernier étant arrivé au ministère des Finances depuis Cambridge le dimanche 2 août, conduit en motocyclette par son beau-frère56. Keynes présenta des arguments convaincants contre la suspension.

« Je viens d’apprendre qu’ils estiment que j’ai joué un rôle important dans la décision de ne pas suspendre les paiements en numéraire, écrivit-il à son père le 6 août, car c’est ma note [qui] a fait changer d’avis Lloyd George57 ».



Après avoir défini une stratégie – le moratoire général plus l’émission de billets du ministère des Finances, Lloyd George sollicita les commentaires et les conseils pratiques de banquiers et d’hommes d’affaires à l’occasion d’une série de « conférences » qu’il organisa au ministère des Finances. À l’invitation de Lloyd George, le député Austen Chamberlain, 51 ans, ministre des Finances du précédent gouvernement conservateur, participa à ces conférences et en assura la présidence lors des absences de Lloyd George58. Le mardi 4 août, le ministre des Finances et son entourage examinèrent avec des banquiers et des hommes d’affaires la proposition de moratoire général et ses conséquences sur l’activité des banques, le commerce et l’industrie59. À onze heures du soir, c’est-à-dire quelques heures à peine après la fin de cette réunion, la Grande-Bretagne entra en guerre contre l’Allemagne. Les conférences du mercredi 5 et du jeudi 6 août se concentrèrent sur les billets du ministère des Finances. Les banquiers protestèrent contre le taux de nantissement de ces billets, aligné sur le taux directeur de la banque centrale. Lloyd George fit taire les protestations en annonçant que le taux directeur serait abaissé le vendredi 7 août, depuis son niveau de crise actuel de 10 % jusqu’à 6 % d’abord, puis 5 % « si tout se passait bien ». À l’occasion d’une pause dans les discussions, alors que les banquiers s’entretenaient à l’extérieur de la salle de réunion, Lloyd George s’inquiéta de ce que des banques « qui battaient de l’aile » pussent chercher à « exploiter » le dispositif en empruntant plus qu’elles ne le devaient.

« Si tel le cas, ce n’est pas un problème pour nous, répondit Cunliffe. Nous devons les aider à surmonter leurs difficultés. Nous ne pouvons pas nous permettre d’abandonner une seule banque dans le pays, si petite soit-elle60. »



Pendant les quatre jours de fermeture exceptionnelle des banques, les responsables politiques et la presse firent campagne contre « la thésaurisation frénétique », dénoncée comme un acte « stupide et antipatriotique », voire « malveillant61 ». « Alors que les banques rouvraient leurs portes, le public n’a manifesté aucun signe d’inquiétude », rapporta The Globe, un quotidien londonien, dans son édition du soir. « Le public, qui exigeait de l’or contre des billets vendredi dernier, réclame désormais des billets contre de l’or62. » Cet après-midi-là, Lloyd George déclara devant le Parlement que les banques des quatre coins du pays faisaient état d’une situation « parfaitement satisfaisante63 ».

« Je pense qu’il faut féliciter le ministre des Finances, répondit Chamberlain, ainsi que l’ensemble de nos concitoyens. Je m’étais aventuré à dire, il y a deux jours, que s’ils gardaient la tête froide, nos concitoyens en sortiraient sains et saufs. Le public a su garder son sang-froid. »





IV. Résolution de la crise, acte I – relance du marché de l’escompte et recapitalisation des banques


Après la réouverture des banques, le ministère des Finances focalisa son attention sur la relance des marchés financiers. Celle-ci passait impérativement, pensait-il, par un redémarrage du marché de l’escompte. Le principal obstacle, tel qu’il était perçu début août, était le volume important de lettres de change émises avant la guerre dont le paiement avait été suspendu, non liquides et d’une valeur incertaine – les « actifs toxiques » de l’époque. Encombrant les bilans des banques et des maisons d’escompte, elles empêchaient l’octroi de nouveaux crédits64. Le règlement d’un grand nombre de ces lettres de change en souffrance, évaluées à 350 millions de livres sterling au total, impliquait des transferts de fonds depuis l’étranger, parmi lesquels entre 100 et 140 millions de livres sterling dus par des entreprises d’Allemagne, d’Autriche et de Russie, dont le paiement était impossible ou improbable65. Cependant, l’idée générale était que la guerre serait de courte durée et que le problème était davantage une question de liquidité que de solvabilité.

« La plupart de ces lettres de change sont saines, et si la machine du crédit repartait, on trouverait bientôt le moyen de les honorer, déclara Paish à Lloyd George le jeudi 6 août. Tout ce qu’il faut, c’est un mécanisme et des moyens pour conserver ces lettres jusqu’à ce que nous recevions l’argent nécessaire à leur règlement66. »



Un « mécanisme de stockage à froid », comme le qualifia le ministre des Finances, original et audacieux fut lancé le jeudi 12 août. L’objectif était « de faire repartir le marché […] afin de se débarrasser de ce cauchemar épouvantable qu’étaient devenues les lettres de change en suspens67 ». Le plan était « d’une simplicité désarmante », écrivit le Financial Times : la Banque d’Angleterre, agissant en qualité de représentant de l’État et bénéficiant de sa garantie en cas de pertes, escompterait (rachèterait) les lettres de change à leurs détenteurs68. L’usage voulait que la Banque n’escompte que les effets commerciaux « de qualité supérieure », mais l’éligibilité fut élargie au maximum69. « En pratique, la Banque abaissa ses exigences pour englober les effets de second, voire de troisième rang », fit observer Lawson70. Argument séduisant pour les vendeurs, qui étaient principalement des banques et des maisons d’escompte, la banque centrale renonçait dans ce mécanisme à son droit de se retourner contre le vendeur en cas de non-paiement du débiteur, ce qui signifiait qu’elle couvrait intégralement les banques contre tout risque.

Le mécanisme de stockage à froid « stupéfia » la City et fut salué « de manière quasi extatique » par la presse comme un « coup de génie financier71 ». « Un exemple frappant de la manière dont la solidarité de l’État à l’égard de la finance, du commerce et de l’industrie peut s’exprimer de manière concrète en cas d’urgence », fut le verdict du Financial News, qui qualifia le ministre des Finances de « véritable trésor national72 ».

