Main La maîtrise de soi selon la voie toltèque

La maîtrise de soi selon la voie toltèque

CANT1584865
Year:
2017
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french
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		 			Du même auteur





			Méditations quotidiennes sur la voie toltèque, 2014.

			Les Cinq Niveaux d’attachement, 2014.





Titre original : The Mastery of the Self

			© 2016, Don Miguel Ruiz Jr





			© Guy Trédaniel éditeur, 2017 pour la traduction française.





			Traduit de l’anglais par Anne Delmas

			ISBN : 978-2-8132-1425-6





			Dessin de couverture : Emma Smith

			Conception originale de la couverture

			© Nicholas Wilton





À tous ceux que j’aime.





Sortez de votre esclavage mental !

			Il n’y a que vous qui puissiez libérer votre esprit.

			— Bob Marley.

			Un moment de lucidité non suivi d’action

			n’est qu’une pensée qui passe dans le vent.

			Mais un moment de lucidité suivi d’action,

			c’est un moment décisif dans votre vie.

			— Don Miguel Ruiz Jr.





Sommaire


NOTE DE L’ÉDITEUR : COMMENT EST NÉ CE LIVRE


EXPLICATION DES MOTS-CLÉS


INTRODUCTION


CHAPITRE 1

			LA FORMATION D’UN MAÎTRE


CHAPITRE 2

			COMPRENDRE NOTRE DOMESTICATION ET NOS ATTACHEMENTS


CHAPITRE 3

			S’AIMER SOI-MÊME INCONDITIONNELLEMENT


CHAPITRE 4

			AIMER LES AUTRES INCONDITIONNELLEMENT


CHAPITRE 5

			REPÉRER LES ÉLÉMENTS DÉCLENCHEURS ET DÉJOUER LES PIÈGES


CHAPITRE 6

			BRISER LE CERCLE VICIEUX DES AUTOMATISMES


CHAPITRE 7

			DES MASQUES MULTIPLES


CHAPITRE 8

			SE FIXER UN BUT


CHAPITRE 9

			COMPARAISON ET COMPÉTITION


REMERCIEMENTS


À PROPOS DE L’AUTEUR





NOTE DE L’ÉDITEUR : COMMENT EST NÉ CE LIVRE





« Connais-toi toi-même. »





Tels sont les mots écrits à l’entrée du temple d’Apollon, la demeure de l’Oracle de Delphes, qui est indiscutablement la femme la plus célèbre de toute la Grèce antique. L’histoire nous raconte que, chaque année, des milliers de personnes, dont des rois, des reines, des hommes d’État, des philosophes et des gens du commun, voyageaient sur des milliers de kilomètres pour recevoir sa guidance prophétique. Le temple lui-même était une structure imposante. Il connut sa plus grande influence au milieu du premier millénaire avant notre ère ; il;  était alors considéré comme le haut lieu religieux le plus important de toute la Grèce.

			La construction d’un énorme temple comme celui-là, même avec nos engins avancés et notre technologie moderne, resterait une entreprise colossale pour nos standards d’aujourd’hui. Les architectes modernes s’émerveillent de l’intelligence, du savoir-faire et de la qualité de main-d’œuvre qui ont pris part à la création de ce temple. Mais ce que je trouve le plus fascinant, c’est que, de tous les messages qui auraient pu être inscrits à l’entrée, on ait choisi cet axiome qui tient en quatre mots : « Connais-toi toi-même. » Peut-être l’Oracle voulait-elle être certaine que, si on ramenait du pèlerinage le souvenir d’un seul message, alors ce serait de se connaître soi-même. Je me demande souvent à quoi ressemblerait le monde si certaines de nos religions modernes nous enseignaient que cette connaissance de soi, plutôt que l’adhésion aveugle à une guidance extérieure à soi ou à un dogme, est le but primordial du chemin spirituel.

			Peu de temps après cette période où l’Oracle fut à son zénith en Grèce, de l’autre côté du monde que l’on connaît maintenant comme la partie sud et centrale du Mexique, un groupe de personnes se rassemblait pour donner forme à une nouvelle civilisation sur la terre. Ils s’appelaient eux-mêmes « toltèques », ce qui veut dire « artistes ». Mais ils n’étaient pas des artistes au sens traditionnel du terme (même si certains étaient aussi peintres et sculpteurs) ; ils se voyaient plutôt comme des artistes de la vie et considéraient le monde dans lequel nous vivons comme la toile sur laquelle ils peignaient leur chef-d’œuvre. L’héritage des Toltèques et leurs enseignements ont été transmis à travers les générations, souvent de façon secrète lorsque la politique des époques traversées l’exigeait, et don Miguel Ruiz Jr. est le tout dernier enseignant de la lignée des Chevaliers de l’Aigle du peuple toltèque.

			Lorsque Miguel est venu me voir pour me parler de son projet d’écrire un livre sur la maîtrise de soi, je n’ai pu que penser à l’Oracle de Delphes et à son injonction vieille de 2 500 ans : « Connais-toi toi-même. » Je me suis demandé à quoi ressemblerait ce sage conseil dans le contexte de la sagesse de ses ancêtres toltèques. Le livre que vous tenez à présent dans vos mains, je suis heureux de le dire, vous transmet exactement cela – et bien plus encore. Miguel présente l’ancienne sagesse de façon moderne, et il nous aide à appliquer cette vérité intemporelle de « Connais-toi toi-même » dans notre vie quotidienne.

			Dans les chapitres du début, Miguel jette les bases de ce livre, en offrant un cadre de référence basé sur la tradition toltèque. Il vous explique comment les événements et les actions de votre passé ont donné forme à votre réalité présente. Dans les chapitres suivants, il creuse le sujet en vous donnant les outils nécessaires pour découvrir qui vous êtes au niveau le plus profond, pour révéler les éventuelles croyances qui vous limitent et que vous avez faussement acceptées comme des faits réels, et pour vous libérer des attachements qui sont en vous et qui ne cessent de vous tirer vers le bas. Les chapitres de la fin vont vous aider à tracer une voie nouvelle qui vous mène là où vous souhaitez vraiment aller, et pour certains d’entre vous cela peut être un endroit très différent de ce vers quoi vous vous dirigez actuellement.

			Miguel a insisté auprès de moi en de nombreuses occasions sur le fait qu’il ne suffit pas de lire simplement l’information contenue dans ces pages ; mais c’est lorsqu’on choisit d’intégrer cette connaissance dans sa vie qu’on en reçoit les bénéfices. À cet effet, il a inclus des exercices à la fin de plusieurs chapitres, qui sont destinés à vous y aider. Pour revenir au monde de la Grèce antique un instant, nous pouvons dire qu’avec les exercices, le logos (la connaissance) devient praxis (la pratique) – ou, ainsi que Miguel l’écrit : « Comprendre les enseignements est le premier pas, mais les appliquer est ce qui fait de vous un Maître. »

			Sans plus attendre, c’est avec grand plaisir que je vous présente La Maîtrise de Soi de don Miguel Ruiz Jr. Puisse ce livre vous servir au mieux dans votre voyage à la découverte de vous-même.

			Randy Davila,

			éditeur (Hierophant Publishing).





EXPLICATION DES MOTS-CLÉS





Allié

			La voix intérieure (ou le narrateur) qui vous raconte ce que vous vivez, en vous inspirant de vivre, créer et aimer inconditionnellement. L’allié peut aussi vous offrir de constructives discussions avec vous-même.

			Attachement

			Le fait de prendre quelque chose qui ne fait pas partie de vous et d’en faire une part de vous du fait d’un investissement émotionnel ou énergétique. Vous pouvez vous attacher à des objets extérieurs, à des croyances, à des idées, et même aux rôles que vous jouez dans la vie.

			Conscience éveillée

			La pratique qui consiste à faire attention dans l’instant présent à ce qui se passe à l’intérieur de votre corps et dans votre esprit ainsi qu’à ce qui se passe dans votre entourage direct.

			Domestication

			Le principal système de contrôle dans le Rêve de la Planète. La domestication commence quand nous sommes très jeunes, et qu’on nous montre que l’on reçoit récompense ou punition selon notre adhésion ou non aux croyances et comportements que d’autres demandent que l’on accepte. Lorsque les croyances et comportements que nous avons adoptés sont le résultat de récompenses ou de punitions, on peut dire que l’on a été domestiqué.

			Guerrier toltèque

			Quelqu’un qui s’est engagé à se servir des enseignements de la tradition toltèque pour gagner sa bataille intérieure contre la domestication et l’attachement.

			Narrateurs

			Les voix dans notre esprit qui nous parlent à longueur de journée, et qui peuvent être soit positives (allié), soit négatives (parasite).

			Parasite

			La voix du narrateur, lorsqu’il se sert de vos croyances, formées par la domestication et l’attachement, pour avoir du pouvoir sur vous en mettant ainsi des conditions à l’amour de vous-même et à l’acceptation de vous-même. Cette voix négative fait naître tristesse, anxiété et peur.

			Peuple toltèque

			Un ancien groupe d’Amérindiens qui se sont rassemblés dans le sud et le centre du Mexique pour étudier la perception. Le mot « toltèque » veut dire « artiste ».

			Rêve personnel

			La réalité unique créée par chaque individu, votre point de vue personnel. C’est la manifestation de la relation entre votre corps et votre esprit.

			Le Rêve de la Planète

			L’association de tous les individus dans leur Rêve personnel du monde, ou le monde dans lequel nous vivons.

			Soi authentique (Moi authentique, Être authentique)

			Le divin en vous ; la force qui donne vie à votre esprit et à votre corps. Cela ressemble au concept d’esprit ou d’âme qui existe dans de nombreuses traditions religieuses, mais ce n’est pas exactement la même chose.





INTRODUCTION





Imaginez un instant que vous êtes dans un rêve.

			Dans ce rêve, vous vous trouvez au milieu d’une fête immense qui rassemble des milliers de personnes, et vous êtes le seul qui soit sobre, car tous les autres sont ivres. Les autres participants à la fête sont dans des états d’ébriété divers. Certains ont bu seulement un ou deux verres et sont juste un peu éméchés, la plupart sont pris par l’ivresse générale et quelques-uns sont si saouls qu’ils se donnent en spectacle de toutes sortes de manières pittoresques. Il se peut même qu’ils n’aient plus du tout conscience de quoi que ce soit, tant leurs agissements semblent absolument hors de leur contrôle.

			Certaines des personnes de cette fête sont vos amis et votre famille, certaines sont des connaissances, mais vous ne connaissez pas la plupart d’entre elles. Vous essayez de parler avec quelques-unes, mais vous découvrez vite que leur taux d’ébriété a altéré leur capacité à communiquer clairement : il a obscurci leur point de vue. Vous pouvez également observer que chaque personne vit la fête de façon différente selon son degré d’ébriété, et que vos interactions changent avec chaque nouveau verre qu’elles prennent.

			Le panel de fêtards va du bruyant, extraverti et heureux, au timide, tranquille et renfrogné. Alors que la fête bat son plein, vous observez que chacun balance entre les deux extrêmes : d’heureux à triste, d’excité à apathique. Ils s’affrontent et se fardent, ils débattent, ils se prennent dans les bras et débattent encore, et vous observez ce type de comportement étrange qui se répète indéfiniment par cycles tout au long de la nuit. Vous vous rendez compte que, même s’ils sont saouls, ce n’est pas d’alcool qu’ils ont le plus envie, mais plutôt du drame qui se joue dans la fête.

			Alors que la nuit continue, vos interactions avec eux varient d’une personne à l’autre. Certaines sont agréables, d’autres capables de se montrer rapidement versatiles. Étant donné que leur perception est brouillée, les participants à la fête réagissent émotionnellement aux situations que vous voyez, vous, comme de purs fantasmes. Pour quelques-uns, le rêve est devenu un cauchemar.

			Et le plus important de tout, c’est qu’il est clair que personne dans cette fête ne sait qu’il s’agit simplement d’un rêve.

			Et puis, vous commencez à comprendre que cette fête n’est pas nouvelle, mais que vous y avez déjà participé. À un moment, vous étiez exactement comme eux. Vous avez traversé les différents degrés d’ivresse, en vous comportant exactement de la même façon que ceux qui sont à présent autour de vous. Vous avez parlé aux autres à travers le brouillard de l’alcool, vous vous êtes joint à la folie de la fête et vous avez laissé l’ivresse guider vos actions.

			Enfin, il est évident que personne ne comprend que vous êtes à présent sobre. Ils pensent que vous êtes toujours ivre, tout comme eux. Ils ne voient pas votre chemin, mais seulement le leur. Ils vous voient en distorsion, dans une projection de leur esprit imbibé d’alcool, et non pas tel que vous êtes vraiment. Et ils ne sont absolument pas conscients de l’effet véritable que la boisson a sur eux. Chacun est perdu dans son rêve de la fête. Ils ne voient pas que leurs interactions ne sont plus sous leur contrôle. Par conséquent, ils n’arrêtent pas d’essayer de vous attirer dans le drame de la fête, pour vous faire rejoindre la folie créée par les distorsions de leur perception.