« Il ne fait aucun doute que le ministre des Finances jouit d’une extrême popularité à la City, observa le chroniqueur financier très bien informé du Sunday Times73. Dire que cette mesure est sans précédent ne rend pas véritablement justice à son caractère exceptionnel, car elle repose sur des principes totalement nouveaux, jamais appliqués dans ce pays ni dans aucun autre. Dans les faits, elle rend quasiment la nation responsable du financement de son commerce international74. »



The Economist s’inquiéta quant à lui du fardeau potentiel pour les contribuables, prévenant que la « mesure extraordinaire » prise par le ministre des Finances dans l’intérêt des banques et des maisons d’escompte, « avec l’espoir de relancer indirectement le commerce et le crédit », pourrait, selon ses calculs, coûter au public entre 50 et 200 millions de livres sterling selon la durée de la guerre75.

Les banques se précipitèrent pour vendre leurs lettres de change à la Banque d’Angleterre, qui escompta pour 9 millions de livres sterling le premier jour76. « La pression sur la banque centrale fut telle qu’il lui devint presque matériellement impossible de traiter la masse de lettres de change qui lui était présentée quotidiennement », rapporta le Bankers’ Magazine77. Au total, le montant des rachats par la Banque représenta 133 millions de livres, soit plus d’un tiers du marché de l’escompte. L’injection de liquidités dans le système financier avec la garantie du contribuable dépassa le montant agrégé des capitaux propres des soixante-six banques commerciales et des trois grandes maisons d’escompte du Royaume-Uni, évalué à 119 millions de livres sterling, ce qui représentait 11 % du 1,2 milliard de livres sterling d’actifs du bilan combiné de ces banques78. Cette intervention de l’État dans le système financier, à hauteur de 72 % des dépenses de l’administration centrale pour l’année 1913 et de 5,8 % du PIB, était d’une ampleur sans précédent79.

Malgré « l’intervention héroïque » du ministre des Finances, l’activité du marché de l’escompte resta au point mort.

« Au bout d’un certain temps, il est devenu manifeste que le simple fait de permettre aux détenteurs de lettres de change d’avant le moratoire (d’avant-guerre) de s’en débarrasser en les escomptant ne suffisait pas, écrivit The Statist. Ceux dont c’était habituellement le rôle d’accepter les lettres de change étaient si alarmés par la Grande Guerre qui leur était soudainement tombée dessus qu’ils n’osaient plus remplir leurs fonctions normalement80. »



Devant l’éventualité de subir des pertes d’un montant indéterminé à une échéance incertaine, les maisons d’acceptation ne se hasardaient plus à prendre de nouveaux engagements, et lorsqu’elles s’y risquaient, leur acceptation ne constituait plus une garantie valable pour les acheteurs.

La réponse du ministère des Finances consista à lancer, le 4 septembre, un nouveau dispositif de prêts aux maisons d’acceptation garantis par l’État81. Couverte par la garantie de l’État en cas de pertes, la Banque d’Angleterre avança des fonds aux accepteurs pour leur permettre d’honorer leurs obligations relatives aux lettres de change parvenues à échéance qu’ils avaient garanties, mais pour lesquelles ils n’avaient reçu aucun paiement de la part des débiteurs. Un grand nombre de ces lettres concernaient des sommes dues par des débiteurs étrangers et avaient été rachetées par la banque centrale dans le cadre du mécanisme de stockage à froid. Le remboursement des prêts consentis aux maisons d’acceptation fut reporté à un an après la fin de la guerre. Au total, 74 millions de livres sterling furent avancés aux maisons d’acceptation dans le cadre de ce dispositif, ce qui représentait des engagements significatifs en regard des 20 à 30 millions de capitaux propres des sociétés concernées et comportait des risques substantiels pour les contribuables82.

« Quoi que l’on puisse penser, en termes de sagesse ou autre, de cette mesure prise par le gouvernement, observait prudemment le Bankers’ Magazine, il ne fait aucun doute que son caractère exceptionnel ainsi que sa mise en œuvre rapide et courageuse resteront dans l’histoire des finances comme l’un des aspects les plus remarquables de la crise financière mondiale occasionnée par la guerre83 ».



Après avoir initialement accepté les fonds proposés avec enthousiasme, les maisons d’acceptation se rendirent rapidement compte qu’il était moins onéreux de souscrire un emprunt auprès d’une banque plutôt que de verser à la Banque d’Angleterre les 7 % d’intérêts prévus par le dispositif de prêt (taux directeur de 5 % + 2 % de prime). Aussi les maisons d’acceptation remboursèrent-elles massivement les prêts que la banque centrale leur avait accordés. En août 1915, grâce à la reprise des paiements depuis l’étranger, le montant total des fonds consentis avec la garantie de l’État, c’est-à-dire à la fois 1) les lettres de changes rachetées par la banque centrale dans le cadre du mécanisme de stockage à froid et 2) les avances accordées aux maisons d’acceptation par la Banque d’Angleterre, avait significativement diminué, passant de 207 à 39 millions de livres sterling84.

En dépit des dispositifs audacieux et innovants mis en œuvre par le ministère des Finances pour relancer le marché de l’escompte, la circulation des effets commerciaux ne représentait, fin octobre, que 5 % de son niveau d’avant-guerre85. En 1915, le sentiment général était que la reprise d’une « activité normale » devrait attendre la fin de la guerre86. Au départ, la chute de l’activité fut attribuée à « la réduction drastique des échanges nationaux et internationaux due à la guerre […], les difficultés du marché des lettres de change étant le symptôme, et non la cause. Le marché des lettres de change ne peut pas générer des échanges qui n’existent pas, et l’absence d’effets de commerce témoigne simplement de l’absence de commerce87 ». Lorsque les échanges internationaux reprirent, après la période d’effondrement initiale des débuts du conflit, les commerçants et les banquiers étrangers se tournèrent vers d’autres moyens de paiement que la lettre de change tirée sur Londres. Cette tendance toucha également le commerce britannique, les observateurs rapportant dès octobre 1914 que, de manière générale, les échanges « s’effectu[ai]ent désormais sans le concours des lettres de change en livres sterling88 ». En outre, l’administration devenait peu à peu « le principal acheteur de tout ce qui se vendait » et effectuait ses opérations « en numéraire » plutôt qu’avec des lettres de change89. Aussi audacieux et inventifs qu’étaient le mécanisme de stockage à froid et les prêts aux maisons d’acceptation, ces mesures répondaient à des besoins correspondant à un mode de fonctionnement en passe d’être remplacé par une nouvelle manière de faire du commerce.





V. Résolution de la crise, acte II – marché des changes, moratoire général et Bourse des valeurs mobilières


Une commission des changes des banques anglaises et étrangères fut établie le samedi 8 août. Apportant son expertise aux autorités, elle fut à l’origine de la réapparition des taux de change officiels le 25 août. La Banque d’Angleterre lança le lundi 10 août un nouveau dispositif visant à surmonter les difficultés d’approvisionnement en or dues à la guerre90. Les personnes déposant de l’or auprès du ministère des Finances canadien à Ottawa se voyaient accorder une ligne de crédit en livres sterling auprès de la Banque d’Angleterre, qu’elles pouvaient utiliser pour honorer leurs obligations à Londres. Des accords similaires furent bientôt mis en place avec l’Afrique du Sud, l’Inde, la Nouvelle-Zélande et l’Australie91. Entre le 12 août et le dernier dépôt le 16 décembre, l’établissement d’Ottawa encaissa 286 dépôts d’or pour un total de 105 millions de dollars canadiens (21 millions de livres sterling).

Cependant, dans un premier temps, le taux de change de la livre sterling face au dollar évolua peu, incitant le gouvernement britannique à dépêcher Paish et Blackett en Amérique au mois d’octobre pour négocier avec le Département du trésor et les banquiers américains la reprise des paiements entre l’Angleterre et les États-Unis. « Pendant ce temps, observa Lawson, l’évolution naturelle des choses et une certaine dose de patience avaient permis à la livre sterling de retrouver son cours normal92 ». Différents facteurs, en tête desquels les transferts de fonds reçus d’Ottawa, la reprise des exportations de coton vers la Grande-Bretagne et le début de l’approvisionnement des forces alliées, firent remonter le taux de change de la livre sterling face au dollar vers sa parité-or, soit 1 £ pour 4,86 $. En janvier 1915, avec un taux de change de la livre sterling face au dollar et aux principales monnaies de l’Empire à un niveau « quasi normal », le ministère des Finances publia une déclaration indiquant que la situation des changes ne nécessitait « plus d’intervention de la part du gouvernement93 ».

« Parmi toutes les mesures d’urgence expérimentées aux premières heures fébriles de la crise financière, le moratoire est celle qui causa le plus de perturbations pour les entreprises », déclara Lawson94. Potentiellement, les dispositions du moratoire général étaient si restrictives qu’une application stricte aurait paralysé l’activité économique, mais dans les faits, les banques et les entreprises l’appliquèrent avec circonspection95. Il provoqua néanmoins d’importantes difficultés de trésorerie pour les entreprises, car celles-ci étaient obligées de verser les salaires et d’acquitter les impôts alors qu’elles ne recouvraient aucune de leurs créances. Le ministère des Finances reçut de nombreuses plaintes au sujet du moratoire, mais aussi du comportement des banques.

Le 19 août, le gouvernement fit parvenir à dix mille entreprises un questionnaire comportant les questions suivantes : 1) « Les services bancaires actuellement disponibles sont-ils raisonnablement comparables à ceux d’avant-guerre ? » et 2) « Êtes-vous favorable à la levée du moratoire expirant le 4 septembre ou à son maintien ? ». Étonnamment, 86 % des entreprises interrogées se déclarèrent satisfaites des services bancaires. Quant à l’avenir du moratoire, 4 653 entreprises étaient favorables à sa levée et 3 603 à son maintien. L’analyse des résultats montre que les entreprises industrielles et les commerçants de gros et de détail souhaitaient la levée du moratoire, tandis que les entreprises du secteur financier et les exportateurs souhaitaient son maintien96. Malgré les résultats de l’enquête, le ministre des Finances reconduisit deux fois le moratoire en raison des inquiétudes exprimées au sujet du système financier ; finalement, ce dernier expira tranquillement le 4 novembre97.

« Bien qu’il ne s’agît pas de la principale difficulté pour le ministère des Finances et les banquiers de la City, la question de la Bourse des valeurs était de loin la plus complexe », observa Lawson98. Du fait de cette complexité, le plus simple était de prolonger sa fermeture, tandis que ses représentants faisaient pression sur le gouvernement pour obtenir un soutien financier du même ordre que celui accordé aux banques. Le principal problème était l’encours des prêts au jour le jour accordés par les banques aux sociétés financières, représentant un total de 81 millions de livres sterling99. La levée du moratoire général menaçait ces sociétés d’une faillite générale, puisque la fermeture de la Bourse les empêchait de vendre des titres pour lever des fonds et rembourser leurs dettes. Le ministère des Finances fit pression sur les banques pour obtenir une contrepartie à la mise à disposition des billets du ministère des Finances et au mécanisme de stockage à froid. Les banquiers décidèrent donc, selon l’expression de l’un d’entre eux, « de jouer les Bons Samaritains avec leurs clients du secteur boursier100 ». Le problème des prêts au jour le jour trouva donc une issue favorable le 31 octobre, lorsque les principales banques s’engagèrent à ne pas exiger leur remboursement avant un délai d’un an après la fin de la guerre, et à ne pas bénéficier de la garantie de l’État en cas de pertes. Les plus petites banques, qui n’avaient pas reçu de billets du ministère des Finances et qui étaient créancières de la moitié des prêts en cours, purent bénéficier d’avances de la banque centrale adossées à leurs créances et d’une garantie de l’État à hauteur de 60 % des pertes définitives éventuelles. « Le ministère des Finances, commenta The Economist, a fait le strict minimum et laisse maintenant la Bourse se débrouiller par ses propres moyens101 ». Cette mesure se révéla la moins efficace de toutes celles mises en œuvre par le gouvernement, le montant total des avances consenties par la banque centrale se limitant à 520 000 livres sterling.