			Qu’allez-vous faire ?





CHAPITRE 1


			LA FORMATION D’UN MAÎTRE





Àl’apogée de son voyage, le guerrier toltèque a clarifié son esprit de toute croyance, domestication et attachement, et cela marque la fin de la guerre intérieure qu’il a menée pour acquérir sa liberté personnelle. Autour de lui, il y a un nombre infini de possibilités, chacune menant à un choix de vie suivant une direction unique. Lorsque le guerrier ou la guerrière fait son choix à travers ses actes, il sait que le chemin suivi, en fin de compte, n’est pas différent des autres, car tous mènent au même endroit. Il ne demande aucun résultat particulier, en comprenant qu’il n’y a nulle part où aller et qu’il n’y a besoin de rien pour se trouver soi-même. Les actes du guerrier sont la conséquence de la joie pure de se savoir vivant au moment précis où il choisit l’une de ces multiples possibilités.

			Cette existence menée dans un esprit paisible crée un état de pure béatitude qui vient du fait d’être entièrement dans le moment présent. Véritablement rien d’autre n’importe que le présent, parce que c’est le seul endroit où la vie peut s’exprimer.

			C’est là un état dont beaucoup d’entre vous font l’expérience à un moment de leur vie, quand ils sont complètement engagés dans le présent. Certains le vivent lorsqu’ils s’exercent à quelque chose, ou qu’ils créent en conscience, qu’ils sont dans la nature, qu’ils font l’amour ou, bien sûr, quand ils méditent ou prient. Ce sont des moments où corps et esprit sont dans l’absolue conscience de l’expérience vivante. On peut aussi dire que, dans ces moments, nous atteignons souvent un pur état d’amour inconditionnel pour toute chose et pour tous, y compris pour nous-mêmes.

			Bien que vivre à plein temps dans cet état de pure béatitude soit pour beaucoup un but, la plupart seront d’accord sur le fait que « c’est plus facile à dire qu’à faire » – surtout si l’on ne vit pas à l’écart du monde. Vivant au milieu des autres, on choisit avec qui on va entrer en interaction, et c’est souvent dans ces interactions que les problèmes arrivent.

			Dans la tradition toltèque, la principale fonction de l’esprit est de rêver, ou bien de percevoir et de projeter des informations. Le Rêve personnel est la réalité unique créée par chaque individu ; c’est son point de vue, l’expression de sa relation corps-esprit, l’intention étant ce qui les anime. Dans le mélange et partage de nos connaissances et expériences, nous cocréons le Rêve de la Planète, qui est l’association de tous les individus dans leur Rêve personnel du monde. Bien que nous vivions chacun notre Rêve à partir de notre perception individuelle, le Rêve de la Planète est la manifestation des intentions que nous partageons ; c’est le lieu où nous laissons circuler nos idées et nos accords. S’il y a de l’harmonie dans notre Rêve personnel, alors il y a en permanence possibilité d’harmonie avec le Rêve de la Planète.

			Étant donné que vous êtes en train de lire ce livre, il est vraisemblable que vous ne vivez pas cloîtré dans un monastère ou un ashram, ni tout seul au sommet d’une montagne. Vous avez choisi de participer à la vie du monde, et vous avez envie de bien en profiter. La solitude peut être un excellent outil de guérison et de communion avec soi-même, mais ce sont nos interactions avec les autres qui vont nous permettre de prospérer et d’avoir le plaisir d’une vie active. Si la vie est une fête foraine, vous êtes venu pour monter sur les manèges.

			Mais avoir part au Rêve signifie que vous allez sans doute développer des préférences pour certains chemins possibles – ou, en d’autres termes, que vous aurez des désirs. Lorsque vous devenez trop attaché à ces désirs et qu’ils ne sont pas comblés, le résultat est que vous souffrez. Il y a également des milliards d’autres personnes investies dans la cocréation du Rêve de la Planète, et beaucoup d’entre elles ont des désirs différents des vôtres. Sans respect ni compréhension, il est certain que des drames et désaccords ne pourront que se produire. Ce qui amène les questions suivantes : Y a-t-il une façon dont vous pouvez vous engager activement dans la vie, sans devenir trop attaché à vos préférences personnelles ? Pouvez-vous rester calme et garder votre équilibre quand vous avez affaire aux autres, en les voyant, eux et vous-même, à travers les yeux de l’amour inconditionnel – par conséquent sans être attiré par le côté drame de la fête ? D’après mon expérience, la réponse à ces deux questions est oui, et c’est là le sujet de ce livre. Il est possible de réaliser cela à travers un processus appelé la « Maîtrise de Soi ».

			Vous devenez un Maître de Soi lorsque vous pouvez participer au Rêve de la Planète et entrer en relation avec les autres, sans perdre de vue votre Être authentique, le Moi authentique, tout en gardant présent à votre conscience que chacun des choix que vous faites sont les vôtres. Vous n’êtes plus pris dans le drame de la fête. Lorsque vous participez en conscience au Rêve de la Planète en vous souvenant qu’il ne s’agit que d’un rêve, vous devenez capable d’évoluer librement, libéré des chaînes de l’attachement et de la domestication.

			L’attachement est l’action de prendre quelque chose qui ne fait pas partie de vous et d’en faire une part de vous du fait d’un investissement émotionnel ou énergétique. Lorsque vous vous attachez à quelque chose dans le Rêve de la Planète, vous souffrez chaque fois que l’objet de votre attachement est menacé – et c’est vrai indépendamment de la réalité ou de l’illusion de cette menace. La plupart des personnes ne sont pas seulement attachées à leurs désirs dans leur relation aux choses matérielles, elles le sont également à leurs convictions et à leurs idées. Même si l’attachement est quelque chose qui peut se produire naturellement sur le moment, il devient malsain dès lors que l’on perd la faculté de s’en détacher une fois le moment passé, ou que notre conviction ou notre croyance n’est plus en phase avec la vérité. En tout cas, être attaché aux croyances est plus destructeur que l’attachement aux choses extérieures, parce que croyances et idées sont bien plus difficiles à déceler et à lâcher.

			Dans le Rêve de notre Planète, la domestication est le système de contrôle : c’est la façon dont nous apprenons l’amour conditionnel. Cela commence quand nous sommes très jeunes, et qu’on nous montre que l’on reçoit récompense ou punition selon notre adhésion ou non aux croyances et comportements que d’autres trouvent acceptables (et veulent nous faire accepter). On se sert de ce système de récompense ou de punition pour contrôler notre comportement. Le résultat de cette domestication est que beaucoup d’entre nous abandonnent qui ils sont pour y substituer qui ils pensent qu’ils devraient être – en conséquence de quoi, ils finissent par mener une vie qui n’est pas la leur. Apprendre à repérer et à lâcher sa domestication, et à reconquérir ainsi qui on est vraiment, telle est la caractéristique, la marque de fabrique, d’un Maître de Soi.

			Lorsque vous êtes domestiqué par une croyance ou une idée, ou si attaché à elle que vous ne pouvez pas la laisser partir, vos choix se réduisent considérablement jusqu’à ce que toute notion même de choix soit vraiment illusoire. Vos croyances actuelles vous définissent, et ce sont elles qui vont dicter vos choix. Tant que la domestication et les attachements vous contrôlent, vous n’êtes plus maître de votre être, de qui vous êtes. Il en résulte que les relations que vous pouvez créer avec d’autres comme envers vous-même ne vont pas servir votre bien supérieur. Vous avez rejoint le drame de la fête, et c’est lui, à présent, qui donne forme à votre Rêve personnel.

			Le Rêve de la Planète est rempli de pièges qui vous leurrent pour vous ramener dans le drame de la fête, et on peut s’y laisser prendre en un clin d’œil. Si on a choisi de participer à la vie du monde, il est évidemment impossible d’en éviter tous les pièges. Cependant, lorsqu’on prend conscience que l’on est en train de se faire piéger, le simple fait de le remarquer permet de commencer à reprendre contrôle. En sachant mieux déceler les pièges et comprendre les émotions et croyances sous-jacentes en soi qui ont tendance à faire que l’on peut se retrouver piégé, vous êtes beaucoup moins susceptible de mordre à l’appât. Et si cela vous arrive quand même, vous pouvez lâcher prise sur tout ce à quoi vous êtes attaché aussi vite que la volonté ou le désir l’exige. Cela peut vous sembler un mouvement contraire à l’intuition, mais vous choisissez de lâcher pour pouvoir avoir le contrôle de vous-même. Agir ainsi est le propre d’un Maître de Soi.

			Étant Maître de Soi, maître de vous-même, vous pouvez avoir des relations avec les autres, même avec ceux qui ne sont pas d’accord avec vous, tout en restant ancré dans votre Moi authentique. Vous êtes capable de garder votre libre arbitre et de respecter celui des autres. Savoir que les autres vous voient d’une certaine façon vous permet d’avoir le choix de la relation que vous avez avec eux. Vous ne changez de forme que dans leur perception, dans la façon dont ils vous perçoivent, et avoir conscience de cela vous permet de rester vrai envers vous-même et de ne pas céder à la tentation de prendre pour vous la façon dont les autres définissent qui vous êtes. Vous vous rendez compte que vous n’avez pas à endosser l’image que d’autres peuvent projeter sur vous parce que vous savez que ce n’est pas votre réalité. Une telle conscience vous permettra de cocréer plus harmonieusement avec les autres, et de faire en sorte que les relations qui importent le plus pour vous s’avèrent les plus satisfaisantes et gratifiantes possible.

			Mais la chose la plus importante, c’est qu’en devenant Maître de Soi on sait comment rester ancré dans son Être authentique, indépendamment de ce qui se passe autour de soi. On a une conscience éveillée qui comprend rapidement quand on agit d’une façon qui n’aide ni les autres ni soi, et on peut repérer les situations où l’on nourrit son ego, ou le faux sens de soi, au lieu de vivre dans la paix. On se libère ainsi du drame et de la souffrance que l’on s’inflige à soi-même, et que tant de personnes créent dans leur vie.

			Quand on ne prend pas conscience de la façon dont on s’est engagé dans le Rêve de la Planète et envers les êtres qui le créent, il est extrêmement facile de prendre pour soi ce qui se passe autour de soi et d’oublier que tout est un rêve. Par conséquent, vos attachements ne font que grandir jusqu’à ce que vous soyez dévoré par le drame qui se joue dans la fête.

			Devenir Maître de Soi concerne le fait de rester dans la conscience de son centre, tout en étant en interaction avec le Rêve de la Planète, et en se souvenant qu’il s’agit d’un rêve. Rester centré tout en étant engagé dans le monde est bien plus facile à dire qu’à faire, et ce livre est consacré à vous enseigner exactement comment y arriver.

			La Maîtrise de Soi n’est pas une idée particulière à la tradition toltèque : toutes les formes offertes par des disciplines spirituelles nous procurent une « carte routière » pour nous aider à vivre dans l’harmonie au sein du Rêve de la Planète, en libérant notre esprit de la tyrannie de nos propres pensées et sans être affecté par les projections des autres. Cela dit, la tradition toltèque a ses contributions uniques en ce sens, et nous en discuterons plus en détail dans les pages qui vont suivre.

			Avant de déconstruire et de rebâtir le monde autour de nous, en commençant par nous-mêmes, nous avons besoin d’avoir une meilleure compréhension des attachements, de la domestication et de la différence entre l’amour conditionnel et l’amour inconditionnel. Alors, et seulement à ce moment-là, nous pouvons reconstruire notre Rêve personnel dans la paix et l’harmonie.





CHAPITRE 2


			COMPRENDRE NOTRE DOMESTICATION ET NOS ATTACHEMENTS





Il y a une vieille histoire toltèque, partagée depuis des générations dans ma famille, à propos d’un chaman qui s’était lui-même donné le nom de « Miroir de Fumée ». Il s’était appelé ainsi en prenant conscience que non seulement la fumée obscurcissait sa vision et contrôlait sa volonté, mais qu’elle faisait la même chose avec tous ceux de son entourage. Le récit de son histoire nous sera précieux pour avancer davantage dans ce que peut être la Maîtrise de Soi.

			Après de nombreuses années d’études et dans un moment de compréhension profonde, ce chaman fait l’expérience de la vérité : « Je suis fait de lumière ; je suis fait des étoiles. Notre être réel, ce que nous sommes, c’est le pur amour, la pure lumière », dit-il. Il regarde son village et y reconnaît chacun et tout ce qu’il voit comme une manifestation de Dieu. Il comprend intuitivement que le parcours de la vie humaine est un processus où le Divin prend conscience de lui-même.

			Sous l’impulsion de cette compréhension, le chaman veut tout de suite partager ce message avec son village. Mais quand il le fait, il devient clair que personne d’autre ne le comprend. Il se rend compte alors qu’il y a un brouillard de fumée entre lui et les autres, et que ce brouillard ne leur permet pas de voir plus loin que le bout de leur nez. Le brouillard contrôle absolument toutes leurs actions, chacune de leurs croyances.

			Le chaman remarque aussi que, lorsqu’il entre en interaction avec d’autres personnes, le brouillard essaie de reprendre contrôle sur lui. Mais, dès qu’il remarque l’arrivée du brouillard, le simple fait de le remarquer conduit le brouillard à se dissiper. Et lorsque le brouillard se retire, il se rend compte qu’il y a un miroir devant lui et qu’il peut y entrevoir son reflet. Lorsque le brouillard s’est entièrement levé, il peut à nouveau se voir complètement.

			Le chaman comprend qu’il est la vérité et que le reflet dans le miroir en est un rappel : il ne reflète que la vérité. Il commence à comprendre le reflet en tant qu’instrument d’éveil de la conscience.

			À chaque fois que le brouillard s’avance et l’empêche de reconnaître qui il est vraiment, il a la possibilité de regarder dans le miroir. Si le miroir est obscurci ou s’il ne peut pas s’y voir, il sait qu’il est sur une fausse piste, piégé dans le brouillard. Mais dès qu’il se souvient de son Être authentique, la fumée commence aussitôt à se dissiper. Alors, pour se souvenir de qui il est vraiment ainsi que du pouvoir qu’a le brouillard de recouvrir sa perception, le chaman change son nom en « Miroir de Fumée ».

			Cette histoire puissante est porteuse d’un enseignement qui est au cœur de la tradition toltèque dans ma famille. Le brouillard représente nos attachements et nos domestications qui s’unissent pour nous empêcher de faire l’expérience de la vérité de qui nous sommes vraiment.



LA DOMESTICATION

			Pour expliquer ce qu’est la domestication, je vais commencer par une histoire simple.

			Imaginez un enfant de huit ou neuf ans qui mange avec sa grand-mère qui lui a préparé une soupe pour le dîner. Ils sont assis et discutent ensemble, heureux chacun de la compagnie de l’autre et de l’amour qui les unit.

			Après avoir mangé la moitié de son bol de soupe, l’enfant se rend compte qu’il n’a plus faim :

			—	Je ne vais pas manger le reste, Grand-Mère. Je n’ai plus faim.

			—	Il faut que tu manges toute ta soupe, mon petit, répond-elle.

			Que vous soyez ou non un parent, ce que la grand-mère du garçon essaie de faire est assez clair. Ses intentions sont louables : elle veut qu’il mange parce qu’il faut qu’il soit nourri. Et quand il refuse, elle essaie de le convaincre de manger davantage en lui présentant une récompense s’il fait ce qu’elle veut. C’est là le premier outil de la domestication.

			—	Tu dois finir ta soupe, dit-elle, cela va te faire grandir et te rendre fort, comme Superman !

			Mais le garçon ne cède pas :

			—	Non, je n’ai pas faim, maintient-il. Je ne veux rien manger de plus maintenant.

			En disant qu’il n’a plus faim, le garçon a le plaisir d’éprouver le sentiment de s’affirmer lui-même : il se sent puissant de dire non, d’exprimer son libre arbitre. Il peut éprouver ce même sentiment en pouvant dire oui aux choses qu’il veut, et cela lui fait du bien de le dire. C’est de cette façon que les jeunes enfants (vous y compris lorsque vous étiez jeune) apprennent le pouvoir de l’intention : en affirmant leur « oui » et leur « non ».

			À la longue, le garçon fait perdre patience à sa grand-mère et, puisque la carotte ne marche pas, elle va prendre le bâton pour lui imposer sa volonté. Comme beaucoup de grands-parents ainsi que leurs parents avant eux, elle outrepasse la ligne du respect du choix de l’enfant et elle ajoute au scénario la punition – dans notre exemple : la culpabilité et la honte –, ce qui est le deuxième outil de la domestication.

			—	Sais-tu combien d’enfants n’ont pas à manger dans le monde ? Ils meurent de faim ! Et toi, ici, tu gâches la nourriture. C’est un péché de gâcher la nourriture.

			À présent, le jeune garçon est touché. Il ne veut pas avoir l’air d’être un enfant égoïste, et il n’a pas du tout envie de passer pour un pécheur aux yeux de sa grand-mère. Avec un sentiment de défaite, il lâche ce qu’il voulait, il abdique.

			—	D’accord, Grand-Mère, je vais finir ma soupe.

			Il recommence à manger et n’arrête pas avant d’avoir fini son bol. Alors, avec une tendresse qui fait que son petit-fils se sent protégé et aimé, Grand-Mère lui dit : « Tu es un bon garçon. »

			Le garçon apprend qu’en satisfaisant aux règles du Rêve, il peut gagner une récompense ; dans cet exemple, il est un bon garçon aux yeux de sa grand-mère et il reçoit son amour et ses encouragements. Le châtiment aurait été d’être considéré par elle comme un enfant égoïste, un pécheur et un vilain garçon.

			C’est là un exemple simple de la domestication à l’œuvre. Personne ne doute que la grand-mère a les meilleures intentions du monde : elle aime son petit-fils et veut qu’il mange son repas. Mais la méthode qu’elle utilise pour parvenir à son but a involontairement des conséquences négatives. Chaque fois qu’on avance la culpabilité et la honte pour inciter à faire quelque chose, cela va à l’encontre de ce qui serait bon pour le développement de la personne. Et finalement, ces éléments négatifs seront amenés à refaire surface d’une façon ou d’une autre.

			Dans notre exemple, imaginons ce garçon qui grandit. La domestication qui a eu lieu dans ce domaine est si forte qu’elle impose encore son pouvoir sur lui à l’âge adulte. Ainsi, bien des années plus tard, il va dans un restaurant où on lui sert une grande assiette de nourriture. Au milieu du repas, son corps lui envoie le signal de la vérité de ce moment-là : Je n’ai plus faim. Consciemment, ou dans son subconscient, il entend une voix qui lui dit : C’est un péché de gâcher la nourriture. Consciemment, ou dans son subconscient, il répond Oui, Grand-Mère et continue à manger.

			En finissant son assiette comme un bon garçon, il répond à sa domestication plutôt qu’à ses besoins du moment. À ce moment-là, il va complètement à l’encontre de lui-même en continuant à manger après que son corps vient de lui faire comprendre qu’il n’avait plus faim. L’idée est si forte qu’elle outrepasse le mouvement naturel de son corps qui serait d’arrêter. Trop manger peut être néfaste pour le corps, et c’est là l’une des conséquences négatives de l’utilisation de la culpabilité et de la honte comme instruments de soumission. L’autre conséquence est qu’il éprouve une souffrance intérieure en revivant un moment du passé fait de culpabilité et de honte et qui contrôle sa façon d’agir aujourd’hui.

			Enfin, remarquez que sa grand-mère n’est même pas présente dans la situation actuelle, étant donné qu’il a lui-même repris les rênes de la domestication et asservi sa propre volonté, sans subir l’influence de qui que ce soit d’autre. Dans la tradition toltèque, on désigne ce phénomène comme de l’autodomestication. Ainsi que mon père aime à le dire : « Les humains sur cette planète sont les seuls animaux qui s’autodomestiquent. »

			La relation entre le garçon et sa grand-mère participe au Rêve de la Planète, et le repas entre la grand-mère et son petit-fils est un exemple basique de la façon dont a lieu, dans notre Rêve, la domestication par un autre comme par soi-même. La grand-mère a domestiqué son petit-fils à ce moment-là, mais il a continué à s’autodomestiquer lui-même longtemps après. L’autodomestication est le fait de ne s’accepter soi qu’à la condition de vivre selon les idéaux adoptés d’autres personnes dans le Rêve de la Planète, sans même considérer si ces idéaux correspondent à ce qu’on veut réellement.

			Les conséquences sur le fait de finir un bol de soupe sont minimes, mais la domestication et l’autodomestication peuvent prendre des formes bien plus sérieuses et sinistres. Par exemple, beaucoup d’entre nous ont appris à critiquer leur apparence physique parce qu’elle n’était « pas assez bien » selon les standards de la société. On nous a imprégnés de la croyance que nous n’étions pas assez grands, pas assez minces, ou que notre peau n’était pas de la bonne couleur, et, dès l’instant où nous avons été d’accord avec ce genre de croyance, nous avons commencé à nous autodomestiquer. En adoptant une croyance extérieure à nous, nous avons soit rejeté notre apparence physique, soit essayé de la changer pour nous sentir acceptables à nos yeux et dignes d’être acceptés par les autres. Imaginez un instant le grand nombre d’industries qui cesseraient d’exister si nous aimions notre corps exactement tel qu’il est !

			Soyons clairs, la domestication concernant l’image du corps n’est pas la même chose que vouloir perdre du poids pour être en bonne santé, ou d’avoir une préférence pour tel ou tel « look ». La différence fondamentale, c’est qu’en suivant vos goûts vous agissez à partir d’un endroit d’amour de vous et d’acceptation de vous, alors qu’avec la domestication vous partez d’un endroit de honte, de culpabilité, et d’un sentiment d’« insuffisance ». La limite entre les deux peut être parfois ténue, mais le Maître de Soi est quelqu’un qui peut voir ce qu’il en est vraiment et déterminer ses véritables motivations.

			Une autre forme largement répandue de domestication dans le Rêve actuel de la Planète tourne autour des classes sociales et des possessions matérielles. Il y a une croyance sous-jacente, dictée par la société, qui veut que ceux qui ont le plus de « biens » ou qui occupent certains postes soient, en un sens, plus importants que les autres. Mais moi, dans ma vie, je n’ai jamais rencontré personne qui soit plus important que qui que ce soit d’autre, car nous sommes tous les créations magnifiques et uniques du Divin. Et pourtant, bien des personnes poursuivent des carrières qu’elles n’aiment pas, et achètent des choses dont elles ne veulent pas en réalité ou dont elles n’ont pas besoin, en essayant de parvenir à des buts illusoires d’acceptation par leurs pairs ou d’auto-acceptation. Dans ce genre de cas (et nous pouvons penser à beaucoup d’autres), la domestication mène à l’autodomestication, avec pour conséquence que les personnes vivent des vies qui ne sont pas la leur.

			J’aimerais vous raconter l’exemple d’un ami proche qui subissait ce genre de domestication, et la façon dont il s’en est libéré. Depuis son plus jeune âge, mon ami avait été encouragé par sa famille à devenir avocat. Les siens lui avaient bourré la tête avec des histoires d’argent et de pouvoir, et lui avaient fait croire qu’il avait toutes les compétences nécessaires pour réussir dans ce domaine. Encouragé par ceux-ci, mon ami a étudié les bases de la législation au lycée, puis il est entré dans une faculté de droit. Mais, peu après, il s’est rendu compte qu’il ne supportait pas cet univers des lois. En revoyant les choses, il comprit qu’il avait été domestiqué par l’idée qu’être avocat allait faire de lui quelqu’un de riche, de puissant, et – plus important encore – quelqu’un de spécial aux yeux de sa famille. Mais, la vérité, c’était qu’en adoptant cette voie, c’est les rêves de sa famille qu’il suivait et non les siens. Lorsqu’il annonça à tous ses parents qu’il laissait tomber ses études, beaucoup d’entre eux furent déçus et tentèrent désespérément de le faire changer d’avis, mais il a pu rester ferme en s’appuyant sur sa force d’intention. C’était il y a de nombreuses années, et, à présent, il rit en se souvenant de ses plans de jadis, car il est très heureux dans sa profession actuelle, en tant qu’auteur et enseignant spirituel.

			Cet exemple illustre comment des idées qui nous ont été inculquées depuis notre enfance ne sont pas en adéquation avec la voie qui a notre préférence. Mais, tout comme mon ami, vous avez en vous le pouvoir de vous libérer de la domestication que vous avez pu vivre, et le premier pas pour cela est d’en prendre conscience et de trouver ce qui est vrai pour vous.

			Enfin, je veux qu’il soit clair que, bien que je me sois intéressé ici aux aspects négatifs de la domestication, toute domestication n’aboutit pas à des résultats négatifs. En d’autres termes, le fait qu’une idée ait trouvé racine en vous par une forme de domestication ne signifie pas que cette idée soit mauvaise et que vous deviez la rejeter. Si elle est en cohérence avec vos véritables préférences dans la vie, c’est formidable ! Par exemple, si mon ami avait fini par aimer la pratique du droit, alors il n’y aurait eu aucune raison pour lui de changer de cursus. Une fois que vous avez décidé pour vous-même en toute clarté d’esprit que telle idée ou telle conviction fonctionne pour vous, il n’y a rien de mal à la conserver. Le point important est que vous en fassiez le choix conscient.