Les acteurs du marché réclamaient de plus en plus impatiemment la réouverture de la Bourse, dépités par la multiplication des opérations au comptant réalisées en pleine rue dans le quartier tout proche de Throgmorton Street – surnommé « la tranchée » – et des lieux alternatifs de négociation des valeurs mobilières, notamment les salles des ventes et les petites annonces du Daily Mail102. Avec l’aval du ministère des Finances, la Commission de la Bourse procéda, le 18 novembre, au règlement « critique » des opérations suspendues mi-août, « avec infiniment plus de facilité qu’on ne pouvait s’y attendre103 ». Le début du mois de décembre fut marqué par une progression significative des cours du marché au comptant, qui retrouvèrent quasiment leur niveau d’avant la fermeture. Cette hausse des cours limitait les risques des banques d’enregistrer des pertes sur les titres dépréciés donnés en nantissement des prêts. Le 23 décembre, il fut annoncé que le ministère des Finances autorisait la réouverture de la Bourse, mais que les échanges seraient soumis à des restrictions « drastiques » et que des prix minimaux seraient fixés pour les transactions. Saluant cette réouverture le lundi 4 janvier 1915, The Times écrivit : « C’est une nouvelle période de l’histoire financière de la guerre qui s’ouvre aujourd’hui104 ».





VI. Mesures d’urgence et financement de la guerre


Grâce aux « interventions bienveillantes » du gouvernement, à savoir les billets du ministère des Finances et le mécanisme de stockage à froid, les banques accumulèrent rapidement de la trésorerie. Cependant, au lieu d’accorder des crédits aux entreprises, elles déposèrent les fonds auprès de la Banque d’Angleterre ; ainsi, les dépôts des banques à la banque centrale furent multipliés par quatre, passant de 25 millions de livres sterling avant la guerre à 109 millions début décembre. Lloyd George et ses conseillers n’avaient pas prévu cela.

« La dernière chose qu’ils avaient souhaitée était une accumulation anormale de trésorerie à Threadneedle Street, déclara Lawson. Il aurait très bien pu y avoir une nouvelle crise si le ministre des Finances n’était pas à nouveau intervenu pour résoudre la situation. Cette fois, il n’intervint pas en tant que sauveur, mais en tant qu’emprunteur105. »



En raison de la mobilisation, qui coûtait 1 million de livres sterling par jour, le ministre des Finances avait un besoin urgent de liquidités et « la Banque d’Angleterre et le ministère des Finances se complétaient parfaitement. Les besoins extraordinaires de l’un correspondaient exactement aux ressources extraordinaires de l’autre ».

« Il y aura bientôt une abondance de crédit à la disposition des entreprises, écrivit Edward Hilton Young, chroniqueur financier du Morning Post et l’un des plus fins commentateurs de la crise (ainsi que le futur secrétaire financier au ministère des Finances), ce qui fait de cette période le moment idéal pour commencer à emprunter l’argent dont le gouvernement a besoin pour financer la guerre106 ».



En effet, quelques jours après le lancement du mécanisme de stockage à froid le 12 août, le ministère des Finances organisa une adjudication de bons du ministère des Finances pour un montant de 15 millions de livres sterling. Les banques se ruèrent sur les titres et l’offre fut sursouscrite trois fois, ce qui permit au gouvernement d’obtenir des fonds au taux « extraordinairement bas » de 3,65 %, « de sorte qu’avec cette seule opération, le gouvernement retirait un énorme avantage de sa politique audacieuse de soutien au marché monétaire107 ».

Du fait de l’absence de nouveaux effets commerciaux et de l’énorme besoin d’argent frais du gouvernement, le marché monétaire fut, en cette période de guerre, dominé par les bons du ministère des Finances : l’encours de bons du ministère des Finances passa de 15 millions de livres sterling en août 1914 à 1,1 milliard de livres sterling à la fin de la guerre en novembre 1918 (1,2 milliard au plus haut, à la moitié de l’année 1921)108. En réalité, l’absence d’effets commerciaux concurrents servait parfaitement les besoins de financement de l’effort de guerre du gouvernement.

Tandis que la Bourse était aux prises avec le « règlement critique » de ses opérations, le gouvernement lança, le 17 novembre, un emprunt de guerre de 350 millions de livres sterling, « le plus grand emprunt jamais levé dans l’histoire mondiale », déclara Lloyd George à la Chambre des communes109. Malgré la fermeture de la Bourse, l’emprunt dépassa son objectif grâce, selon le ministre des Finances, à la souscription des banques et des petits épargnants. « C’est formidable ! », déclara le Daily Express. Mais en réalité, la souscription fut un échec et la Banque d’Angleterre dut acheter en secret pour 113 millions de livres sterling d’obligations110.





VII. Le ministère des Finances, sauveur de la City et des contribuables


Dans ses mémoires de guerre, Lloyd George se vanta de ce que ce soit son administration qui ait « sauvé la City » lors de la crise financière de 1914. De fait, confronté à une crise systémique extrêmement grave, le ministère des Finances avait réussi à protéger les banques et les sociétés financières de la City et à faire redémarrer des marchés financiers à l’arrêt, grâce à une batterie de mesures préventives et curatives qui, pour la plupart, n’avaient encore jamais été mises en œuvre en Grande-Bretagne. La gestion de la crise financière par le ministère des Finances était en soi une première. Jusque-là, ce rôle était dévolu à la Banque d’Angleterre.

La banque centrale réagit à l’effondrement des marchés et à la demande de liquidités par le biais de l’escompte et du système des avances, rôle traditionnel d’un prêteur en dernier ressort, et en relevant son taux directeur de 10 points de pourcentage. Les banques centrales de dix autres pays européens relevèrent elles aussi leurs taux, mais dans de moindres proportions. La Banque d’Angleterre craignait notamment qu’une sortie massive d’or compromette le respect de l’étalon-or. De fait, l’étalon-or international fut la première victime de la crise financière : sur les 35 pays dans l’étalon-or ou l’étalon de change-or, 29 suspendirent la convertibilité de leur monnaie nationale. Le Royaume-Uni faisait partie des 6 qui n’eurent pas à prendre cette mesure.