L’ATTACHEMENT

			Au sens le plus élémentaire, l’attachement commence avec les choses de ce monde. Vous pouvez le voir chez les jeunes enfants qui, vers l’âge de deux ans, commencent à faire des associations et à déclarer que les objets en leur possession sont « à eux ». Quiconque a essayé de faire partager son jouet à un enfant de deux ans peut attester du pouvoir de l’attachement. Bien que ce soit là que débute l’attachement aux choses, cela n’en reste certainement pas là, car souvent les attachements qui nous font le plus mal sont ceux qui ne sont pas visibles – je veux dire par là qu’il s’agit de nos attachements à nos idées, opinions et croyances personnelles.

			Dans mon précédent livre, Les Cinq Niveaux d’attachement, j’explique en détail le concept d’attachement, et je propose une échelle des différents degrés possibles de votre attachement à vos convictions, idées et points de vue. Pour vous faire comprendre l’attachement et la façon dont il est relié à la Maîtrise de Soi, je vais me servir ici d’une histoire ordinaire qui vous en donnera un exemple en raccourci. Cet exemple illustre comment, si nous n’y faisons pas attention, les attachements peuvent rapidement devenir des choses malsaines et la cause de souffrances dans notre vie.

			Imaginez que vous aimiez le football. Il n’y a pas d’équipe ni de joueur dont vous soyez particulièrement supporter, et peu vous importe que les matches se jouent dans un stade magnifique ou sur un terrain vague ; l’un comme l’autre sont bons pour un fan comme vous qui aime surtout assister au jeu. Que les joueurs soient supers ou médiocres n’a aucune importance pour vous tant que tous ceux qui participent au match ont du plaisir à jouer. Lorsque vous assistez à un match, en général, vous ne choisissez pas de soutenir un camp contre l’autre, et, s’il vous arrive de préférer une équipe, vous le faites avec très peu d’implication émotionnelle – juste ce qu’il faut pour rendre le jeu plus excitant. Par conséquent, vous ne souhaitez pas spécialement qu’une équipe plutôt qu’une autre gagne le match ; cela n’a rien à voir avec vous personnellement, étant donné que vous ne soutenez pas d’équipe en particulier d’une manière qui fasse partie de votre identité. Au moment où l’arbitre siffle la fin du match – quelle que soit l’équipe qui a gagné ou celle qui a perdu –, vous laissez le jeu derrière vous. Vous sortez du stade et vous continuez votre vie, en ayant eu le plaisir d’un bon match.

			Dans ce contexte, lorsque vous assistez à un match, vous êtes simplement dans le plaisir du moment que vous vivez, sans attachement à ce qu’en sera l’issue. Vous faites l’expérience de la forme de joie la plus pure, celle qui provient de votre désir de profiter du match pour l’amour du jeu, ou pour l’amour de la vie sans conditions. Vous gardez votre liberté personnelle tout au long du processus, car l’issue du match n’a pas le moindre impact sur votre vie.

			En gardant cette analogie, imaginons que vous aimiez le football, mais qu’à présent vous êtes un fan impliqué à soutenir une équipe en particulier. Ses couleurs font vibrer une corde émotionnelle en vous. Lorsque l’arbitre siffle la fin du match, le résultat vous touche à un niveau affectif. Vous exultez lorsque votre équipe gagne ; lorsqu’elle perd, vous êtes déçu.

			Votre attachement à cette équipe commence à avoir un impact sur votre vie personnelle, passé les portes du stade, quand vous entrez dans l’univers des fans. Par exemple, si votre équipe perd, vous passez une mauvaise journée au travail, vous vous disputez avec quelqu’un à propos de qui ou quoi est responsable de l’échec de « votre » équipe, ou vous vous sentez triste malgré toutes les autres bonnes choses qui se passent autour de vous. Quelles que soient les conséquences, vous avez laissé votre attachement à un résultat précis changer votre persona, votre personne. Votre attachement au football déborde sur un monde avec lequel il n’a rien à voir.

			Si vous ne contrôlez pas cet attachement, il va devenir de plus en plus fort et de plus en plus « engrammé », au point que l’histoire de la victoire ou de la défaite de votre équipe favorite est maintenant la vôtre. Les performances de votre équipe affectent votre valeur personnelle. En lisant les scores, vous râlez contre les joueurs qui « vous » représentent si mal. Vous n’avez pas seulement fait entrer le jeu chez vous, mais vous l’avez aussi totalement intégré comme une part de qui vous êtes, en conformant votre identité à votre conviction de ce que veut dire être un « vrai » fan.

			Bien que l’équipe de foot n’ait rien à voir avec vous dans la réalité, l’importance que vous vous donnez personnellement est liée au succès ou à l’échec de cette équipe, parce que vous avez choisi de vous identifier à ses joueurs en particulier. Votre vie et votre attachement à cette équipe sont si enchevêtrés que vous ne pouvez plus les séparer, et vous croyez que celui qui n’est pas d’accord avec vous sur « votre » équipe se trompe. Vous pouvez même en arriver à faire de la fidélité à cette équipe la condition nécessaire pour que d’autres fassent partie de vos relations.

			Si l’analogie avec le sport n’est pas évidente pour vous, prenons deux exemples dans la vie réelle. À la fin de l’une des saisons de football en Europe, un club renommé s’est trouvé rétrogradé en seconde division, ayant perdu un match décisif. Après avoir assisté à cet échec, un fan est rentré chez lui et s’est pendu. Pour lui, la vie ne valait plus la peine d’être vécue si « son » équipe n’était pas en première division. Autre exemple : un chauffeur de bus était fan d’une équipe perdante, et il était si énervé par sa défaite qu’il a lancé son bus sur un groupe de personnes qui portaient des T-shirts aux couleurs de l’équipe victorieuse. Quatre personnes sont mortes pour avoir porté les « mauvaises » couleurs. L’attachement de cet homme à son équipe était si grand qu’il a tué pour cela. Dans le cas de ces deux personnes, la joie d’assister à un match par pur amour du football avait disparu depuis longtemps.

			Heureusement, le meurtre ou le suicide à cause de la défaite de son équipe favorite sont des événements qui arrivent très rarement ! Mais, lorsque nous passons à des sujets tels que la religion, la politique, l’argent, le sexe et le pouvoir, les conséquences négatives sont bien plus nombreuses. En vous attachant à un objet, une idée ou une croyance, vous en faites une partie de qui vous croyez être. Alors, vous vous retrouvez dans le brouillard et votre vision est voilée. Vous n’allez plus voir l’humanité d’une personne qui n’est pas d’accord avec vous, car vous ne pourrez voir en elle que la personnification d’une idée à laquelle vous vous opposez.

			Lorsque votre miroir est clair, vous pouvez voir la divinité en chacun. Vous pouvez aller dans n’importe église, synagogue, temple, mosquée ou cercle de tambours, et y trouver et ressentir l’amour et la grâce de Dieu. Pour ceux qui sont perdus dans le brouillard, Dieu n’est rien d’autre que l’objet de la dévotion sur laquelle est centrée la religion ; en d’autres termes, les croyances et rituels de la religion sont pour eux plus importants que de faire l’expérience de Dieu dans le moment présent. C’est là le pouvoir d’un attachement malsain.



COMPRENDRE LA RELATION ENTRE DOMESTICATION ET ATTACHEMENT

			Dans l’exemple du fan de foot, l’attachement provient de quelque chose qui était sincèrement aimé : le jeu de football. Le fan a laissé son amour pour ce jeu l’attirer dans le brouillard, en faisant du jeu une partie de son identité puisqu’il a pris son lien avec l’équipe pour qui il est vraiment.

			Dans l’exemple du garçon et de sa grand-mère, le garçon a été domestiqué à l’idée qu’il doit finir tout ce qu’il y a dans son assiette, même si cette idée n’était pas vraie pour lui. Et, en tant qu’adulte, il a adhéré à l’idée qu’il devait finir sa nourriture même si son corps lui donnait une indication contraire. Par conséquent, il est à présent attaché à cette idée. La différence qu’il faut comprendre est celle-ci : l’attachement ne provient pas toujours d’une domestication, mais la domestication que l’on ne contrôle pas mène toujours à l’attachement. Voici à quoi ressemble l’évolution qui mène de la domestication à l’attachement :

			1.	La domestication. Vous êtes domestiqué à une idée par l’interaction avec les autres dans le Rêve de la Planète. (Une grand-mère domestique son petit-fils à l’idée que c’est un péché de ne pas finir tout ce qu’il y a dans son assiette.)

			2.	Autodomestication. Une fois que cette idée est ancrée profondément en vous et acceptée, elle devient une croyance. Vous n’avez plus besoin que quelqu’un d’extérieur vous domestique pour la renforcer en vous : vous le faites vous-même. L’autodomestication est à l’œuvre. (Le petit-fils grandit et il a l’habitude de terminer tout ce qu’il y a dans son assiette, même s’il n’a pas faim.)

			3.	Attachement. Vous voilà attaché à cette croyance et, selon l’intensité de votre attachement, vous allez vous accepter vous-même et accepter les autres dans la mesure où cette croyance sera satisfaite. (Le petit-fils se sent coupable s’il ne finit pas ce qu’il y a dans son assiette ; il réprimande ses amis qui ne finissent pas leur repas, et il va domestiquer ses enfants à cette même idée.)

			Comme vous pouvez le voir, les attachements proviennent souvent de la domestication. L’ironie est que, lorsque cela se produit, vous êtes attaché à une idée avec laquelle vous n’étiez pas d’accord à l’origine, mais que vous avez adoptée du seul fait de votre domestication. Au final, le résultat est que, sans en avoir conscience, vous allez adhérer à des idées qui ne sont pas vraies pour vous (et aussi les infliger aux autres) !

			La domestication et l’attachement marchent main dans la main pour vous maintenir dans la séparation avec votre Moi authentique, perdu dans le brouillard et la fumée, piégé dans le drame de la fête. Ce cycle (domestication, autodomestication, attachement) peut continuer pendant des générations, jusqu’à ce que vous vous transformiez en Maître de Soi et que vous brisiez la chaîne. L’exercice suivant va vous aider à commencer à identifier votre propre domestication et vos attachements. Une fois que vous les aurez reconnus, vous pourrez décider si vous êtes prêt ou non à les laisser partir.


* * *


Repérer vos domestications

			Prenez un moment pour revoir votre vie. Quelles sont certaines des idées qui ont été instillées en vous quand vous étiez enfant, et dont vous vous êtes ensuite débarrassé, car elles n’étaient pas vraies pour vous ? Il peut s’agir d’idées sur l’éducation ou la carrière, l’argent ou les possessions matérielles, la politique, la religion, ou dans bien d’autres domaines. Souvenez-vous, le point essentiel ici n’est pas de juger ou d’avoir du ressentiment envers ceux qui vous ont domestiqué à ces idées à l’origine, mais plutôt de voir où la domestication a eu lieu et comment vous vous en êtes libéré. En repérant où vous avez déjà découvert et lâché la domestication dans votre vie, vous vous prouvez à vous-même que vous avez en vous tout le pouvoir nécessaire pour vous libérer encore et encore.


*

			* *


Identifier vos attachements

			Étant donné que l’attachement commence avec les possessions matérielles, la première partie de cet exercice est destinée à vous montrer les éléments de votre vie que vous avez associés au sentiment de qui vous êtes.

			Pensez à quelque chose que vous possédez et que vous aimez absolument, quelque chose que vous ne voudriez pas perdre. C’est peut-être votre voiture, votre maison, votre argent, un gadget électronique, un bijou, un objet souvenir, ou même un objet religieux ou sacré. Le point important est de trouver un objet pour lequel vous avez une forte prédilection, quelque chose qui est lié au sentiment de qui vous êtes. Il y a très peu de personnes qui, en regardant honnêtement et profondément, ne vont rien trouver dans leur existence qui corresponde à cette description.

			Sur une feuille de papier, écrivez l’objet auquel vous pensez et répondez aux questions suivantes :

			•

Pourquoi éprouvez-vous un sentiment si fort pour cet objet ?

			•

Quel sentiment de sécurité est-ce que cela vous donne ?

			•

Comment cet objet est-il lié à votre identité ou au sentiment que vous avez de qui vous êtes ?

			•

Comment est-ce qu’il stimule votre ego ?