Le ministère des Finances adopta deux mesures d’endiguement de la crise supplémentaires, toutes deux inédites aux Royaume-Uni : le moratoire général et l’introduction de billets du ministère des Finances. Le Royaume-Uni pourrait s’être inspiré d’autres pays, où ces mesures n’avaient rien de nouveau. Ainsi, un moratoire général avait été mis en place par la France en 1870, lors de la guerre franco‑prussienne, et, moins loin de nous, par la Bulgarie, la Grèce et la Serbie à l’occasion de la guerre des Balkans de 1912. Des moratoires financiers plus limités avaient été adoptés pour faire face à la panique qui saisit les marchés financiers en 1873 à New York et à Vienne, puis de nouveau en 1907 à New York. Lors de la crise de 1914, au moins 40 pays déclarèrent, sous une forme ou sous une autre, des moratoires sur les paiements. Divers pays, dont la France et l’Italie, avaient eu recours à l’émission de titres d’État à l’occasion de périodes de grandes difficultés financières. Au demeurant, ils étaient plusieurs, comme la France, l’Allemagne et les Etats-Unis, à disposer d’un stock de billets d’urgence préimprimés. Le recours à la fois à un moratoire général et à des billets du ministère des Finances pour parer à la crise financière de 1914 était donc assez courant à l’époque.

Le dispositif de stockage à froid n’était rien de moins qu’une injection de liquidités, privilège du prêteur en dernier ressort, mais ce dispositif présentait néanmoins quelques spécificités originales : ampleur des fonds concernés, large éventail d’effets de commerce éligibles, impossibilité de se retourner contre le vendeur et, pour la banque centrale, garantie de l’État en cas de pertes. Aucun autre pays n’avait pris de mesure d’une telle envergure en 1914 et il fallut attendre 2008 pour observer, avec le plan de sauvetage de l’économie américaine ou « programme TARP », un dispositif comparable. Tant de liquidités furent injectées dans les bilans des banques que cela revenait à recapitaliser le système bancaire.

Les prêts consentis aux maisons d’acceptation recapitalisèrent et même sauvèrent ces banques parallèles en venant, grâce à des prêts garantis par l’État, consolider le financement de leurs engagements. Les sauvetages de banques d’importance systémique par le biais de prêts de l’État n’étaient pas totalement une nouveauté : il y eut par exemple le précédent de la Bank of New South Wales en 1826 et celui de la Banque de Belgique en 1838111. À la fin du xixe siècle, le sauvetage des banques était le plus souvent opéré par les banques centrales et des établissements financiers privés. On citera notamment le cas du Comptoir d’escompte en 1889 à Paris, ou celui de la Barings à Londres en 1890. Si l’on en croit le journal de sir Edward Holden, qui y consigna l’événement, le sauvetage des maisons d’acceptation par le contribuable en 1914 avait une explication sociale et politique. Le gouvernement aurait été pris en otage par « Huth Jackson [porte-parole des maisons d’acceptation] et cette clique siégeant à la Banque d’Angleterre qui a mis le ministre des Finances dans sa poche112 ».

Fait remarquable, aucun établissement financier britannique important ne fit faillite en 1914. Les seules victimes furent une dizaine de sociétés financières, une petite maison d’escompte et une banque d’épargne de taille intermédiaire. La faillite d’un établissement en vue lors d’une crise financière provoque des phénomènes de panique et, si l’établissement a une importance systémique, peut avoir de graves effets de contagion. Les exemples d’Overend Gurney en 1866, de Jay Cooke & Co. en 1873, de Knickerbocker Trust en 1907 et de Lehman Brothers en 2008 sont là pour le rappeler. Dès lors, l’absence de faillite retentissante en 1914 est à mettre à l’actif des autorités, qui avaient su prendre les mesures adaptées.

La première préoccupation des autorités était, non pas de financer une guerre dans laquelle la Grande-Bretagne n’était même pas impliquée au moment de l’élaboration des réponses à la crise, mais de sauver le système financier. Cela étant, en préservant la structure de la City, l’État pouvait se sentir autorisé à solliciter ses intermédiaires financiers et les marchés financiers pour financer l’effort de guerre. Il fit ainsi appel à la Banque d’Angleterre au travers des crédits ouverts à son profit (Ways and Means advances), au marché de l’escompte pour les ventes de bons du ministère des Finances, à la Bourse pour l’émission d’emprunts de guerre et aux banques, auprès desquelles il plaça bons du ministère des Finances et titres obligataires. Comme lors des conflits qui avaient précédé depuis le début du xviiie siècle, la solidité financière du pays fut un atout stratégique de taille.

La majorité des mesures d’endiguement et de résolution de la crise consistèrent en une intervention accrue de la puissance publique dans le système économique et financier : la gestion de la crise, jusque-là assurée par la Banque d’Angleterre, alors privée, fut confiée au ministère des Finances ; l’État se mit à émettre des billets et les relations contractuelles furent désormais régies par les moratoires imposés par lui. Enfin, l’État, donc les contribuables, apporta sa garantie dans le cadre de deux programmes d’assistance d’envergure en faveur d’établissements financiers – sans compter divers programmes d’envergure plus modeste –, avec les risques de pertes importantes que cela comportait. Ces mesures s’inscrivaient en totale rupture avec les pratiques d’avant-guerre, même s’il s’avéra qu’elles s’inscrivaient d’une certaine façon dans le contexte plus général d’un interventionnisme étatique à tout va pour les besoins d’une guerre totale.

Qu’en est-il des contribuables ? En novembre 1914, Lloyd George avertit le Parlement que les garanties de l’État risquaient de coûter 50 millions de livres sterling et fit observer que « les pertes totales sur l’ensemble des transactions seraient inférieures au coût d’une semaine de combats, et qu’elles épargnaient à l’industrie et au commerce un mouvement de panique aux conséquences désastreuses113 ». L’hebdomadaire The Economist se montra plus pessimiste, chiffrant les pertes potentielles à 200 millions de livres sterling (soit 9 % du PIB)114. En réalité, aucun décompte officiel du coût, pour le contribuable, des garanties apportées par l’État en 1914 ne fut jamais présenté. Pendant la guerre, cette information avait vocation à rester secrète, et une fois le conflit terminé, il y avait d’autres priorités plus urgentes.

En 1915, le ministère des Finances versa à la Banque d’Angleterre 39,5 millions de livres sterling au titre des lettres de change qu’elle avait rachetées dans le cadre du mécanisme de stockage à froid et des avances qu’elle avait accordées aux maisons d’acceptation. Par la suite, chaque fois que la Banque recevait un paiement au titre d’une lettre de change ou d’une avance, le ministère des Finances était remboursé d’autant. En 1916, l’encours total des lettres de change rachetées dans le cadre du mécanisme de stockage à froid et des avances était tombé à 31 millions de livres sterling115, et le 31 août 1921, date « officielle » de la fin des hostilités, à 15 millions. Les dispositions du traité de paix de Versailles facilitèrent le remboursement des dettes allemandes et autrichiennes datant d’avant la guerre, qui étaient majorées d’un intérêt116. Un an plus tard, lorsque les avances consenties aux maisons d’acceptation devinrent remboursables, 197 000 livres sterling furent passées par pertes et profits du fait de la faillite de 16 banques ou sociétés financières117. À ce stade, l’encours total des lettres de change et des avances n’était plus que de 4 millions de livres et la majeure partie de ce montant fut récupérée dans les années qui suivirent118.

En décembre 1926, interrogé sur le sujet par un journaliste financier, le ministère des Finances chiffra à 46 millions de livres sterling, après enquête, les remboursements reçus de la Banque d’Angleterre (principal et intérêts). Pour mémoire, le montant qu’il avait versé à la Banque en 1915 était de 39,5 millions de livres sterling119. Ainsi, au bout du compte, le soutien apporté par le contribuable au système financier sous la forme de garanties de l’État pour les dispositifs de stockage à froid et de prêts aux maisons d’acceptation rapporta au ministère des Finances un bénéfice net de 6,5 millions de livres. Dès lors, ce n’est pas seulement la City qui fut sauvée de la crise, mais aussi les contribuables.




Notes

2 Hartley Withers, War and Lombard Street , Londres, Smith, Elder, 1915, p. 1.

3 Richard Roberts, Saving the City : The Great Financial Crisis of 1914 , Oxford, Oxford University Press, 2013.

4 Kathleen Burk, « The Treasury ; from Impotence to Power », dans Burk, Kathleen (ed), The Transformation of British Government, 1914-19 , London George Allen an Unwin, 1982, p. 82.

5 N.d.T. : en français dans le texte.

6 Pour les mesures d’endiguement et de résolution de la crise, voir Patrick Honohan et Luc Laeven (dir.), Systemic Financial Crises : Containment and Resolution, Cambridge, Cambridge University Press, 2005, p. 7-17 ; Anna Gelpern, « Financial Crisis Containment », Connecticut Law Review, vol. 41, n° 5, mai 2009, p. 493-548.

7 « War Clouds Over the Markets », The Observer , 26 juillet 1914.

8 Ranald C. Michie, « The City of London as a Global Financial Centre, 1880-1939 : Finance, Foreign Exchange, and the First World War », dans Philip L. Cottrell, Even Lange et Ulf Olsson (dir.), Centres and Peripheries in Banking , Aldershot, Ashgate, 2007, p. 66-68.

9 H.C. Sonne, The City : its finance July 1914 to July 1915 and future , Londres, Effingham Wilson, 1915, p. 102.

10 « City Chatter », Sunday Times , 2 août 1914; « American Markets », Financial Times , 28 juillet 1914, 29 juillet 1914; History of the War , vol. I, Londres, The Times, 1914, p. 170.

11 R.C. Michie, « City of London as Global Financial Centre, 1880-1939 », art. cité, p. 51 et 65.

12 Estimation de l’auteur s’appuyant sur Richard Roberts, Schroders : Merchants & Bankers , Londres, Macmillan, 1992, p. 131 ; Stanley Chapman, The Rise of Merchant banking , Londres, George Allen & Unwin, 1984, p. 106 ; sir Robert Kindersley, communication au Committee on Finance and Industry, Parliamentary Papers, 1931, I, p. 76 ; Dominic Spring-Rice, « The Money Market Since the War », Bankers’ Magazine , vol. CXV, mars 1923, p. 426.

13 Estimation de l’auteur. Le chiffre de 20 millions de livres sterling fut évoqué lors d’une réunion entre le ministre des Finances britannique et des représentants des maisons d’acceptation le 12 août 1914, mais il a été jugé en dessous de la réalité par Frederick Huth Jackson, leur porte-parole désigné. The National Archives [TNA], T172/134, conférence entre le ministre des Finances, des membres du gouvernement et des représentants des maisons d’acceptation, p. 13.

14 London School of Economics Archive [LSEA], coll. misc. 26/2, Sir George Paish, « My Memoirs » (typescript n.d. c1950), p. 59.

15 « Early General Demoralisation », Financial News , 28 juillet 1914.

16 « Shut the Stock Exchange », Financial News , 28 août 1914; « All Stock Exchange Business Now a Matter of Negotiation », Financial News , 30 juillet 1914.

17 « The Loan Positions of the Stock Exchange », The Economist , 17 octobre 1914; « The Great Crisis IV », Bankers’ Magazine , décembre 1914.

18 « Stock Exchange Transactions », Financial News , 31 juillet 1914; « The Financial Crisis of 1914 », The Economist , 24 octobre 1914.

19 « Curious ‘Street’ Reports », Financial News , 31 juillet 1914; William R. Lawson, British War Finance, 1914-15 , Londres, Constable, 1915, p. 54-55.

20 Guildhall Library Archive [GLA], London Stock Exchange, Committee of General Purposes, 24 mars 1915, journal de crise du président Sir R.E.W. Inglis ; « London Stock Exchange Closed as a Precautionary Measure », Financial News , 1 er août 1914 ; « The Financial Situation at Home and Abroad », The Economist , 1 er août 1914.

21 « Unprecedented Day in the City. Reason for the Suspension », Financial Times , 1 er août 1914 ; H. Withers, War and Lombard Street , op. cit. , p. 18-20.