			•

Est-ce que cela vous fait plaisir de montrer cet objet aux autres ? Ou bien s’agit-il d’un objet que vous ne montrez à personne et que vous vous sentez spécial d’avoir ?

			•

Est-ce que posséder cet objet fait que vous vous sentez plus intéressant que les autres, plus riche, plus assuré, plus intelligent, ou un être plus spirituel ?

			Soyez sincère, réagissez honnêtement à partir de vos émotions présentes. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Le point important est d’explorer votre lien profond avec les choses matérielles.

			À présent, chiffonnez votre feuille de papier et débarrassez-vous-en. Fermez les yeux et imaginez que cet objet n’existe plus dans votre vie. Comment vous sentez-vous ? Comment serait votre vie sans cela ? Qui seriez-vous sans cet objet ?

			Maintenant que vous avez exploré l’idée de perdre cet objet, posez-vous les questions suivantes :

			•

Est-ce que cet attachement affecte vos relations aux autres dans votre vie ?

			•

Est-ce que votre attachement vous oblige à ne pas prendre de risques, ni donner suite à d’autres choses que vous voulez vraiment ?

			•

Pouvez-vous penser à des moments où vous avez modifié vos agissements à cause de cet objet ?

			•

Comment cet attachement affecte-t-il votre liberté personnelle ?

			•

Enfin, voulez-vous garder ce degré d’attachement ? Ou voulez-vous le faire diminuer, ou même le lâcher. Le choix vous appartient.

			En revoyant vos réponses, observez le degré de peur éprouvée à l’idée de perdre votre objet. Plus elle est intense et plus il y a de chances pour que votre attachement vous amène à souffrir si vous perdez cet objet. Dans le Rêve de la Planète, une chose est sûre : cet objet finira par se délabrer, se désagréger et disparaître. Rien dans le Rêve ne dure pour toujours.

			Répétez l’exercice en choisissant à présent une personne, une croyance, un rôle, une image corporelle ou une idée. Cela peut être votre position dans votre foyer (père, mère, enfant), ou bien d’autres fonctions que vous assumez et qui renforcent le sentiment de qui vous êtes. Êtes-vous particulièrement attaché à un rôle que vous remplissez ? Comment vous sentiriez-vous si ce rôle changeait soudain ? Êtes-vous attaché à votre apparence ? Que se passerait-il si vous n’aviez plus le même aspect physique en vous réveillant ? Tout comme les objets physiques, les croyances et les rôles dans la société, les personnes qui font partie de notre existence sont aussi destinées à changer et à disparaître. Qui serez-vous sans elles ?

			Si vous êtes comme la plupart des gens, vous allez découvrir que vous avez des degrés d’attachement différents pour des objets, croyances et rôles divers, et que ces degrés peuvent changer. Le seul fait de prendre conscience de ces attachements est une grande avancée pour leur faire lâcher leur pouvoir sur vous. Au moment où vous devenez conscient d’un attachement, il commence à perdre son emprise sur vous. Identifier vos attachements et imaginer leur effondrement vous donne l’occasion de voir votre Être, votre Moi authentique, libre de tout attachement – car, en dernier lieu, la vérité de qui vous êtes est bien plus grande que n’importe quel objet, rôle ou croyance.


* * *

			Si l’on n’en prend pas conscience, notre domestication et nos attachements obscurcissent notre perception. Les reconnaître nous permet de faire se dégager le brouillard et de voir la vérité du moment présent. Dans le chapitre suivant, nous allons explorer la force qui donne leur pouvoir à la domestication et aux attachements, ainsi que la force dont se sert un Maître de Soi pour les éradiquer.





CHAPITRE 3


			S’AIMER SOI-MÊME INCONDITIONNELLEMENT





Dans le Rêve de la Planète, il y a deux forces puissantes qui configurent nos accords, nos attachements et notre domestication. Dans la tradition toltèque, nous les appelons les deux sortes d’amour : l’amour inconditionnel et l’amour conditionnel.

			Lorsque l’amour inconditionnel coule de notre cœur, c’est avec compassion que nous traversons la vie et entrons en relation avec les êtres. L’amour inconditionnel reconnaît la divinité en chacun des humains que nous rencontrons, indépendamment de son rôle dans l’existence ou de son adhésion à telle ou telle façon de penser. Un Maître de Soi voit tous les êtres à travers le regard de l’amour inconditionnel, sans projeter aucune image, sans aucune distorsion.

			À l’opposé, l’amour conditionnel est le pivot de la domestication et de l’attachement. Il ne vous permet de voir que ce que vous voulez voir, et il vous fait domestiquer quiconque ne correspond pas à l’image que vous projetez. C’est l’outil de base dont on se sert pour subjuguer son entourage comme soi-même. Chaque forme de domestication peut être ramenée à : « Si tu fais cela, alors je vais te donner mon amour » et « Si tu ne fais pas cela, alors je vais te retirer mon amour » et « Si cela ne se passe pas comme ça, alors je vais en souffrir ». Le mot-clé de toutes ces affirmations, c’est « si » – qui n’a, vous le verrez, aucune place dans l’amour inconditionnel.

			En construisant le Rêve de la Planète, nous avons le choix de nous aimer les uns les autres inconditionnellement ou conditionnellement. Lorsque nous nous aimons inconditionnellement, notre miroir est clair ; nous voyons les autres et nous-mêmes tels que nous sommes vraiment : de magnifiques expressions du Divin. Mais lorsque le brouillard de l’attachement et de la domestication voile notre perception et que nous mettons des conditions à notre amour, nous n’avons plus la capacité à voir la divinité dans les autres et en nous-mêmes. Et nous entrons en concurrence les uns avec les autres pour une denrée que nous prenons pour de l’amour véritable.

			Fondamentalement, la domestication est un système de contrôle, et l’amour conditionnel est son outil de base. Par conséquent, c’est exactement au moment où vous commencez à vouloir contrôler les autres que vous mettez des conditions à votre amour et à votre acceptation de qui ils sont. Et, parce que vous ne pouvez donner que ce que vous avez, les conditions que vous essayez d’imposer aux autres sont les mêmes que celles que vous vous imposez.

			Quand vous vous autodomestiquez, vous êtes en train d’essayer de contrôler vos actions en vous basant sur la honte, la culpabilité ou la récompense espérée plutôt que sur l’amour inconditionnel. Et, comme nous l’avons vu dans l’exemple de l’homme qui continue à manger même quand il n’a plus faim, ce n’est une façon ni saine ni heureuse de vivre.

			L’amour inconditionnel est l’antidote à la domestication et à l’attachement, et se brancher sur son pouvoir est l’étape clé pour devenir Maître de Soi. Dans ce chapitre, nous allons voir ce qu’il en est de la pratique de l’amour inconditionnel, pour soi d’abord et avant tout, étant donné que l’on ne peut pas donner aux autres ce que l’on n’a pas.



LE PARASITE ET L’ALLIÉ

			Dans la tradition toltèque, nous appelons le « narrateur » la voix que nous entendons dans notre mental, celle qui nous parle tout au long de la journée. Quand vous êtes en train de vous domestiquer vous-même, nous disons que le narrateur se comporte en parasite, en épuisant votre énergie par un discours intérieur négatif. La voix du parasite utilise vos croyances, formées par les domestications et les attachements, pour avoir du pouvoir sur vous en mettant des conditions à l’amour et à l’acceptation de vous-même. Le parasite vous garde prisonnier du brouillard, incapable de voir la vérité de qui vous êtes vraiment et le potentiel qui se trouve dans votre cœur.

			Lorsque le commentaire que vous envoie cette voix intérieure vous incite à vivre, créer et aimer inconditionnellement, c’est un discours intérieur constructif ; dans la tradition toltèque, on dit que le narrateur agit alors en tant qu’allié, en vous aidant à naviguer dans le Rêve de la Planète de façon paisible et productive. Quand le narrateur est votre allié, il vous indique la vérité de chacune des situations que vous vivez, en vous rappelant que vous avez le contrôle de votre propre vie ainsi que l’aptitude à faire une différence positive dans le monde. Bien que l’allié ne soit encore qu’un reflet de la vérité, il est ce que vous voyez dans le miroir lorsque le brouillard s’est éclairci.

			Si vous êtes comme la plupart des gens, le narrateur dans votre tête est en permanence en train d’alterner entre parasite et allié, avec parfois beaucoup d’allées et venues au cours d’une seule journée. Lorsque le narrateur devient parasite, le doute s’installe et on s’interroge sur les choix que l’on fait. L’inspiration et la créativité s’en vont et sont remplacées par le doute de soi et l’amour conditionnel de soi. Lorsque l’allié prend le dessus, on se sent confiant dans ses capacités, et le chuchotement qui se fait entendre dans l’esprit est joyeux.

			Il est important de comprendre que ce n’est pas le Moi authentique qui s’exprime dans le parasite ou l’allié. L’Être authentique est le Divin, l’énergie ou l’esprit qui donne vie à votre corps et à votre esprit. Quand vous vous identifiez à la voix dans votre tête, vous confondez le narrateur avec qui vous êtes vraiment et, dans ce processus, vous devenez son esclave. Lorsque le narrateur parle en allié, on se sent heureux ; lorsque la voix du parasite prend le dessus, on devient triste ou déprimé. Mais en tant que Maître de Soi, on sait que ni l’un ni l’autre ne sont qui l’on est vraiment en définitive, car aucun ne représente la totalité du Soi authentique.

			Il n’y a pas de mots qui puissent vraiment décrire ce pouvoir que vous êtes et, par conséquent, aucune voix dans votre tête n’est véritablement vous, en dépit de son insistance à vous faire croire le contraire. Je vous le dis encore : vous n’êtes pas vos pensées ! Il est important de s’en souvenir parce que, lorsque cette voix devient méchante et passe de l’allié au parasite, on peut reconnaître qu’il s’agit de quelque chose que l’on a appris d’une expérience enfouie de domestication et trouver l’assurance nécessaire pour se détacher de son discours. C’est ainsi qu’agit celui qui est Maître de Soi.

			Vivre avec l’allié est de toute évidence bien plus agréable que vivre avec le parasite, et l’antidote pour repérer le parasite et s’en libérer, c’est d’avoir pour vous-même un amour inconditionnel à tout moment. Ce qui, bien sûr, est plus facile à dire qu’à faire. Les racines de la domestication et de l’attachement sont profondes, et le parasite s’en sert pour garder le contrôle de votre esprit. Certains d’entre vous ont écouté le parasite pendant si longtemps qu’ils ne peuvent plus se rendre compte que c’est la voix d’un discours avec lequel ils peuvent ne pas être d’accord. En acceptant ses conclusions comme des faits réels, ils ont limité leur potentiel. Pour déconstruire cela, on commence par apprendre à repérer les paroles négatives qui entrent dans son champ de conscience. Ainsi que mon père l’a enseigné dans Les Quatre Accords toltèques, il y a un grand pouvoir dans la parole, et un Maître de Soi n’utilise pas la parole contre lui-même.



REPÉRER LE PARASITE

			Quand il est à l’œuvre en vous, le parasite se renforce en tournant votre attention et en la focalisant sur le discours négatif extérieur du Rêve de la Planète. Le discours négatif extérieur, c’est tout ce que vous pouvez entendre dans les conversations qui essaient de vous imposer l’amour conditionnel. Lorsque quelqu’un se sert du pouvoir de ses paroles pour essayer de vous subjuguer, ou qu’il emplit votre esprit de doute, cela peut, en retour, nourrir votre parasite intérieur. Ainsi, même une remarque un peu cavalière, qui pourrait sonner juste (mais qui, ici, a l’air de sonner faux), peut avoir un effet très puissant. « Jolie chemise ! » peut être dit de façon sarcastique. L’instant d’avant cette réflexion, vous étiez sans doute parfaitement heureux de votre chemise, mais, tout d’un coup, vous commencez à intérioriser la projection de l’autre personne, et le doute se glisse en vous. Votre voix intérieure devient négative et vous perdez confiance dans votre choix. Vous regardez comment vous êtes vêtu et vous pensez : « Il a raison – moi non plus, je n’aime pas vraiment cette chemise. » Voilà que vous vous jugez vous-même à partir de l’opinion de quelqu’un d’autre. La meilleure façon pour que quelqu’un contrôle votre volonté est de lui permettre de le faire, en doutant vous-même de votre propre capacité à faire votre propre choix. C’est la raison pour laquelle la domestication marche si bien !

			Soyons clairs, cela ne veut pas dire que vous n’accueillez pas le point de vue des autres et n’écoutez pas les critiques constructives. La différence est dans l’intention. Lorsque vous avez conscience du pouvoir de la parole, vous êtes attentif à séparer les faits des opinions et, en Maître de Soi, vous décidez si l’opinion d’un autre est également vraie pour vous. Lorsque vous êtes dans la domestication, vous écoutez les opinions des autres et vous les considérez faussement comme des réalités, en les acceptant comme des vérités sans vraiment les examiner.