22 « Sir John Clapham’s Account of the Financial Crisis in August 1914 », dans R.S. Sayers, The Bank of England 1890-1944 , Cambridge, Cambridge University Press, 1976 , annexe 2, p. 32-33; ibid. , p. 67.

23 TNA, T170/14, Sir John Bradbury, visite à la Banque d’Angleterre au sujet de la question de M. Joynson-Hick, 29 juillet 1914.

24 « The Money Market », Financial Times , 31 août 1914.

25 TNA, T170/55, conférence entre le ministre des Finances et des banquiers et opérateurs de marché représentatifs, 4 août 1914, Sir Edward Holden, p. 4.

26 LSEA, G. Paish, « My Memoirs », op. cit. , p. 59.

27 « Decisive Precautionary Steps are Taken by the Great Banks », Financial News , 1 er août 1914.

28 LSEA, G. Paish, « My Memoirs », op. cit. , p. 59.

29 GLA, carnet de notes de Smith St Aubyn, Ms. 14,894, vol. 24, 30 juillet 1914.

30 Bank of England Archive [BEA], « Bank of England, 1914-1921 », vol. III, p. 7.

31 BEA, C1/62, comptes journaliers, 1914.

32 Hoare’s Bank Archive, HB/2/E/3, Partners’ Memorandum Book, septembre 1914.

33 « The Financial Crisis », Morning Post , 1 er août 1914.

34 BEA, C1/62, comptes journaliers, 1914.

35 « City Chatter », Sunday Times , 2 août 1914; « Bank Rate 8 Per Cent », Morning Post , 1 er août 1914.

36 « City Chatter », Sunday Times , 2 août 1914.

37 « Position of the Bank », The Times , 1 er août 1914.

38 « The Story of the Crisis », Observer , 2 août 1914.

39 GLA, carnet de notes de Smith St Aubyn, Ms. 14,894, vol. 24, 31 juillet 1914.

40Ernest Sykes, « Some effects of the war on the London money market », Journal of the Institute of Bankers, vol. XXXVI (2), 1915, p. 73.

41 GLA, Carnet de notes de Smith St Aubyn, Ms. 14,894, vol. 24, 1er août 1914.

42 D. Lloyd George, War Memoirs of David Lloyd George , vol I, Londres, Ivor Nicolson and Watson, 1933, p. 63.

43 J.M. Keynes, « War and the Financial System, August 1914 », Economic Journal , vol. XXIV, septembre 1914, p. 481 ; H. Withers, War and Lombard Street , op. cit. , p. 11-12.

44 Thomas Jones, Lloyd George , Londres, Oxford University Press, 1951, p. 50.

45 W. Lawson, British War Finance , op. cit. , p. 86.

46 LSEA, G. Paish, « My Memoirs » ; Avner Offer, « Empire and Social Reform : British Overseas Investment and Domestic Politics, 1908-1914 », Historical Journal , vol. 26 n° 1, 1983, p. 124-9 ; Roger Middleton, « Sir George Paish (1867-1957) », Oxford Dictionary of National Biography , Oxford, Oxford University Press, 2004-2010.

47 R.S. Sayers, Bank of England , op. cit. , p. 68.

48 Sir David Waley, Edwin Montagu , Londres, Asia Publishing House, 1964 ; Chandrika Kaul, « Montagu, Edwin Samuel (1879-1924) », Oxford Dictionary of National Biography , Oxford, Oxford University Press, 2004-2010.

49 « Obituary. Mr Edwin Montagu », The Times , 17 novembre 1924 ; S.D. Waley, Edwin Montagu , op. cit. , p. 63.

50 Hansard, House of Commons, 3 août 1914, Postponement of Payments Bill, D. Lloyd George, vol. 65, c1807 ; « The Great Crisis VI », Bankers Magazine , janvier 1915.

51 J. Clapham, « Account of the Financial Crisis in August 1914 », art. cité, p. 39.

52 H. Withers, War and Lombard Street , op. cit. , p. 1.

53 Hansard, House of Commons Debate, State Financial Provisions, 5 août 1914, vol. 65 c1993.

54 TNA, T170/56, conférence entre le ministre des Finances, des membres du gouvernement et des représentants des banques, Treasury, 5 août 1914.

55 TNA, T170/57, conférence ajournée entre le ministre des Finances, des membres du gouvernement et des représentants des banques, Treasury, 6 août 1914 ; D. Lloyd George, War Memoirs, op. cit., p. 68.

56 TNA, T171/92, notes diverses de G. Paish et J. M. Keynes, 1-5 août 1914.

57 Cité dans Robert Skidelsky, John Maynard Keynes , vol. I : Hopes Betrayed 1883‑1920 , Londres, Macmillan, 1983, p. 289.

58 Sir Austen Chamberlain, Down the Years , Londres, Cassell, 1935, p. 105 ; Hansard, House of Commons, 5 août 1914, State Financial Provisions, c1991.

59 TNA, T170/55, conférence entre le ministre des Finances, des membres du gouvernement et des représentants des banques, Treasury, 4 août 1914.

60 TNA, T170/57, conférence ajournée, 6 août 1914, p. 9.

61 « The Folly of Hoarding », The Times , 4 août 1914.

62 « Banks Re-Open », Globe , 7 août 1914.

63 Hansard, House of Commons Debate, 7 août 1914, vol. 65, cc2195, 2197.

64 « Financial situation greatly relieved by Bank’s action », Daily Telegraph , 14 août 1914.

65 TNA, T172/134, conférence entre le ministre des Finances, des membres du gouvernement et des représentants des maisons d’acceptation, 12 août 1914.

66 TNA, T172/183, note de sir George Paish, 6 août 1914.

67 TNA, T172/134, p. 3 ; annonce dans la London Gazette, 12 août 1914, citée dans « The Great Crisis I », Bankers’ Magazine, septembre 1914, p. 333.

68 « Restarting the credit machine », Financial Times , 14 août 1914.

69 Annonce officielle : 12 août 1914, citée dans Bankers Magazine, septembre 1914.

70 W. Lawson, British War Finance , op. cit. , p. 117.

71 « The Great Crisis », Bankers’ Magazine , septembre 1914; W. Lawson, British War Finance , op. cit. , p. 118; « City Chatter », Sunday Times , 16 août 1914.

72 « Effect of Step Taken by Government to Enable Country to Carry on its Business », Financial News , 14 août 1914.

73 Richard Roberts, « ’Run on the Bank’ : Covering the 1914 financial crisis », dans Steve Schifferes et Richard Roberts (dir.), The Media and Financial Crises : Comparative and Historical Perspectives , Londres, Routledge, 2015, p. 227‑244.

74 « City Chatter », Sunday Times , 16 août 1914.

75 « The War, Trade and Finance », The Economist , 22 août 1914.

76 « Restoring credit », The Statist , 12 septembre 1914.

77 « The Great Crisis », Bankers’ Magazine , septembre 1914.

78 David K. Sheppard, The Growth and Role of UK Financial Institutions 1880-1962 , Londres, Methuen, 1971, p. 116.

79 B.R. Mitchell, British Historical Statistics, Cambridge, Cambridge University Press, 1988 ; « Les dépenses totales de l’administration s’élevaient à 184 millions de livres sterling en 1913 », p. 590 ; « Le produit intérieur brut à prix courants s’élevait à 2 244 millions de livres sterling en 1913 et à 2 278 millions en 1914 », p. 836.

80 « Restoring credit », The Statist , 12 septembre 1914.

81 « The Great Crisis IV », Bankers’ Magazine , décembre 1914.

82 BEA, « Bank of England, 1914-1921 », vol. I, p. 364.

83 « The Great Crisis II », Bankers’ Magazine , octobre 1914.

84 Hansard, House of Commons debate, 21 février 1916, déclaration du Premier ministre, c 448.

85 « The Joint Stock Banks », The Economist , 24 octobre 1914.

86 « The Money Market », The Economist , 23 janvier 1915; W. Lawson, British War Finance , op. cit. , p. 122.

87 A.W. Kirkaldy, British Finance During and After the War 1914-21 , Londres, Pitman, 1921, p. 90 ; « The Banks and the Accepting Houses », The Economist , 12 septembre 1914 ; E. Victor Morgan, Studies in British Financial Policy, 1914- 25, Londres, Macmillan, 1952, p. 303-314.

88 « The Money Market », The Economist , 3 octobre 1914.

89 D. Spring-Rice, « The Money Market Since the War », art. cité, p. 427 ; W. Lawson, British War Finance , op. cit. , p. 122-123.

90 BEA, « Bank of England, 1914-1921 », chap. V, vol. II, p. 246-251.

91 Ibid. , p. 309-385 ; Russell Ally, « War and Gold – The Bank of England, the London Gold Market and South Africa’s Gold, 1914-19 », Journal of Southern African Studies , vol. 17, n° 2, juin 1991, p. 221-238.

92 W. Lawson, British War Finance , op. cit. , p. 268.

93 E. V. Morgan, Studies in British Financial Policy , op. cit. , p. 22.

94 W. Lawson, British War Finance , op. cit. , p. 101.

95 John Peters, « The British Government and the City-Industry Divide : The Case of the 1914 Financial Crisis », Twentieth Century British History , vol. 4, n° 2, 1993, p. 142-147.

96 TNA, T172/162, General Summary of Remarks.

97 D. Lloyd George, War Memoirs , op. cit. , p. 67 ; « Moratorium Proclamation. The Final Extension », The Times , 1 er octobre 1914.

98 W. Lawson, British War Finance , op. cit. , p. 124.

99 « The Great Crisis IV », Bankers’ Magazine , décembre 1914; E.V. Morgan, Studies in British Financial Policy , op. cit. , p. 26.

100 W. Lawson, British War Finance , op. cit. , p. 125.

101 « The Stock Exchange Scheme », The Economist , 7 novembre 1914.

102 « Stock Exchange. Scenes at the Re-opening », The Times , 5 janvier 1915 ; Ranald C. Michie, The London Stock Exchange : A History , Oxford, Oxford University Press, 1999, p. 148 ; R. Roberts, « ’Run on the Bank’« , art. cité, p. 239‑240.

103 « The Critical Stock Exchange Settlement », The Economist , 14 novembre 1914; « The Stock Exchange Settlement », The Economist , 21 novembre 1914.

104 « The Stock Exchange Reopens », The Times , 4 janvier 1915; « Stock Exchange. Scenes at the Re-opening », The Times , 5 janvier 1915.

105 W. Lawson, British War Finance , op. cit. , p. 118.

106 « A time for Treasury bills », Morning Post , 15 août 1914.

107 « The Great Crisis I », Bankers’ Magazine , septembre 1914.

108 D. Spring-Rice, « The Money Market Since the War », art. cité, p. 430-431.

109 Hansard, M. Lloyd George, House of Commons Debate, 27 novembre 1914 c1553.

110 « War Loan Letters of Allotment », Daily Express , 28 novembre 1914; Jeremy Wormell, The Management of the National Debt of the United Kingdom, 1900-1932 , Londres, Routledge, 2000, p. 82-83.

111 Richard S. Grossman, Unsettled Account : The Evolution of Banking in the Industrialized World Since 1800 , Princeton, Princeton University Press, 2010, p. 86-90.

112 HSBC Archive, journal de Sir Edward Holden, 24 septembre 1914.

113Hansard, House of Commons Debate, 27 novembre 1914. M. Lloyd George, c 1546.

114 « The War, Trade and Finance », The Economist , 22 août 1914.

115 Hansard, House of Commons Debate, 21 février 1916, déclaration du Premier ministre.

116 « Pre-Moratorium Bills », Bankers’ Magazine , 1921.

117 BEA, « Bank of England, 1914-1921 », p. 364.

118 BEA, C92/110, « Advances O/A Pre-Moratorium Advances ».

119 TNA, T160/998, lettre du ministère des Finances, en la personne de sir Otto Niemeyer, à Arthur Kiddy, chroniqueur financier au Morning Post, 28 décembre 1926.





Auteur

Richard Roberts

	Richard Roberts est professeur d’histoire financière contemporaine au King’s College de Londres. Directeur de l’Institute of Contemporary British History.

	Ses principales publications sont : Schroders : Merchants and Bankers (1992) ; Take Your Partners : Orion, the Consortium Banks and the Transformation of the Euromarkets (2001) ; City State : A C