			Le parasite se renforce aussi par le discours négatif intérieur. C’est ce qui se passe dans votre Rêve personnel lorsque vous parlez contre vous-même dans votre esprit, ce que l’on désigne communément par « se fustiger ». Dans la tradition toltèque, on comprend cela comme se servir de ce que dit le parasite comme condition pour s’aimer et s’accepter soi-même. C’est de l’intérieur de soi que provient cette négativité. Par exemple, en vous regardant dans le miroir, vous trouvez que vous êtes dans un mauvais jour, que votre pantalon est trop serré, ou vous voyez quelque autre trait physique qui ne va pas. Il se peut que votre voix intérieure vous dise que vous n’avez pas l’air terrible, et que vous n’allez impressionner personne quand vous sortirez.

			Si vous n’avez pas conscience de la façon dont vous vous parlez à vous-même, vous pouvez partir en vrille, et le simple fait de vous être levé du mauvais pied peut se transformer en une tirade de jugements négatifs sur vous-même, où vous vous trouvez laid, gros, nul, etc. À ce moment-là, le parasite a une totale emprise sur votre attention et il vous a plongé au cœur du brouillard, en retournant contre vous le pouvoir de votre parole. S’il n’est pas identifié comme tel, le discours négatif, qu’il soit extérieur ou intérieur, peut inhiber celui de votre intention et vous plonger encore plus dans le brouillard. Si vous acceptez ce discours négatif comme un fait réel, sans faire la séparation entre vérité et point de vue, il peut en arriver à faire partie intégrante de votre histoire personnelle, en laissant la plupart du temps les commandes au parasite et, par conséquent, en limitant ce que vous croyez être et ce dont vous vous pensez capable.

			Un Maître de Soi sait débusquer la voix du parasite et la déloger, et il arrive à transformer cette voix en celle d’un allié. Agir ainsi commence par prendre l’engagement de s’aimer inconditionnellement. Cela veut dire que vous en venez à désirer aimer chacun des aspects de vous-même, sans jugement ni conditions – en particulier ceux que souvent vous souhaiteriez différents. L’amour inconditionnel réside en chacun de nous, indépendamment de ce que nous avons vécu dans le passé et de nos domestications.

			Nous allons examiner quelques-unes des façons spécifiques de vous donner de l’amour inconditionnel. Mais avant cela, éclaircissons ce qui ne fonctionne pas. Sachez d’abord que le parasite ne peut pas se vaincre lui-même ! En d’autres termes, un discours négatif sur soi ne peut pas être éradiqué par davantage de discours négatif. Par exemple, lors de mes ateliers et conférences, des gens venaient me voir avant avec un air consterné pour me dire quelque chose du genre : « Je me déçois vraiment. Je ne peux pas croire que j’ai suivi la voie toltèque pendant des années et que je continue à prendre les choses personnellement. »

			Il y a implicitement dans ce commentaire l’idée que la personne qui parle a échoué dans sa pratique, et l’on peut entendre en coulisse la voix sournoise du parasite. Quand ce genre d’affirmation bénéficie du regard de l’amour inconditionnel, la personne vient à moi plutôt avec un sourire, et elle me dit : « Vous savez, j’ai suivi la voie toltèque pendant des années, mais j’observe qu’il y a encore des choses que je prends parfois personnellement. Je fais de mon mieux, mais peut-être avez-vous des idées sur la façon de venir à bout de cet obstacle ? » La différence est sensible, car c’est l’allié qui parle et non pas le parasite.

			L’allié parle à partir d’un endroit d’amour inconditionnel en soi, alors que le parasite parle à partir d’un endroit d’amour conditionnel. Étant donné que le discours négatif sur soi est basé sur l’amour conditionnel, toute tentative pour transformer le parasite avec davantage de discours négatif sur soi est une façon subtile qu’a le parasite d’arriver à se renforcer. La clé pour faire du parasite un allié est de donner de l’amour inconditionnel à tout ce que vous êtes – y compris le parasite. Lorsque vous nourrissez le parasite d’amour inconditionnel, vous le transformez en allié, en vous servant du pouvoir de votre parole pour changer votre esprit et votre vie.

			Le Rêve de la Planète est un monde de polarités, où une chose n’est connue que dans sa relation à son opposé. La lumière se définit en relation à l’obscurité, le haut par rapport au bas, la nuit par rapport au jour, etc. Sans l’un, il n’y aurait pas l’autre. Quand il s’agit de points de vue subjectifs, comme chaud et froid, grand et petit, bon et mauvais, les affirmations se basent sur notre perception, car ce qui est considéré comme bon par une personne peut être ressenti et compris comme mauvais par une autre. J’ai conscience que, lorsque je dis quelque chose, je suis en même temps dans le vrai et dans le faux parce que la perception de l’individu qui m’écoute va déterminer la validité de ce que je dis selon son point de vue à lui – et il est libre de ses idées. Je célèbre cela. Et donc, je suis uniquement responsable de la clarté et de l’intégrité de ce que je dis, et non de ce que les autres entendent et ressentent, parce que je ne contrôle pas les perceptions des autres. Tel est le formidable pouvoir de notre esprit, véhiculé dans la parole – nous nous servons de la parole pour exprimer ce pouvoir.

			Le Maître de Soi reconnaît le pouvoir de la parole et il sait que le moindre jugement que prononce le parasite peut être transformé et utilisé par l’allié. Opérer le renversement pour qu’il en soit ainsi est l’amour inconditionnel de soi en action. Alors que beaucoup de personnes choisissent d’écouter et de se concentrer sur la voix du parasite en elles, il est de la plus grande importance pour vous d’entraîner votre esprit à voir les choses à travers le regard de l’allié. Il n’y a pas de meilleur endroit pour cela que de le faire dans votre propre histoire personnelle.

			Mon amie et partenaire d’enseignement, Heather Ash Amara, donne un magnifique exemple dans son livre, Warrior Goddess Training, de la façon dont elle a transformé, en conscience, son narrateur de parasite en allié. Voici le point de vue du parasite, par lequel elle a commencé :

			« J’ai été traumatisée dans mon enfance par les multiples déménagements de ma famille. À l’âge de seize ans, j’étais allée dans huit écoles différentes et j’avais vécu dans quatre pays : Singapour, Hong Kong, les États-Unis et la Thaïlande. Nous déménagions tous les deux ans ou presque. Je démarrais ma scolarité dans chaque nouvelle école en me sentant d’une timidité maladive, déconnectée et seule. La deuxième année, je m’étais fait des amis et j’avais trouvé mes marques, mais c’est alors que nous déménagions à nouveau et le cycle recommençait. Du fait de ces répétitions, je me suis éloignée de mes amis, j’ai du mal à entrer intimement en contact avec les autres et j’ai peur d’être abandonnée.

			Chaque fois que je racontais ainsi mon histoire, cela me déprimait. Pas vous ? »

			Après qu’HeatherAsh a commencé son apprentissage avec mon père, elle s’est mise à voir et à raconter son histoire à travers le regard de l’allié. Observez le changement de point de vue, basé sur les mêmes faits :

			« J’ai eu le bonheur d’être enfant dans une famille aventureuse. Nous avons déménagé tous les deux ans et j’ai voyagé autour du monde chaque été. Dans mon enfance, je suis allée dans des grandes écoles internationales de l’Asie du Sud-Est et, arrivée à l’âge de seize ans, j’avais visité avec ma famille vingt pays différents, dont la Thaïlande, Singapour, l’Inde, l’Égypte, l’Italie et l’Espagne, ou j’y avais vécu. Du fait de nos nombreux déménagements et voyages, j’ai appris à m’adapter de façon incroyable et à aimer profondément la diversité et la créativité humaines. Les expériences de mon enfance m’ont aidée à être en relation avec des points de vue différents, à me faire facilement des amis et à célébrer le changement.

			Chaque fois que je raconte cette nouvelle version, ma nouvelle histoire, j’éprouve un sentiment d’aventure et tout plein de gratitude. »





			Comme vous le voyez, les faits restent les mêmes, mais l’histoire est absolument différente. Voyez-vous le pouvoir de la perception ?

			Les exercices qui suivent vont vous aider à pratiquer la transformation de votre parasite en allié.


* * *


Lâcher le jugement

			Regardez-vous dans le miroir et remarquez tous les jugements sur vous-même qui s’élèvent dans les quelques instants qui suivent. Est-ce qu’une voix à l’intérieur de vous dit que votre nez est trop gros ? trop petit ? Aimez-vous votre taille ? votre teint ? Prenez un moment pour écouter ces jugements. Vos émotions vont vous montrer ceux qui vous affectent le plus, car plus votre sentiment négatif est fort, plus vous êtes attaché au jugement correspondant.

			Écrivez sur une feuille de papier les jugements qui suscitent en vous la plus forte réaction émotionnelle. Il est très important que vous les posiez par écrit (vous allez comprendre pourquoi dans un instant). Ensuite, prenez un moment pour vous souvenir des nombreuses circonstances au cours desquelles vous vous êtes servi de chacun de ces jugements contre vous-même. Peut-être cette pensée s’est-elle continuellement répétée dans votre esprit pendant des années.

			Vous pouvez maintenant chercher ce qui est à la source de ce jugement et identifier la façon dont il affecte votre façon d’agir dans le Rêve de la Planète. L’ayant formulé, écrivez vos réponses aux questions suivantes :

			•

Est-ce un jugement que vous avez appris ou repris de quelqu’un d’autre ?

			•

Avez-vous répété à d’autres ce jugement sur vous-même ?

			•

Comment ce jugement a-t-il configuré votre façon d’agir ? Vous êtes-vous privé d’opportunités ou avez-vous refusé de prendre des risques à cause de cela ?

			Lisez vos réponses et posez-vous alors cette très importante question :

			•

Voulez-vous encore laisser ce jugement contrôler votre vie ?

			Si, après avoir lu toutes vos réponses, vous répondez oui à la dernière question, il s’agit d’un attachement qui fait à présent partie de votre identité. Il a façonné qui vous êtes, et vous n’êtes pas prêt de le laisser partir. C’est bien, si c’est vraiment ce que vous voulez. Mais peut-être reviendrez-vous là-dessus par la suite pour découvrir que vous n’avez plus besoin de cette croyance !

			Si vous avez répondu non à cette dernière question, alors vous pouvez voir le jugement écrit comme quelque chose qui ne fait pas partie de vous : c’est un simple morceau de papier avec des mots dessus, rien de plus. Comprenez que ce jugement n’est là devant vous que parce que vous avez implicitement toujours été d’accord avec lui. Le temps est venu à présent de le lâcher, et le premier pas est de vous pardonner à vous-même de l’avoir utilisé si longtemps contre vous.

			Lorsque vous êtes prêt à abandonner ce jugement, affirmez à voix haute ce qui suit :

			« Moi, ______________, je me suis servi de mon discours intérieur négatif pour me soumettre à l’amour conditionnel. Je me pardonne d’avoir agi ainsi et à présent je vais laisser partir cette fausse croyance. »

			Froissez le papier en boule et jetez-le à la poubelle. C’est un acte sacré de laisser partir cette fausse croyance parce que vous n’y croyez plus. Rappelez-vous que les croyances n’existent pas « quelque part » dans le monde, à l’extérieur de vous. Elles n’existent que dans votre esprit et seulement aussi longtemps que vous continuez à y croire.

			Chaque fois que vous vous rendez compte que vous revenez à des autojugements sur ce même sujet, répétez à nouveau cette affirmation de pardon. Agir ainsi est l’acte qui vous donne à vous-même de l’amour inconditionnel. Vous avez déjà payé le prix pour cet autojugement ; vous n’avez pas besoin de continuer à le faire. Ainsi que le dit mon père : la vraie justice, c’est de payer une fois pour quelque chose ; l’injustice, c’est de payer encore et encore. Par le pardon à soi, on peut se relever et repartir en étant neuf. Le pardon à soi-même est toujours la clé, et l’amour inconditionnel vous en donne la possibilité. Répétez cet exercice dès que vous y êtes prêt, en considérant chacun des jugements dont vous avez fait la liste au début.


* * *


Qualifier autrement ses expériences

			Quelles histoires traînez-vous sur les événements de votre passé ? Évoquez-vous ces histoires en ayant le regard de votre parasite ou celui de votre allié ? Pensez à l’histoire de votre vie pendant un moment. Quels en sont les principaux éléments ? Comment vous la racontez-vous à vous-même et aux autres ? Observez les endroits dans votre histoire dont vous parlez souvent avec le regard du parasite et écrivez ce passage de votre histoire.

			Ensuite, réécrivez ce même passage, mais cette fois avec le regard de votre allié. (Reportez-vous à l’extrait de mon amie HeatherAsh Amara, donné à titre d’exemple un peu plus haut dans ce chapitre.) Si vous êtes comme la plupart des personnes, vous allez découvrir qu’il est souvent plus facile d’écrire avec le regard du parasite plutôt que celui de l’allié, ce qui prouve le pouvoir que la domestication, l’attachement et l’amour conditionnel ont sur vous. Écrire à partir du point de vue de l’allié peut être plus difficile, mais situer dans ce cadre nouveau les événements de votre vie vous permet de voir les cadeaux de chaque expérience du passé.


* * *

			Au final, nos narrateurs ne sont rien d’autre que des conteurs. Ils nous racontent des histoires sur les événements de notre vie et ils les interprètent de façon positive ou négative, tout dépend de l’aspect qui est aux commandes. Un Maître de Soi voit les événements de la vie à travers le regard de l’allié plutôt que celui du parasite, car agir ainsi est une façon d’exprimer l’amour de soi inconditionnel ; il est en votre pouvoir d’orienter et de réorienter votre attention vers et à partir d’autres points de concentration. Une fois que vous avez de l’amour inconditionnel pour vous-même, vous pouvez l’offrir aux autres. C’est là le sujet du prochain chapitre.





CHAPITRE 4


			AIMER LES AUTRES INCONDITIONNELLEMENT





En tant que Maître de Soi, lorsque je regarde quelqu’un dans les yeux, je vois un autre Être authentique, une magnifique expression du Divin. Peu importe où en est cette personne dans son processus d’éveil, j’estime que l’intention qui l’anime est tout aussi respectable et puissante que la mienne. Se comporter ainsi est un acte d’amour inconditionnel. Si j’essayais de contrôler l’autre, je serais perdu dans le brouillard : je mettrais des conditions à mon amour et mon acceptation de cette personne.

			Si vous voyez le monde à travers le regard de l’amour conditionnel, vous êtes par définition en train d’essayer de contrôler les autres en leur imposant votre volonté pour qu’ils se conforment à la définition de qui ou de comment vous pensez qu’ils devraient être. S’ils n’adhèrent pas à vos demandes, ils seront sanctionnés par votre jugement. Tel est, en bref, l’amour conditionnel. Mais rappelez-vous qu’à chaque fois que vous jugez quelqu’un, vous blâmez cette personne de ne pas suivre des accords auxquels elle n’a jamais adhéré !

			Lorsqu’on revoit les événements de sa vie, on peut se rendre compte que beaucoup des batailles relationnelles que l’on pensait mener pour défendre sa liberté personnelle étaient en réalité des batailles pour savoir qui allait domestiquer l’autre. Et à chacun de nos moments de colère, de révolte, d’indignation ou toute autre émotion négative en réaction au comportement de quelqu’un d’autre, on a fait exister un rêve où il y a des méchants et des victimes, et on s’est trouvé pris une fois de plus dans le drame de la fête.

			Vous percevoir comme la victime et l’autre comme le méchant ne vous permet pas de voir qui est véritablement devant vous : vous ne voyez pas son histoire, son passé, ses chagrins, ni comment tout cela a impacté sa vie et contribué à façonner la personne à qui vous êtes en train de parler. Tout ce que vous êtes capable de voir à travers le brouillard de la domestication, c’est que la personne à qui vous avez donné le rôle du méchant dans votre histoire ne vit pas selon les valeurs que vous pensez qu’il faudrait respecter.

			Mais lorsque vous voyez l’autre avec le regard de l’amour inconditionnel, vous êtes alors capable de voir clairement qui vous avez en face de vous : un être vivant qui essaie de survivre et de trouver à se développer dans un monde rempli de domestication et d’amour conditionnel. L’amour inconditionnel vous permet de ne pas être d’accord avec ses choix ou croyances, tout en respectant son droit à faire de tels choix et à y croire.

			La pratique de l’amour inconditionnel est l’art du Maître de Soi. Une fois que vous avez reconnu, lâché et pardonné les jugements contre vous-même issus de votre propre domestication, vous pouvez alors reconnaître et pardonner aux autres qui agissent aussi à partir de leur domestication. La personne qui vous fait face a été domestiquée, et, à présent, elle veut vous transmettre cette domestication parce que c’est tout ce qu’elle connaît. Cependant, elle ne peut pas vous y soumettre si vous ne le lui permettez pas.

			Pour beaucoup d’entre nous, cela peut être un extraordinaire défi de voir sa famille à travers le regard de l’amour inconditionnel, parce que c’est là que les racines de la domestication sont les plus profondes. Ce sont souvent les blessures qui vous viennent de votre famille qui vous font le plus mal – mais, si elles vous font si mal, c’est parce que vous aimez votre famille. Cet amour profond est également ce qui va vous aider à pardonner et à guérir.

			Avec votre famille, ceux dont la domestication éventuelle peut avoir la plus grande influence sur vous, ce sont probablement vos amis et collègues. Il s’agit de personnes que vous avez voulu impressionner, ou à qui vous avez voulu ressembler, aussi essayez-vous souvent d’adapter votre comportement à ce qui est pour eux acceptable. Et, bien sûr, vous leur demandez sans doute de faire la même chose en retour. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas aussi de véritable amour entre vous, mais, du fait que vous venez tous de foyers pétris de domestication, c’est tout ce que vous connaissez, et vous transférez ces pratiques dans vos relations.

			Il arrive un moment dans sa vie où l’on se réveille du Rêve et où l’on commence à choisir des amis qui nous acceptent, nous encouragent à grandir et nous soutiennent – et nous avons aussi le désir de faire la même chose pour eux. Mais si nous continuons à ne pas reconnaître où et comment la domestication nous influence, et ne travaillons pas à la repérer et à la lâcher lorsqu’elle se manifeste, les mêmes schémas vont se répéter avec nos nouvelles amitiés : nous allons finir par y mettre des conditions pour que nos relations correspondent à notre nouveau modèle, aussi « éclairés » que nous croyions être. Par exemple, je vais parfois entendre des commentaires dans les cercles toltèques du genre : « Cette personne n’est pas un bon Toltèque » ou bien « Elle n’a pas une parole impeccable ». Dans ces deux exemples, vous pouvez entendre comment ce qui était un outil d’illumination est devenu une source de jugement, de contrôle et de domestication.

			Dans toutes nos relations, mais en particulier avec nos amis et notre famille, où les racines de la domestication plongent au plus profond, notre travail est de prendre conscience qu’il est toujours possible de nous retrouver une nouvelle fois harponnés dans le drame de la fête et aveuglés par le brouillard. La clé pour éviter cela est de nous rappeler continuellement d’agir depuis un endroit en nous d’amour inconditionnel. C’est plus facile à dire qu’à faire, surtout lorsque les racines de la domestication sont bien profondes, mais il y a un moyen de le faire, il y a une voie.



CRÉER LA PAIX DANS LE RÊVE DE LA PLANÈTE

			Si vous vous trouvez en désaccord avec quelqu’un et que vous sentez que vous êtes en train de vous énerver, il vous faut prendre une décision sur ce que vous allez faire ou dire. Avant de parler ou d’agir à votre tour, posez-vous cette question : est-ce que ce que je vais dire ou faire vient d’un endroit en moi d’amour conditionnel ou inconditionnel ? En d’autres termes, est-ce que votre amour et acceptation de la personne que vous avez en face de vous est conditionné d’une façon ou d’une autre par son entente avec vous ou son adhésion à ce que vous souhaitez ? Si oui, cela vous alerte sur le fait que vous êtes sous l’emprise de votre domestication et de vos attachements et qu’à présent vous essayez de domestiquer l’autre à votre point de vue. Mais si votre réponse provient de l’amour inconditionnel, par définition votre réaction va montrer du respect pour l’autre, même si au final vous n’êtes pas d’accord avec sa façon de voir les choses ou d’agir. Le respect mutuel est la clé qui permet que la paix véritable ait lieu dans le Rêve de la Planète. Ce respect permet aussi à chacun de connaître les bénéfices et conséquences de ses propres choix et actes.

			Avec la domination de l’amour conditionnel dans le Rêve de la Planète, ce sont des semblants de paix et d’harmonie qui se produisent à travers la force : en fait, une personne ou plusieurs subjuguent la volonté des autres. Les gouvernements sont bien connus pour ce type de comportement et l’histoire est jonchée d’exemples où un groupe contrôle les autres grâce à la croyance que « la force fait loi ». Mais cela se passe aussi dans les relations personnelles, lorsque quelqu’un use de sa position de pouvoir pour contrôler le comportement d’un autre. Les gens finissent toujours par se rebeller contre la soumission et ils se battront pour récupérer leur libre arbitre. Étant donné que notre véritable nature est la liberté, nous lutterons toujours pour elle – même si notre vision est obscurcie par le brouillard.

			Le problème est que, si des personnes se battent pour la liberté sans avoir d’abord levé leurs propres brouillards, c’est-à-dire résolu leurs domestications et attachements, ces mêmes personnes qui ont conquis leur liberté en s’émancipant d’un oppresseur vont finalement remplacer les caractéristiques de la situation précédente par les leurs : elles vont à leur tour essayer d’assujettir leur entourage à ce qui correspond à leur propre vision de paix et d’harmonie. Ce cycle où l’on vit la subjugation qu’on impose à son tour à d’autres s’est produit pendant des milliers d’années dans le Rêve de la Planète. C’est de cette façon que commencent les guerres, qu’elles finissent, et qu’elles recommencent, et cela est vrai, qu’il s’agisse d’une bagarre de rue ou d’un conflit international : l’un comme l’autre trouvent leur terrain dans le désir qu’a un côté de soumettre l’autre, avec au fond la croyance qu’a celui qui subjugue que sa façon de faire et de voir est « la bonne » ! Tel est le cycle que l’amour conditionnel ne cesse d’engendrer.

			La paix et l’harmonie amenées par un point de vue d’amour inconditionnel sont un engagement entre égaux, qui se servent de leurs connaissances et de leurs prises de conscience pour cocréer un rêve dont la diversité reflète le libre arbitre de tous les individus vivants. Comme dans la fête où vous êtes la seule personne sobre, vous ne pouvez attendre des autres qu’ils soient tous également sobres, ni vouloir qu’ils s’éveillent. Et vous ne pouvez pas non plus faire qu’ils y arrivent… Essayer d’éveiller quelqu’un contre sa volonté, c’est essayer de le soumettre à vos idées.

			Alors, comment s’engager dans la vie depuis un endroit en soi d’amour inconditionnel ? Comment aider sincèrement les autres à s’éveiller sans les assujettir ? Prendre un moment pour y réfléchir et discerner vos véritables motivations n’est pas toujours facile, surtout lorsque vous êtes dans le feu de l’action et que le drame de la fête essaie de vous harponner pour vous amener à nouveau à croire que le Rêve est réel. De plus, le mouvement qui naît d’un endroit d’amour inconditionnel plutôt que conditionnel peut impliquer de faire ou dire quelque chose que l’autre n’aime pas. Mais dire ce qui est vrai pour soi depuis un endroit d’amour et de respect, c’est là la Maîtrise de Soi en action.

			C’est en de tels moments que je me souviens de quelque chose que mon père m’a enseigné : « Je suis responsable de ce que je dis, mais je ne suis pas responsable de ce que vous entendez. » Je suis responsable jusqu’au bout des ongles, mais pas plus, et la façon dont quelqu’un réagit à ce que je dis ne m’appartient pas. Bien sûr, cela ne veut pas dire que nous ayons toute liberté de dire ou faire quelque chose de malveillant ou d’intentionnellement blessant (être prévenant envers les autres est aussi un choix qui nous est donné), mais il est vrai que lorsque nous brisons les chaînes de notre domestication, ce changement peut être dur à vivre pour ceux qui nous ont domestiqués et ceux qui essaient de nous domestiquer à faire comme eux – surtout au début.

			Ce qui est véritablement important, c’est notre intention. Lorsque notre mouvement provient d’un endroit d’amour inconditionnel, nous sommes assurés que, quelle que soit notre action, elle est juste, et nous savons que l’issue de la situation n’est pas en notre contrôle. Nous faisons de notre mieux, en lâchant notre attachement à un résultat. Cela peut être difficile au début, et même un peu effrayant. Mais s’engager dans l’action à partir d’un endroit d’amour inconditionnel en soi allège l’angoisse, car nous savons que nos actes, et ceux qui suivront, se manifestent à partir d’un endroit d’authenticité pour notre être véritable.



TRIOMPHER DU RESSENTIMENT ET PARDONNER AUX AUTRES

			Lorsque vous revoyez les croyances, idées et critères selon lesquels vous avez essayé de vivre, vous vous rendez compte que, bien souvent, ils proviennent de la domestication que vous avez subie dans le passé. Comprendre cela peut être très dérangeant pour certains d’entre vous, selon le niveau de soumission qu’ils ont vécu en grandissant. Si ceux qui avaient du pouvoir vous ont infligé leur volonté par la force ou la manipulation, surtout si leur subjugation était sévère, violente et même extrême, il peut être très difficile – et presque impossible dans certains cas – d’avoir le regard de l’amour inconditionnel. Même ceux qui n’ont pas vécu d’expérience de domestication particulièrement traumatisante éprouvent presque tous de la colère ou de l’amertume pour des incidents qui ont eu lieu dans les années où leur personnalité s’est formée.

			Les ressentiments qui trouvent leur terrain sur la domestication passée font partie des plus gros obstacles à un regard d’amour inconditionnel. Le mot anglais pour « ressentiment », resentment, vient du français, où il signifie littéralement : « sentir à nouveau ». L’un des bénéfices majeurs du présent travail est que vous ne laisserez plus aucun conditionnement ni aucune expérience du passé vous contrôler désormais. Par définition, si vous gardez un ressentiment, vous êtes esclave du passé. Quelque chose qui s’est produit, qui a déjà eu lieu, continue à agir en vous, vous causant de la souffrance dans le présent puisque vous continuez à le sentir à nouveau, encore. C’est là ce qu’est le ressentiment : une souffrance que nous nous infligeons à nous-mêmes avec le poison émotionnel que nous souhaiterions à un autre.

			La colère, le ressentiment et la rancune sont les outils dont le parasite se sert pour se renforcer et prendre le contrôle de votre esprit, et, là encore, ses méthodes sont très sournoises. En effet, lorsque le parasite vous montre précisément comment vous avez été maltraité par tel ou tel autre, la solution qu’il vous offre alors est d’activer les émotions négatives de colère, de tristesse, d’amertume, etc. Au mieux, il vous encourage à retirer votre amour à ceux qui vous ont blessé, et, au pire, à leur rendre les coups pour vous venger. Le parasite va toujours accéder aux outils de l’amour conditionnel, et, pour finir, il n’arrivera rien de bon en les employant. Au contraire, vous vous trouverez à nouveau perdu dans le brouillard et votre Rêve sera ligoté par une histoire de victimes et de méchants.

			L’amour inconditionnel et le pardon pour votre domestication sont la façon de vous en sortir. C’est peut-être l’une des tâches les plus difficiles que vous ayez à accomplir, aussi soyez doux envers vous-même en vous embarquant dans cette voie, surtout si vous avez grandement souffert des agissements d’autres personnes contre vous.

			De plus, pour pouvoir pardonner à ceux qui vous ont fait du mal, vous devez aussi vous pardonner à vous-même. C’est à cause de cela que beaucoup d’entre nous, lorsqu’ils regardent vraiment leurs expériences passées de domestication, se découvrent en colère contre eux-mêmes soit pour être restés dans ces situations, soit pour ne pas avoir fait davantage pour s’en libérer. Si c’est votre cas, n’oubliez pas de vous pardonner à vous-même aussi. Vous avez fait de votre mieux à l’époque ; il n’y a pas lieu de vous en vouloir.

			Se respecter soi-même veut aussi dire être honnête envers soi. Si vous n’êtes pas prêt à pardonner, c’est là votre vérité. N’allez pas vous infliger une soumission avec des « je dois ». Si vous n’y êtes pas prêt, vous n’y êtes pas prêt ; et vous accepter vous-même dans votre vérité, c’est pratiquer l’amour inconditionnel. Après tout, il s’agit de briser le cycle de la domestication. Prenez le temps de vous sentir prêt à guérir, si c’est ce que vous préférez. Le pardon est l’étape finale de guérison d’une blessure.

			Pratiquer un rituel de pardon peut vous aider à nettoyer les vieilles émotions qui vous emprisonnent dans une souffrance du passé (c’est ce que nous allons faire dans les exercices suivants), et nombre des magnifiques traditions spirituelles nous offrent de merveilleuses prières ainsi que d’autres pratiques pour le faire. Dans la tradition toltèque, nous préconisons aussi une autre façon d’avancer pour voir au-delà des histoires de méchants et de victimes et entrer dans le pouvoir de guérison du pardon. La clé se trouve au cœur du troisième accord selon l’enseignement de mon père : ne prenez pas les choses personnellement.

			Lorsque vous mettez cet accord en pratique dans toutes ses implications, vous vous rendez compte que rien de ce que peut faire l’autre n’est à cause de vous. Ce n’est jamais personnel, même si l’autre essaie de le faire valoir, mais c’est simplement que vous vous tenez dans la zone qui est dans son collimateur. Vous en rendre compte vous permet de lâcher prise plus facilement sur le passé et d’accueillir la vérité des moments que vous avez vécus : ceux qui vous ont domestiqué ont fait du mieux qu’ils pouvaient, compte tenu de leur niveau de conscience de l’époque.

			Lorsque vous réfléchissez profondément à cet accord, le pardon devient bien plus facile parce que vous comprenez que les actions des autres les concernaient, eux et leurs souffrances, leurs attachements et leurs domestications, et vous voyez qu’ils étaient perdus dans le brouillard, ivres à la fête, ce qui a fait qu’ils n’avaient pas la faculté d’agir autrement. Respectez-les et permettez-leur de faire l’expérience des conséquences de leurs actes. Pour chaque action, il y a une réaction opposée égale. C’est la façon dont la vie nous enseigne. À la lumière de cette vérité, nous pouvons mieux saisir le sens de cette parole de Jésus : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Luc XXIII, 34).

			Si vous avez voilé votre Rêve personnel de ressentiments, la première étape pour changer cela est d’en devenir conscient. Une fois que vous voyez ce qu’il en est vraiment, l’étape suivante pour tourner la page est le pardon. Faire cela vous permet de vous brancher sur le pouvoir de l’amour inconditionnel pour les autres. Les exercices suivants vont vous aider à vous engager plus profondément dans ce processus.


* * *


Rituel de pardon

			Sur une feuille de papier, faites la liste de ceux par qui vous vous êtes senti maltraité dans le passé et à qui vous n’avez pas encore pardonné. Cette liste peut inclure des membres de votre famille, des amis, des collègues, des relations ou autres. Relisez la liste de ces noms et pensez brièvement aux incidents qui se sont passés.

			Ensuite, lisez l’affirmation suivante à voix haute :

			« Moi, _________________, je suis prêt à pardonner à ceux qui m’ont infligé chagrin et souffrance dans le passé. Je choisis de leur pardonner pour que leurs actions du passé ne puissent plus affecter mon présent. Mon souhait est de les voir avec le regard de l’amour inconditionnel. Je me pardonne aussi à moi-même pour tout ce qui est en relation avec ces événements. Je faisais de mon mieux à l’époque. Je prie pour que ces personnes et moi-même fassions désormais uniquement l’expérience de l’amour et de la paix. »

			Exactement comme vous l’avez fait dans le chapitre précédent, lorsque vous vous êtes pardonné à vous-même, je veux que vous preniez la feuille, que vous la froissiez et la jetiez. En faisant cela, visualisez que tous les sentiments négatifs que vous avez sur ces personnes et événements vont également à la poubelle.

			Ce rituel simple est le début du remplacement de vos ressentiments par de l’amour inconditionnel envers ceux qui vous ont fait souffrir. Cela dit, lorsque la douleur que vous ont infligée les autres est extrême, un acte de pardon peut rarement se faire en une seule fois. Par conséquent, vous aurez vraisemblablement besoin de répéter l’affirmation mentionnée ci-dessus chaque fois que les événements de votre passé vont se rejouer dans votre esprit et que vous les sentirez à nouveau en vous, car le parasite essaie de vous faire redescendre sur la voie de la négativité et de l’amour conditionnel.

			S’il y a quelqu’un dans cette liste à qui il vous est particulièrement difficile de pardonner, dites la prière ci-dessous tous les soirs avant d’aller vous coucher, en y insérant le nom de la personne ou des personnes à qui vous aimeriez pardonner :

			« Je prie pour que _____________________ reçoive tout ce qu’il veut dans la vie, y compris l’expérience de l’amour inconditionnel, de la paix, et du bonheur. »

			Il est probable que de lire cela va en hérisser certains puisque cette prière, qui demande que les personnes qui vous ont fait du mal reçoivent tout ce qu’elles veulent, est peut-être à l’opposé de ce que vous leur souhaitez dans votre esprit. Je comprends ce sentiment, mais je voudrais vous encourager à donner sa chance à cette prière, et à la répéter tous les soirs pendant deux semaines, même si prononcer ces paroles ne vous semble pas sincère. Beaucoup de ceux qui ont fait cet exercice régulièrement pendant deux semaines ont été très surpris des changements qui se sont produits en eux.

			Souvenez-vous, pardonner aux autres est quelque chose que vous faites pour vous-même, pas pour eux. Le pardon ne signifie pas que vous oubliez les événements du passé, ni que vous fermez les yeux sur les actes ; mais c’est plutôt que le pardon vous émancipe de leur emprise en vous rappelant que vous êtes seulement responsable de vous – et jusqu’au bout des ongles. L’exercice qui termine ce chapitre va vous aider à continuer sur le chemin du pardon.


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LE DIALOGUE DU PARDON


1re PARTIE

			Cet exercice se compose de deux parties écrites, chacune d’environ un paragraphe. Pour commencer, je voudrais que vous regardiez dans votre passé pour y trouver un événement ou une situation où vous avez vécu une souffrance importante infligée par quelqu’un d’autre. Pensez à une époque où quelqu’un a essayé ou réussi à vous domestiquer en vous faisant subir sa volonté d’une façon très dure ou violente. Il peut s’agit d’un événement majeur dans votre vie qui a fait basculer votre Rêve personnel, changé votre façon de voir les autres, sans doute en rendant évidents leurs défauts, et qui a fini par devenir un épisode déterminant dans votre histoire personnelle. Beaucoup de personnes ont vécu quelque chose de ce genre, vraisemblablement pendant leurs années de formation, mais il peut s’agir aussi de quelque chose qui s’est passé à l’âge adulte.

			Décrivez cet événement en détail comme si vous le racontiez à quelqu’un qui n’en a absolument pas connaissance. Prenez votre temps et rejouez tous les détails de la scène dans votre esprit en revoyant cet épisode, pour vous souvenir de ce qui s’est passé et de ce que vous éprouviez. Et voici la partie importante : écrivez selon votre point de vue de l’époque, et non pas selon ce que vous êtes maintenant. Soyez direct et, quand vous racontez l’épisode, laissez venir vos sentiments ; ne réécrivez pas comme si vous saviez ce qui est bien et ce qui ne l’est pas, ou en essayant de pardonner. Rappelez-vous que cet exercice est pour vous et que, sauf si vous avez choisi de partager votre récit avec quelqu’un d’autre, vous serez la seule personne qui le verra jamais.

			Voici un exemple, écrit par un ami proche :

			« Une nuit, alors que j’avais neuf ans et que j’étais chez moi en train de regarder la télé, j’ai entendu mes parents qui commençaient à se disputer dans l’autre pièce. Je les avais déjà entendus se disputer, mais, ce soir-là, cela semblait différent. Ma mère est venue vers moi et elle m’a dit d’aller dans ma chambre et de fermer ma porte – ce qui était habituel. J’ai fait ce qu’elle m’a dit et je me suis assis, craintif et silencieux dans ma chambre, en écoutant à travers les fines parois leurs cris de plus en plus forts. Et puis j’ai entendu quelque chose que je n’oublierai jamais : ma mère a poussé un hurlement à vous glacer le sang, et puis plus rien, un silence sinistre. J’étais glacé de terreur, je voulais sortir de ma chambre, mais j’avais peur de ce que j’allais trouver si je le faisais.

			J’ai ouvert la porte et j’ai pris le couloir qui menait à leur chambre. Mon père était assis tout seul sur le divan, et, en me voyant, il m’a dit : “Ta mère s’est sauvée de la maison. Va voir dehors si tu la trouves.” Je me souviens qu’il m’effrayait et qu’en même temps j’étais en colère contre lui, mais mon souci principal, c’était ma mère. Je suis sorti pour la chercher. Il faisait sombre et j’avais peur. J’ai scruté l’obscurité en l’appelant, mais elle ne répondait pas. Puis j’ai remarqué que le porche de la maison des voisins était éclairé.

			En me dirigeant vers le porche, j’entendais des voix et ma mère qui sanglotait. Je lui ai demandé ce qui s’était passé, mais dans mon cœur je le savais déjà : “Ton père m’a frappée”, m’a-t-elle dit, “il me bat.” J’étais submergé par un mélange de rage et de tristesse, et j’ai juré de protéger ma